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Comment la France célèbre la mémoire de ses grands artistes

Johnny Hallyday en concert à Saint-Denis en 1998.

Johnny Hallyday en concert à Saint-Denis en 1998. - Jack Guez - AFP

Comment la République honore-t-elle la mémoire de ses plus grands artistes? Ce samedi, un hommage populaire est organisé à Paris pour Johnny Hallyday. Mais il est rare que des artistes de music-hall y aient droit. Toutefois, les Français n'ont pas forcément besoin d'obsèques nationales pour venir en nombre dire adieu à leurs grandes personnalités.

Pour beaucoup de ses très nombreux fans, Johnny Hallyday était un "grand homme", une légende. Tandis que les hommages pleuvent, Emmanuel Macron a salué un "héros français". Ce samedi, la France va rendre un dernier "hommage populaire" à Johnny Hallyday, à Paris, avec une procession qui passera notamment par les Champs-Élysées, jusqu'à l'église de la Madeleine. 

Le cortège funéraire doit partir vers 10 heures du funérarium du Mont-Valérien, où se trouve la dépouille, et passer par Marnes-la-Coquette, où le chanteur résidait, avant de rejoindre vers midi l'Arc de Triomphe à Paris. Commencera alors la descente des Champs-Elysées jusqu'à la place de la Concorde avant de se diriger vers l'église de la Madeleine, où aura lieu la cérémonie funéraire.

Ces artistes honorés par la République

L'écrivain Jean d'Ormesson mort mardi a également été honoré par le Président ce vendredi aux Invalides. D'autres écrivains ont eu droit avant lui à des obsèques nationales - la différence avec l'hommage national tient à la nécessité en plus de l'inscription au Journal officiel d'un décret présidentiel et à une prise en charge par l'Etat.

Ainsi: Victor Hugo (1885), Pierre Loti (1923), Maurice Barrès (1923), Paul Valéry (1945), Colette (1954) et Aimé Césaire (20 avril 2008). En revanche, plus rares sont les artistes de music-hall à avoir bénéficié de cette attention. On notera le nom de Josephine Baker, morte à Paris le 12 avril 1975.

Victor Hugo, panthéonisé aussitôt 

Victor Hugo est ainsi le premier écrivain et poète à bénéficier d'obsèques jusqu'alors réservées aux plus hauts personnages de l'Etat. L'immense majorité des députés lui accordent les funérailles nationales, après sa mort le 22 mai 1885. Le dimanche 31 mai, son cercueil est déposé sous l'Arc de Triomphe. C'est l'architecte Charles Garnier, père du célèbre opéra parisien, qui a réglé l'ordonnancement. La bière est couverte d'un crêpe noir, le catafalque est barré des initiales "VH".

A la télévision en 1984, l'écrivain et critique littéraire, Jean-Marie Planes décrivait le cortège qui a amené, le 1er juin, la dépouille de Victor Hugo des Champs-Elysées au Panthéon qui retrouvait alors sa fonction révolutionnaire de dernier repos des grands hommes. A midi moins le quart, 21 coups de canon sont tirés et le cortège, qui est suivi au total par deux millions de personnes, commence à descendre les Champs-Elysées. Le trajet jusqu'au Panthéon s'achève à 18 heures au milieu des prises de parole officielles. 

500.000 personnes au Père-Lachaise pour Piaf 

Mais nul besoin de funérailles nationales pour rendre les plus beaux hommages aux grandes voix et aux grands esprits français. Ainsi, en 1963, un autre monument de la chanson française laissait la France en deuil. Mais Edith Piaf n'a eu droit ni à un hommage national, ni en raison de sa vie privée jugée à l'époque dissolue, par l'Eglise, qui pointait un "état de péché public" à une cérémonie religieuse.

Le convoi funèbre parti de son domicile du boulevard Lannes jusqu'au Père Lachaise sera cependant suivi par 500.000 personnes.

L'abbé Pierre et un cimetière bondé pour l'adieu à Coluche

Le camion qui a pris la vie de Coluche le 19 juin 1986 sur une route des Alpes-Maritimes a plongé dans le chagrin de nombreux Français, depuis longtemps familiers de ce comédien parfois controversé mais au talent indiscutable. Il est enterré le 24 juin au cimetière de Montrouge, dans son 14e arrondissement parisien. Pas d'obsèques nationales pour lui non plus donc, mais la cérémonie est tout aussi vibrante. Vedettes, inconnus, et motards s'agglutinent dans le cimetière: ils sont des milliers à venir saluer une dernière fois Michel Colucci. 

La messe est dite par l'abbé Pierre qui s'écrie: "Si vous entendez quelqu'un dire qu'il ne respectait rien, dites-leur que ce n'est pas vrai! Je suis témoin". A l'extérieur, des personnalités l'accompagnent de leurs mots. Certaines, comme Yves Montand, appartiennent au monde du spectacle, d'autres, comme Jacques Attali, à celui de la politique.

La messe par haut-parleurs de Thierry Le Luron

Son ami, l'imitateur Thierry Le Luron, le suivra peu après. il perd la vie le 13 novembre 1986 et la date de la cérémonie est fixée cinq jours plus tard. Ses funérailles sont célébrées à l'église de La Madeleine à Paris, en présence de nombreuses célébrités et de membres de la classe politique dont Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac. 

Pour satisfaire les nombreux Français qui se sont regroupés autour de l'édifice religieux sans pouvoir y entrer, la messe est retransmise par haut-parleurs. Il est enterré le lendemain à Perros-Guirec dans les Côtes-d'Armor. 

Serge Gainsbourg veillé par les Français, Catherine Deneuve et Johnny

La mort du chanteur et poète Serge Gainsbourg a été très soudaine, à 63 ans, le 2 mars 1991, dans son hôtel particulier, à l'intérieur tendu de noir, de la rue de Verneuil à Paris. Il est enterré le 7 mars 1991 au cimetière du Montparnasse, après que de très nombreuses personnes ont pleuré le défunt sous ses fenêtres. Là encore, l'affluence est immense. Sur les images d'époque, on voit que nombre des participants viennent munis d'une ultime référence au parolier, les uns portant un chou, d'autres encore des flasques ou des paquets de cigarettes.

Catherine Deneuve lit, devant la pierre tombale où il repose aux côtés de ses parents, le texte de la chanson Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, qu'il avait écrit pour son ancien amour Jane Birkin, après leur séparation. Dans la foule recueillie, comme le montre le reportage ci-dessous, on distingue notamment Johnny Hallyday. 

David Namias et Robin Verner