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Disparition d'Emiliano Sala: la difficile enquête pour déterminer les causes de l'accident

Les secours sont toujours à la recherche de l'avion d'Emiliano Sala.

Les secours sont toujours à la recherche de l'avion d'Emiliano Sala. - AFP

Alors que les secours britanniques, appuyés par des moyens français, tentent toujours de retrouver l'avion qui transportait le joueur de foot, Emiliano Sala, de nombreuses zones d'ombres persistent. L'enquête devra déterminer les raisons de cette disparition mais aussi les responsabilités.

La nuit avait interrompu les recherches. Ce mercredi, depuis 8h30, heure française, trois avions et un hélicoptère survolent une zone où pour les policiers de Guernesey il y a la plus forte "probabilité" de retrouver l'avion du footballeur argentin, Emiliano Sala, qui a disparu depuis lundi soir. Parmi les moyens de recherches, un avion de la police aux frontières française est en soutien. Un Falcone 50 de la Marine Nationale a également fait un vol de reconnaissance ce mercredi. Hier, c'était un hélicoptère NH90 IR qui a participé aux recherches. Cette disparition à proximité des côtes des îles anglo-saxonnes, et de celle d'Aurigny, qui pose question. Des interrogations auxquelles devront répondre désormais les enquêtes lancées.

Ce mercredi, la police de Guernesey a indiqué travailler sur quatre pistes pour les recherches: l’avion s’est posé quelque part, ses occupants n’ont pas réussi à prendre contact, ils ont amerri, ont été pris en charge par un navire mais n’ont pas pris contact, ils ont amerri, sont à bord du canot de sauvetage qui était à bord de l’appareil, l’avion s’est brisé en percutant l’eau, les laissant dans la mer. Les secours disaient se concentrer sur l’option du canot de sauvetage. En milieu d'après-midi, les autorités indiquaient n'avoir toujours repéré aucune trace de l'appareil et ce, malgré, le survol de près de 730 km². 

Les Britanniques à la manoeuvre

Comme pour les recherches, ce sont les Britanniques, et le Air Accidents Investigation Branch, qui sont en charge de l'enquête pour déterminer les causes de cet accident. Ce choix pourrait laisser à penser que l'avion a bel et bien disparu dans les eaux anglaises. Depuis la disparition du Piper Malibu, qui avait pour destination Cardiff, au Pays-de-Galles, des négociations étaient en effet menées entre les autorités des trois pays: la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis, pays d'immatriculation de l'avion, où la législation pour ce type d'appareil est beaucoup plus souple que les normes européennes. Si l'appareil était recherché dans les eaux territoriales, c'est cet élément qui aurait déterminé le service d'enquête, qui coopérera comme le BEA français.

Pour les spécialistes, les causes de cette disparition risquent d'être difficiles à déterminer. En premier lieu, car l'appareil ne dispose d'aucune boîte noire ou d'enregistreur de vol qui pourraient livrer les dernières conversations avant la disparition de l'avion. Son carnet d'entretien, et la consultation de ce carnet par les autorités avant le décollage, sera donc déterminant. Car cet avion de tourisme ou d'affaires dans lequel se trouvait Emiliano Sala effectuait des transports privés à la charge de son propriétaire. Un propriétaire qui reste à identifier: Mehmet Dalman, président de Cardiff City, a indiqué dans une émission de la BBC galloise que le vol n'avait pas été organisé par le club. Sans débris, les investigations seront limitées, confirme le Air Accidents Investigation Branch.

Parti de l'aéroport de Nantes vers 20h15 lundi, l'avion, avec à son bord l'ancien attaquant du club local et un pilote, a disparu des radars vers 21h20, à une vingtaine de kilomètres au nord de Guernesey. Le lien avec la tour de contrôle de Brest venait d'être rompu pour établir un nouveau contact avec London Control. Peu de temps avant la disparition de l'appareil, son pilote venait de demander de descendre son altitude de croisière à 5000 pieds, soit 1525 mètres. Sur les derniers relevés, le monomoteur volait à une altitude de 2300 pieds, soit 700 mètres. Quelques instants plus tard, le signal était rompu, aucun message d'alerte n'avait été émis par le pilote. Le transpondeur ne donnait plus de signal, ce qui correspond à une altitude trop basse.

"Ce type d'appareil a un pilote automatique, mais comme le pilote est seul, il a vite une surcharge de travail. Le pilote a eu certainement autre chose à faire que d'envoyer un message de détresse, estime Gérard Feldzer, consultant aéronautique de BFMTV. Il a dû tenter des manoeuvres, voire d'amerrir." 

Un vol trop risqué?

Pour Gérard Feldzer, même si les conditions météorologiques n'étaient pas médiocres, elles pourraient être un des éléments provoquant l'accident. "L'appareil dispose d'un dégivrage sur le devant des ailes et sur l'hélice, mais s'il accumule de la neige ou de la glace sur les ailes, il devient plus lourd", estime le spécialiste. L'erreur humaine n'est pas non plus à écarter, et les incertitudes sur l'identité du pilote seront centrales dans cette enquête. "Partir de Nantes pour le Pays-de-Galles en traversant l’entrée de la Manche, là où c’est le plus large, c’est osé", constate Jean Serrat, consultant en aéronautique BFMTV.

Et de poursuivre: "D'un point de vue carburant et heure de vol, c'est intéressant. Mais il aurait pu longer les côtes françaises. Le trajet aurait été certes rallongé d’une heure."

Alors que les recherches se poursuivent, l'espoir de retrouver des survivants s'amenuise aux fils des heures: "Etant donné la température de l’eau et les conditions météorologiques, la nuit dernière ayant été très agitée, leurs chances de survie sont très minces", a dit mercredi le capitaine du port et chef des garde-côtes de Guernesey, David Barker. Mais "nous ne négligeons rien. Nous sommes déterminés à trouver ces deux hommes vivants", a-t-il martelé. La décision de poursuivre les recherches sera connue dans la journée, les opérations "de sauvetage" ont été rebaptisées opération "de récupération".

Justine Chevalier