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Burkina Faso: Alain Bertoncello a "réussi sa mission malgré sa disparition", témoigne sa compagne

Alain Bertoncello est mort dans la nuit du 9 au 10 mai lors de l'opération de sauvetage des deux otages français kidnappés le 1er mai au Bénin. Sa compagne, Léa, fait part au Parisien de son "grand choc" après une disparition "trop brutale".

"C’est mon héros." Léa, 26 ans, était la compagne de celui qui a "donné sa vie pour la France", Alain Bertoncello. Le jeune homme né en 1991 est mort le 10 mai lors de l’opération de sauvetage des deux otages français au Burkina Faso. "Alain Bertoncello était mon compagnon. C’était un homme joyeux, souriant et drôle. Nous croquions la vie ensemble et nous étions très complémentaires dans une relation fusionnelle. Nous avions de nombreux projets. Alain était humble, actif sur tous les fronts. Serviable, attentif, perfectionniste. C’était un homme parfait et c’était mon soleil", raconte-t-elle au Parisien dans un texte qu’elle a écrit en hommage au militaire.

Un "homme de conviction"

Le jeune homme a rejoint "la plus prestigieuse et la plus sélective des unités de l’armée: le commando Hubert" en 2017 où il a participé à des missions de défense des intérêts maritimes français aux Seychelles et à plusieurs opérations extérieures au Qatar, au Levant et au Sahel, théâtre sur lequel il était engagé depuis le 30 mars dernier.

"C’était un homme de conviction, un grand professionnel apprécié par ses collègues. Sa maturité était extrême. Il avait une conscience aiguë de la réalité", poursuit Léa. La veille de l’opération de sauvetage, Léa a échangé avec lui par téléphone: "J’ai senti à sa voix qu’il allait partir sur le terrain. Bien sûr, il n’a rien dit sur sa mission. On s’est échangé des mots d’amour. Et voilà, le lendemain à mon travail, j’ai su que c’était fini. Je ne le reverrai plus".

Dans la nuit du 9 au 10 mai, les militaires ont profité d’une halte des ravisseurs en territoire burkinabé pour lancer l’assaut. Ils ont progressé dans la pénombre jusqu’au campement des kidnappeurs et ont été repérés a seulement une dizaine de mètres de leur cible. Les militaires n’ont toutefois pas ouvert le feu afin de ne pas blesser les otages ou les familles des terroristes. Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello ont été "tués à très courte distance par deux des ravisseurs", a précisé chef d'état-major français, le général François Lecointre.

Alain Bertoncello "était certain qu’il était prêt physiquement et mentalement pour cette mission. Il l’a accomplie jusqu’au bout. Et c’est donc une mission réussie malgré sa disparition et celle de Cédric", ajoute Léa.

Une disparition "trop brutale"

Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient été enlevés le 1er mai dernier lors d'un séjour touristique au Bénin, pays jusque-là épargné par l'insécurité en Afrique de l'Ouest où opèrent de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à Daesh. Ont-ils pris des risques inconsidérés en effectuant leur safari dans cette région sensible? La polémique enfle et face à la mort des deux militaires durant le sauvetage, Léa a "la haine. Je leur en veux d’être partis dans ce pays alors qu’il ne fallait pas aller là-bas", réagit-elle. Mais elle tempère: "Si on commence à penser comme ça, on ne s’en sort plus. Des gens qui vont en montagne peuvent aussi se mettre en danger. Il est du devoir des sauveteurs d’aller les sauver… De toute façon, il y a des erreurs partout. Et c’est la vie malheureusement."

La jeune femme, elle-même militaire, fait part au Parisien du "grand choc" que représente la disparition de son compagnon.

"On est préparé à l’absence. Mais une mort aussi soudaine, on ne s’y attend pas. C’est juste impensable. Pourtant, on connaît les risques de son métier. Mais on n’y pense pas forcément. Je n’arrive pas à croire que je ne le reverrai plus. C’est trop brutal", déplore Léa qui espère que la France n’oubliera pas l’action de son compagnon.

Un hommage national aura lieu mardi aux Invalides pour Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello qui "ont donné leur vie pour en libérer d'autres", a souligné Emmanuel Macron.

Ambre Lepoivre