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Quel avenir pour nos vieilles centrales nucléaires?

Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, la France dispose toujours d'un parc nucléaire important. EDF espère obtenir un sursis avant la fermeture de ses centrales en les rénovant. Mais les écologistes montent au créneau pour que cet investissement soit fait en faveur de la transition énergétique.

Il y a 30 ans survenait la plus grande catastrophe nucléaire civile jamais enregistrée: le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl explosait. De larges régions d’Europe ont été touchées par la contamination radioactive, y compris l'Est de la France. Pour autant, notre parc nucléaire comporte toujours à l'heure actuelle 58 réacteurs, répartis dans 19 centrales.

Le parc nucléaire français comporte 19 centrales et 58 réacteurs.
Le parc nucléaire français comporte 19 centrales et 58 réacteurs. © BFMTV

La plupart datent des années 1980: celle du Blayais, dans l’estuaire de la Gironde, est en service depuis 35 ans et atteint bientôt l'âge de la retraite. Prévue pour durer 40 ans, la centrale pourrait voir sa durée de vie prolongée jusqu'à 60 ans.

"Le grand carénage" d'EDF

Malgré de fortes difficultés financières, EDF veut continuer à exploiter ses centrales vieillissantes. Mais il va falloir les rénover, et vite. Ce "grand carénage", nom donné par l'entreprise publique à son programme de travaux, devrait lui coûter au bas mot la somme de 55 milliards d'euros (voire 100 milliards la Cour des comptes). Autrement dit, l'équivalent ou plus de son investissement initial pour construire les centrales. Mais l'entreprise n'a guère le choix.

"La situation est préoccupante à court et moyen terme. Il y a des risques potentiels si on ne fait pas les choses correctement", affirme Pierre-Franck Chevret, le président de l'ASN, le gendarme du nucléaire, d'ordinaire très mesuré.

Inquiétude des écologistes

Même si l'opération rénovation est déjà bien entamée, la vétusté du parc et les moyens mis en œuvre pour faire peau neuve inquiètent les écologistes. A Paluel, en Normandie, lors du remplacement d'un générateur de vapeur fin mars, la pièce aux mensurations impressionnantes (22 mètres de long pour un poids de 450 tonnes) est tombée de toute sa hauteur.

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- © "Sortir du nucléaire"

L'image a été diffusée par le réseau "Sortir du nucléaire", dont fait partie Guillaume Blavet. Selon lui, cette chute a provoqué un "mini-séisme dans le réacteur" et "des personnes ont été choquées", "une autre blessée".

"Plutôt que d'engager l'argent dans un grand carénage, EDF devrait investir dans la transition énergétique, dans des moyens plus sûrs et plus durables (…) EDF persévère dans une orientation ancienne en nous exposant à des risques considérables", estime le militant.

De son côté, le directeur de la centrale relativise. Le réacteur était à l’arrêt au moment de l’accident. Pour Brice Farineau, pas de danger majeur mais un "aléa industriel qui n'a eu aucune incidence sur la sûreté des installations, ni sur l'environnement".

Un manque de vigilance avec la sous-traitance?

Autre problème pointé du doigt: le recours quasi-systématique aux sous-traitants qui réalisent près de 75% des opérations de maintenance dans les centrales. Ce choix, pour raisons économiques, a été fait au détriment de la sécurité estiment les écologistes. Ce que réfute l'entreprise publique, qui affirme faire preuve d'une grande vigilance à l'égard de ses sous-traitants.

La gronde vient également de nos voisins européens, à l'instar de l'Allemagne ou la Suisse, qui tolèrent difficilement le vieillissement à leurs portes des réacteurs de Fessenheim ou du Bugey.

Pour rappel, lors de sa campagne en 2012, le candidat Hollande avait promis de réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2025 et de fermer fin 2016 la centrale de Fessenheim, la plus vieille en activité sur le territoire. Mais le 28 février dernier, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, s'était dite "prête" à prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales.

P. P. avec les équipes de BFMTV