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Avec le procès du Mediator, Irène Frachon espère "la fin d'un insupportable déni"

Neuf ans après la révélation du scandale sanitaire, le procès des laboratoires Servier et de l'Agence du médicament s'ouvre ce lundi pour plus de six mois, à Paris.

Elle est celle qui a lancé l'alerte, il y a neuf ans. Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, voit aujourd'hui s'ouvrir pour plus de six mois le procès des laboratoires Servier et de l'Agence du médicament, à Paris. 

Irène Frachon a 27 ans quand elle découvre l'existence du Mediator, ou plutôt l'Isoméride, un coupe-faim dérivé d'amphétamines commercialisé par les laboratoires Servier "et qui tuait massivement les femmes".

"J'ai été très marquée par ce drame qui est resté totalement impuni en France, et des années plus tard, alors que l'Isoméride était interdit, j'ai découvert que le Mediator était une molécule équivalente, que Servier le laissait sur le marché en sachant pertinemment les risques qu'ils prenaient, et pire, en cachant la nature réelle du Mediator", témoigne la médecin sur notre antenne.

"Servier n'a rien avoué, Servier n'a rien reconnu"

Au procès, Irène Frachon interviendra en tant que témoin. Elle estime aujourd'hui qu'à l'époque de la vente autorisée du Mediator, "l'Agence (du médicament, ndlr) était sous la coupe de Servier, complètement". Le comprimé a été retiré de la vente en 2009. 

Avec ce procès-fleuve, Irène Frachon espère "la fin d'un insupportable déni", car "Servier n'a rien avoué, Servier n'a rien reconnu, Servier paye parce qu'il a un couteau sous la gorge et deux kalachnikovs dans le dos", estime-t-elle. "On attend qu'un juge pénal tranche sur les délits qui sont reprochés à Servier."

Même si, selon Irène Frachon, Servier est toujours un laboratoire extrêmement puissant qui "continue à être reçu partout dans les milieux médicaux et certains milieux politiques, comme un partenaire honorable", alors qu'il y a "2000 morts au compteur".

Clarisse Martin