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Secouée par des tremblements de terre, l'Islande se prépare à une possible éruption volcanique

Vue en direct du Mont Keilir depuis une webcam posée à Keflavik.

Vue en direct du Mont Keilir depuis une webcam posée à Keflavik. - Sjónvarp Víkurfrétta

Un fort séisme dans la région a été suivi par des milliers de secousses qui pourraient indiquer la montée de magma vers la surface. Si l'éruption devait se produire, elle ne serait certainement pas "explosive", estiment les scientifiques.

Huit siècles que la lave n'a pas coulé dans ce secteur. Et pourtant, ce mercredi, les autorités islandaises ont annoncé se préparer à une possible éruption à une trentaine de kilomètres de Reykjavik. Des secousses typiques d'une montée de lave ont été enregistrées dans l'après-midi aux alentours du mont Keilir, dans la petite péninsule de Reykjanes, a annoncé l'Institut météorologique d'Islande.

"Il est très probable que nous ayons une intrusion de magma dans la croûte terrestre dans cette région. Il s'est certainement rapproché de la surface, mais nous essayons de savoir s'il s'en rapproche encore plus", explique à CNN Porvaldur Pórdarson, professeur de volcanologie à l'université d'Islande.

"Impact minimal" sur la vie des habitants

"La possibilité d'une éruption est réelle, mais il faut voir comment l'activité évolue", a ajouté Freysteinn Sigmundsson, un chercheur en géophysique de l'Université d'Islande, lors d'une conférence de presse.

"Ce n'est pas certain, la situation peut durer des heures ou même plus, avec de très nombreux petits séismes", a-t-il souligné.

La possible entrée en activité du volcan ne devrait toutefois pas engendrer de fortes perturbations si elle avait lieu car la zone à proximité immédiate n'est pas habitée. Pour l'heure, aucune évacuation n'a d'ailleurs été annoncée.

"En cas d'éruption, nous nous attendons à ce qu'elle soit petite. Nous ne nous attendons pas à une grande éruption explosive et à un impact minimal sur l'atmosphère, le trafic aérien et les conditions de vie des personnes", a précisé Freysteinn Sigurdsson.

Plus de 16.000 secousses

Cette région du sud-est de l'Islande n'a connu aucune éruption volcanique depuis huit siècles, selon les vulcanologues. Mais un important séisme de magnitude 5.7, le 24 février, a entraîné un nombre inhabituel de mini-secousses dans le secteur. Plus de 16.000 soubresauts plus ou moins importants ont agité les sismographes ces huit derniers jours, contre habituellement un millier en un an.

Une intensité qui a surpris des habitants pourtant généralement flegmatiques. "J'habite à Grindavík depuis que je suis née, j’ai déjà vécu cela de temps en temps. Mais c’est la première fois que nous avons des séismes aussi puissants et si fréquemment", raconte Kristín Birgisdóttir, en charge du tourisme à la mairie de ce paisible port de pêche de 3500 âmes, coincé entre de très anciens champs de lave et l'océan Atlantique.

"La sensation n'est jamais agréable... Parce que quand Dame nature tremble sous vos pieds, vous vous sentez impuissant", reconnaît-elle.

Jamais une telle activité sismique n'avait été enregistrée dans la région depuis le début de la surveillance numérique en 1991. Il faudrait remonter à près de 90 ans pour retrouver trace d’un phénomène à peine semblable.

"Nous essayons de comprendre pourquoi. Pourquoi cela se produit-il?", indique Porvaldur Pórdarson. "Pour cette région, les mouvements sismiques sont en effet assez inhabituels, non pas à cause du type de tremblement de terre ou de leur intensité, mais par leur durée. Cela dure depuis plus d'une semaine maintenant."

L’Islande, région volcanique la plus active d’Europe

Si cette région semblait jusqu'ici plutôt épargnée, l’Islande reste la plus vaste et active région volcanique d’Europe, avec une éruption en moyenne tous les cinq ans. La dernière date de 2014-2015 et s'est produite dans une zone inhabitée de l'est du pays. Mais la plus célèbre de l'ère moderne est celle de l’Eyjafjallajökull, dans le sud du pays, en 2010.

Le volcan Eyjafjallajokull lors de son éruption en 2010.
Le volcan Eyjafjallajokull lors de son éruption en 2010. © HALLDOR KOLBEINS

Son immense panache de fumée avait entraîné la plus grande perturbation aérienne en temps de paix, paralysant le ciel européen pendant près d’un mois. Le Covid-19 l'a depuis détrônée.

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV