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Carburants : les pétroliers baissent-ils assez les prix à la pompe ?

Sur les 15 premiers jours de mai, la baisse du brut aurait pu entrainer une baisse de 6 centimes du prix du gazole ; or il n'a baissé que de 3 centimes.

Sur les 15 premiers jours de mai, la baisse du brut aurait pu entrainer une baisse de 6 centimes du prix du gazole ; or il n'a baissé que de 3 centimes. - -

D’après un rapport de la DGCCRF, les prix du gasoil et du sans-plomb n’ont pas autant baissé que celui du pétrole, depuis début mai. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde met la pression sur les pétroliers, qui se défendent. Les associations de consommateurs demandent une baisse des taxes. Débat.

Christine Lagarde met la pression sur les pétroliers. Les prix à la pompe n'auraient pas assez baissé, selon la ministre de l'Economie. Elle a livré hier dimanche les conclusions préliminaires d'un rapport de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF). Cette enquête, commandée il y a quinze jours, montre que sur les 15 premiers jours de mai, la baisse du brut aurait pu entrainer une baisse de 6 centimes du prix du gazole ; or il n'a baissé que de 3 centimes.
Les pétroliers et les distributeurs avaient pris l'engagement de répercuter immédiatement à la pompe toute baisse du prix des hydrocarbures. La ministre pourrait donc imposer aux pétroliers de réduire le prix des carburants à la pompe, s'ils ne justifient pas ces baisses insuffisantes.

« Que les pouvoirs publics diminuent les taxes ! »

Du côté des associations de consommateurs, on souligne que plus de la moitié du prix de l’essence est constituée de taxes. Alors, pour baisser les prix à la pompe, l’Etat pourrait selon elles réduire la taxe intérieure des produits pétroliers (TIPP) ou la TVA, comme l’explique Thierry Saniez, délégué général de l'association de consommateur CLCV : « Cette situation crée des interrogations ; on aimerait savoir pourquoi les prix à la pompe sont aujourd’hui aussi élevés que ce qu’ils étaient à l’été 2008, alors que le prix du pétrole était 50% plus haut qu’il ne l’est aujourd’hui. D’autre part, les pouvoirs publics ont aussi une responsabilité, puisque 65% du prix des carburants sont des taxes. Il peuvent donc décider de plafonner le prix pour le consommateur à la pompe, en diminuant les taxes perçues, notamment la taxe sur les produits pétroliers ».

« Il n’y a pas de quoi crier au scandale »

Le super sans plomb 95 coûte en moyenne 1,51 euro le litre (contre près de 1,55 euro début mai), et le gazole 1,30 (contre 1,35 il y a un mois). Des prix qui ne choquent pas Francis Perrin, rédacteur en chef de la revue Pétrole et gaz arabes : « Quand je regarde ces chiffres, je dis : il n’y a pas de quoi crier au scandale. S’il n’y avait aucune baisse, ce serait tout à fait anormal puisqu’il y a eu une baisse des prix du brut. Mais il y a eu une baisse des prix du carburant qui est plus faible que celle des prix du brut. Et c’est normal ; il n’y a pas que les prix du brut qui expliquent les prix des carburants, il y a d’autres facteurs, et notamment les taxes. Il faut aussi tenir compte de la baisse de l’euro par rapport au dollar, qui vient compenser dans le sens inverse l’effet positif lié à la baisse des prix du brut. »

« Des effets d’annonce à 11 mois des Présidentielles… »

Christian Roux est président national des propriétaires-exploitants de stations-services. Dans sa station-service, le prix du gasoil a baissé de 12 centimes depuis février. Et selon lui, « les baisses ont été appliquées : le baril était à 120, il est passé à 115 dollars ; soit 4% environ. Mais ces 4% ne sont pas appliqués à un litre qui pourrait être à 1,50 euro ; ils sont appliqués sur le prix du produit lui-même, soit globalement 60-62 centimes. 4% de 60 centimes, ça fait 2,4 centimes. Et ça a largement plus baissé que ça. Donc je ne vois pas trop où est le problème. Je suis en colère parce que ça donne une très mauvaise image de la profession. On est à 11 mois des Présidentielles, donc il faut faire des effets d’annonce pour satisfaire le citoyen… »

Quelles sont les marges de manœuvre du gouvernement ?

Le code du commerce autorise le gouvernement à imposer une baisse des prix, dans une situation de crise ou manifestement anormale du marché. Ce fût le cas en 1990, quand l'Irak avait envahi le Koweït et que les prix grimpaient de 10% par jour. Pierre Bérégovoy, alors ministre de l’Economie, avait bloqué le prix de l'essence par décret. Il avait limité la marge prélevée par les distributeurs d'essence. Mais les spécialistes sont sceptiques. Pour Jean-Marie Chevalier, professeur d'économie, avec ce système, on ne gagnerait que quelques centimes.

La Rédaction, avec Emilie Valès