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Agression filmée à Nancy: "Comme ce sont des filles, cela paraît encore plus inacceptable"

L'agression a eu lieu le 10 septembre.

L'agression a eu lieu le 10 septembre. - Montage BFMTV.

L'agression filmée d'une jeune femme a enflammé le web. Un fait de violence qui pose une nouvelle fois la question de l'agressivité chez les adolescents et sa mise en scène sur internet.

L'agression filmée d'une jeune fille à Nancy a suscité l'émoi sur le web depuis vendredi. Si elle a été retirée de YouTube, elle a été récemment republiée sur le même site de partage de vidéos. On y voit une fille de 15 ans s'en prendre verbalement et physiquement à une jeune femme de 20 ans. L'auteur de l'agression a été mise en examen dimanche soir. Ses trois camarades présentes lors des faits, et qui ont filmé la scène à l'aide de leurs téléphones portables, ont été placées un temps en garde à vue et devront se présenter devant le juge des enfants.

Comment expliquer une telle violence? Éclairage de Stéphane Clerget, pédopsychiatre.

Ce type d'agression est-il courant chez les adolescents ?

Cette agression n'est que le reflet d'une violence gratuite qui a toujours existé chez les adolescents. La nouveauté, c'est la violence féminine à laquelle notre société est moins habituée et qui augmente d'année en année.

Comme chez les garçons, s'en prendre à un bouc-émissaire permet de fédérer un groupe. Mais c'est aussi une manière de se mettre à distance de l'image du "boloss", que ce soit de la part de l'agresseur comme des complices : le "boloss", c'est lui ou elle, donc ce n'est pas moi.

L'adolescente qui a giflé la jeune femme a sûrement subi, plus petite, des humiliations similaires. Elle reproduit ainsi ce qu'elle connaît afin de se détacher de cette facette de son identité. Tout se passe comme si on était soit une victime, soit un bourreau. Bien entendu, cela ne l'excuse pas.

Pourquoi le web s'est-il enflammé sur cette affaire?

L'autre élément de nouveauté, c'est la mise en ligne. Si on a déjà vu des garçons dans de telles vidéos, il est plus rare d'y voir des filles. Et comme ce sont des filles, cette agression paraît encore plus inacceptable.

Certains jeunes se sont lâchés sur les réseaux sociaux. Les internautes agissent comme si, vis-à-vis de l'agresseur, il était autorisé d'être violent.

Ils se disent qu'elle l'a bien cherché, mais on peut se demander si les plus virulents se seraient vraiment interposés durant l'altercation. Peut-être qu'ils ont eux-mêmes été, sinon les agresseurs, du moins les complices autrefois et qu'ils expient ainsi leur passivité ou leur potentielle inaction.

Le fait que la victime soit en plus présentée comme "handicapée" sans préciser la nature ou le degré, favorise l'empathie. Et la vidéo est lisible très simplement: les personnages sont facilement identifiables, ils incarnent chacun le bien et le mal.

La mise en ligne est aussi le signe que l'auteur des violences n'est absolument pas consciente du mal qu'elle faisait. Elle n'a pas du tout intégré que c'était interdit. Or, plus les enfants sont encadrés d'adultes bienveillants pour leur montrer les limites et qu'ils ne sont pas seuls dans leur monde d'ado, moins les enfants sont susceptibles d'avoir de tels comportements.

Les enfants peuvent-ils se défendre dans ces situations sans recourir à la violence ?

Dans la vidéo, la victime dit qu'elle a peur, elle est tétanisée, donc elle n'ose pas bouger. Elle est encerclée en plus. Ici, il est difficile de s'extirper d'une telle posture, donc certains parents diront simplement à leur enfant : "Si on te tape, tu tapes". Mais on n'apprend pas aux ados à se défendre de la bonne manière, sans être violents à leur tour.

Au Canada, il existe des programmes pour apprendre à se faire respecter et je pense que cela devrait faire partie des cours d'éducation civique. Et les parents ne sont pas forcément les mieux placés pour cela.

Car malheureusement, la violence n'est pas réservée aux jeunes et nombre d'adultes sont également victimes de violence au travail, même si elle n'est pas forcément physique.

Propos recueillis par Rémy Demichelis