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Cinq mois après le suicide de leur fille harcelée au collège, ils réclament "des sanctions"

Evaëlle, une enfant de 11 ans victime de harcèlement scolaire, s'est suicidée en juin dernier. Ses parents témoignent sur BFM Paris.

Document BFM Paris - Cinq mois après le suicide d'Evaëlle, 11 ans, victime de harcèlement scolaire, ses parents se battent pour porter son histoire devant les tribunaux et lui rendre justice. Ils ont notamment déposé une plainte contre une enseignante, responsable à leurs yeux de n'avoir rien fait contre le harcèlement dont la collégienne était victime, voire de l'avoir encouragé. Interrogés par BFM Paris, ses parents témoignent de la difficulté de leur combat judiciaire. 

Une enseignante mise en cause

Evaëlle s'est suicidée dans sa chambre le 22 juin dernier. Peu après sa mort, ses parents ont déposé plainte contre une enseignante, estimant qu'elle n'avait rien fait pour venir en aide à sa fille, victime de harcèlement de la part d'autres élèves, voire qu'elle l'aurait encouragé.

"Les premiers problèmes qu'a eut notre fille étaient avec cette enseignante", racontent-ils sur notre antenne. "Evaëlle nous a avertis. Nous avons essayé d'arranger les choses. À un moment, elle a complètement arrêté de nous en parler et nous avons supposé que c'était réglé. Des parents d'élèves nous ont finalement alertés et nous avons compris que la situation ne s'était pas arrangée."

La semaine dernière, cette professeure d'Evaëlle a été placée en garde à vue. Une mesure très rare dans une affaire de harcèlement scolaire et une première victoire pour les parents de la collégienne qui affirment avoir été dissuadés à plusieurs reprises de déposer plainte contre l'enseignante.

"La première fois, c'était en février dernier. On nous a dissuadé de déposer plainte donc nous ne l'avons pas fait. Nous avons ensuite écrit une lettre de six pages à l'Inspection pour l'avertir de la situation. On nous a répondu brièvement que l'inspecteur 'prenait note'. Nous n'avons pu déposer plainte que trois jours après la mort d'Evaëlle."

Une information judiciaire ouverte

L'enseignante n'a pas été mise en examen à l'issue de sa garde à vue. En revanche, le parquet de Pontoise a ouvert une information judiciaire pour homicide involontaire contre X, mais aussi pour "harcèlement sur mineur de 15 ans" visant l'enseignante. Elle devrait donc être prochainement entendue par un juge d'instruction. 

"Nous étions très satisfaits par cette garde à vue. Cela montre que certaines choses posent question", affirment-ils, appelant maintenant à ce qu'une mesure conservatoire soit prise à l'encontre de l'enseignante. 

Une lettre au ministre de l'Éducation

En septembre, les parents avaient par ailleurs adressé une lettre au ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer et au président de la République. Dans la missive, ils regrettent l'absence de mesures prises à l'encontre de l'enseignante et soulignent que les élèves ayant harcelé leur fille sont toujours scolarisés dans l'établissement. 

"Les élèves doivent être sanctionnés. Ce n'est pas possible de commettre des actes pareils, des agressions physiques avec témoins et preuves écrites, sans sanction. Il n'y a même pas eu une heure de colle!", déplorent-ils.

Créer une jurisprudence

Selon nos informations, Brigitte Macron a répondu à leur courrier il y a une dizaine de jours.Les parents ont par ailleurs annoncé ce lundi déposer plainte contre l'État.

"C'est le seul moyen de mettre en cause la direction du collège. Il n'y avait jamais eu d'information judiciaire ouverte pour homicide involontaire dans un cas de harcèlement scolaire. Cela ouvrirait une nouvelle voie dans la lutte contre le harcèlement", espèrent-ils. "Cela pourrait faire jurisprudence et ouvrir une nouvelle voie dans la lutte contre le harcèlement. 

En portant cette affaire en justice, les parents souhaitent que leur histoire soit connue, de façon à ce que les enfants, tout comme les parents, soient au courant et que le harcèlement scolaire cesse d'être "minimisé".

Simon Azélie avec Cyrielle Cabot