BFMTV

Comment le nom de Mickaël Dos Santos a émergé

A gauche, Mickaël Dos Santos en Syrie, dans une photo qu'il a posté sur les réseaux sociaux. A droite, le jihadiste bourreau, qui serait Mickaël selon le parquet.

A gauche, Mickaël Dos Santos en Syrie, dans une photo qu'il a posté sur les réseaux sociaux. A droite, le jihadiste bourreau, qui serait Mickaël selon le parquet. - BFMTV

Mickaël Dos Santos fait-il réellement partie des bourreaux filmés par Daesh? Les doutes de certains experts et les dénégations formelles de sa mère laissent penser que le parquet et les services ont commis une grave méprise.

Alors que son nom et son visage sont à la une depuis mercredi, avec l'aval du parquet en charge de l'enquête, Mickaël Dos Santos pourrait en réalité ne pas être l'un des jihadistes français qui décapitent des prisonniers dans une vidéo du groupe Etat islamique. Jeudi soir, sa mère, rencontrée par BFMTV, a confié ne pas reconnaître son fils sur les images que lui ont montré les enquêteurs de la DGSI.

Joint par BFMTV, vendredi, des sources judiciaires amorcent un rétropédalage. "Il n'a jamais été dit qu'il y avait des certitudes absolues, mais des indices précis et concordants. L'enquête se poursuit, des vérifications sont en cours. On ne donne pas de précisions sur les indices en question".

Comment le parquet a-t-il pu se montrer si péremptoire en affirmant qu'il s'agissait du jeune homme ces derniers jours, malgré les doutes dans ce dossier? Retour sur un fiasco.

Emballement politique et médiatique

Lundi, le procureur de Paris, François Molins, évoque devant la presse l'hypothèse d'un second Français dans une vidéo, diffusée la veille par Daesh, et dans laquelle a été formellement identifié Maxime Hauchard, un Normand parti en Syrie. Le magistrat livre des détails précis sur ce deuxième homme, comme son année de naissance, et son année de départ pour le jihad.

En déplacement en Australie, François Hollande évoque lui aussi cette hypothèse, affirmant que "deux Français ont été identifiés dans la vidéo". Mais deux jours plus tard, les choses s'emballent.

Il n'est pas encore 8h mercredi lorsque France 2 affirme que le deuxième Français a été identifié par les enquêteurs et porte le nom de Mickaël Dos Santos.

Une audition sous haute pression

Très rapidement, d'autres médias, dont BFMTV, indiquent avoir obtenu le même nom auprès de différentes sources policières, qui confient même que la mère a reconnu son fils sur la fameuse vidéo. Dans la soirée, le parquet confirme l'information par communiqué, déclarant que "des indices précis et concordants" ont permis d'identifier le jeune homme, d'origine portugaise, parti faire le jihad en Syrie en août 2013.

Entendue par les enquêteurs au sein de la DGSI, la maman de Mickaël Dos Santos expliquera plus tard à BFMTV avoir été questionnée durant six heures sur l'identité du jihadiste bourreau. Or, la mère est formelle: son fils apparaît bien sur certaines photos, où on le voit, arme à la main, dans un camp de l'Etat islamique, mais ce n'est pas lui sur la capture d'écran du "bourreau". Elle l'a dit et redit aux enquêteurs, qui insistaient sans relâche, mais après plusieurs heures d'audition, épuisée et abattue par la douleur, elle a fini par craquer et par émettre des doutes. "Je ne sais plus si ce n'est pas mon fils, faites ce que vous voulez..."

Les premiers doutes

Pourtant, le lendemain, deux experts du jihadisme français font entendre une voix discordante sur Twitter: le journaliste de RFI David Thompson, et le chercheur à l'Institut français du Proche-Orient Romain Caillet. Selon leurs sources, il s'agirait d'un jihadiste syrien, et non de Mickaël Dos Santos, Français d'origine portugaise. Une autre vidéo plus ancienne de Daesh, montrant ce jihadiste parlant arabe avec un parfait accent (entre 6mn50 et 6mn56, ndlr) finit de compléter leurs doutes.

Le jeune Portugais réapparaît alors sur Twitter avec un nouveau compte, portant son nom de combattant jihadiste, "Abu Uthman", et assure lui-même qu'il y a erreur. "J'annonce clairement que ce n'est pas moi présent dans la vidéo", écrit le jeune homme.

Le coup final sera porté par le témoignage de sa mère, jeudi soir, sur BFMTV. En larmes, la mère assure que ce n'est pas lui. "Ce n'est pas mon fils Mickaël Dos Santos... La barbe n'est pas la sienne (…) il a les yeux assez foncés sur la photo, alors que réellement il a les yeux verts/marrons. Je n'ai pas reconnu sa voix..." Joints par téléphone, ni le parquet ni le ministère de l'Intérieur n'ont réagi pour le moment.