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Pourquoi l'année 536 est considérée comme la pire de l'humanité, bien loin devant 2020

Le volcan Cotopaxi en Equateur, en éruption depuis le 25 aout.

Le volcan Cotopaxi en Equateur, en éruption depuis le 25 aout. - RODRIGO BUENDIA / AFP

Cette année-là, les fumées d'une éruption volcanique ont plongé une partie du monde dans l'obscurité pendant 18 mois. Froid, peste et famine s'en sont suivis.

La crise sanitaire a fait de 2020 une année noire. En l'espace de quelques mois, les populations ont dû renoncer à de nombreuses libertés pour tenter d'endiguer la propagation du virus. Rupture des liens sociaux, angoisse des contaminations... Le Covid-19 a miné le moral de millions d'êtres humains et emporté sur son passage la vie de plusieurs milliers d'individus.

Depuis son apparition, le nouveau coronavirus a fait 1,73 million de morts dans le monde, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles. En France, la maladie a tué plus de 61.000 personnes. Pourtant, aussi dramatique que cette année puisse paraître, elle est loin d'être la pire que notre civilisation ait connue.

Obscurité, peste et famine

Selon l'historien et archéologiste à l'université de Harvard aux Etats-Unis, Michael McCormick, il faut remonter bien plus loin, en 536, "l'une des pires périodes pour être en vie", expliquait-il au magazine Science en 2018. Mais qu'est-ce-qui a bien pu être plus ravageur que la peste noire de 1349 ou que la grippe espagnole de 1918 qui a tué entre 50 et 100 millions de personnes?

En 536, un épais et mystérieux brouillard a plongé l'Europe, le Moyen-Orient et une partie de l'Asie dans l'obscurité totale durant 18 mois. Une situation que l'historien de l'époque, Procope - mort vers 560 -, décrit ainsi:

"Le soleil a donné sa lumière sans éclat, comme la Lune, pendant toute l’année."

Sans lumière, les températures ont drastiquement chuté, enclenchant la décennie la plus froide des 2300 dernières années. Dans de telles circonstances, les cultures et les récoltes sont devenues impraticables et les populations ont dû faire face à l'une des famines les sévères de l'Histoire.

Pas d'amélioration avant un siècle

Les chercheurs ont tenté de comprendre ce qui avait pu déclencher un tel cataclysme dans cette partie du monde. Des scientifiques, menés par Michael McCormick, ont analysé des extraits d'un glacier suisse et ont découvert qu'une éruption volcanique avait eu lieu en 536 en Islande, crachant des nuages de cendres à travers tout l'hémisphère nord.

Les nombreuses substances, comme le soufre, projetées dans l'atmosphère ont formé un voile d'aérosol réfléchissant la lumière du soleil dans l'espace et refroidissant ainsi la planète. Deux autres éruptions massives ont suivi, en 540 et 547, s'ajoutant aux épidémies de peste bubonique et prolongeant encore la crise économique engendrée. Les chercheurs datent le retour d'une période plus clémente seulement un siècle plus tard, à partir de 640.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV