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"Maman, on te promet, on aura la justice": au procès du Mediator, les victimes et leurs proches attendent des "condamnations exemplaires"

Neuf ans après le retentissant scandale du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts, le procès des laboratoires Servier et de l'Agence du médicament s'ouvre ce lundi à Paris.

La mère de Lisa et Frédéric est morte subitement d’un arrêt cardiaque en 2004, à l’âge de 51 ans. Six ans plus tard, ses enfants font le lien entre son décès et le médicament qu’elle a pris durant deux années: le Mediator, un médicament anti-diabétique vendu jusqu'en 2009, au cœur d'un procès pénal hors norme qui s'ouvre ce lundi.

"Avec cette information, on est passé d’une phase où on a appris à vivre sans elle, avec ce manque, à de la colère contre des gens qui ont participé à sa mort", explique Lisa Boussinot à BFMTV.

2684 victimes parties civiles

Dès lors, Lisa et Frédéric ont décidé de s’engager dans une longue bataille judiciaire. Ils ne sont pas seuls: plus de 2000 victimes seront sur le banc des parties civiles à partir de ce lundi. Jusqu’au 30 avril 2020, le groupe pharmaceutique Servier et neuf filiales ainsi que l'Agence nationale de sécurité du médicament devront répondre des chefs d’accusation de "tromperie aggravée" et d’"homicides et blessures involontaires" par "négligences".

"On a un double objectif: qu’on reconnaisse le statut de victime de notre mère et qu’il y ait des condamnations exemplaires pour que ça ne se reproduise plus", poursuit Lisa Boussinot.

"Maman on te promet, on aura la justice"

Sandra et Christian, eux aussi parties civiles dans le procès, ont fait la promesse à leur mère de se battre pour elle. Elle est morte en 2011, après avoir pris du Mediator pendant une dizaine d'années.

"On lui a fait une promesse avec mon frère, on était devant elle et on a lui a dit 'maman on te promet, on aura la justice'", raconte Sandra Berolino à BFMTV. "Je ne comprends pas pourquoi on laisse un médicament sur le marché alors qu'il tue des personnes."

23 prévenus au total

Jusqu'à son retrait du marché le 30 novembre 2009, le Mediator a été utilisé par cinq millions de personnes en France. Il est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et d'hypertension artérielle pulmonaire, une pathologie rare et mortelle, et pourrait être responsable à long terme de 2100 décès, selon une expertise judiciaire.

Onze personnes morales et douze personnes physiques comparaîtront au total. Cinq mis en cause sont décédés lors de l'instruction, dont le principal protagoniste, le fondateur des laboratoires Jacques Servier, mort en 2014 à 92 ans, au grand dam des victimes qui auraient "souhaité qu'il s'explique à la barre", rapporte à l’AFP Me Coubris, avocat de 1650 parties civiles. Le groupe Servier devra répondre de sept infractions, dont "escroquerie" au préjudice de la sécurité sociale et des mutuelles.

Après le procès, le deuil

A ses côtés, l'ANSM, qui a remplacé l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) après le scandale, sera jugée pour "homicides et blessures involontaires" par "négligences", pour avoir tardé à suspendre le médicament, malgré une accumulation d'alertes sur les risques depuis le milieu des années 1990.

Représentant l'ANSM au procès, son directeur général Dominique Martin assure qu'il participera aux débats "dans la transparence la plus totale afin de concourir à la manifestation de la vérité et d'assumer sa responsabilité de directeur d'établissement public". Ce n’est qu’une fois ce procès achevé que Lisa et Frédéric pourront enfin faire leur deuil, affirment-ils.

Mélanie Vecchio avec Ambre Lepoivre et AFP