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30 ans après la catastrophe nucléaire, à quoi ressemble Tchernobyl?

La centrale de Tchernobyl depuis la ville fantôme de Pripiat le 8 avril 2016

La centrale de Tchernobyl depuis la ville fantôme de Pripiat le 8 avril 2016 - Sergei Supinsky - AFP

Après la pire catastrophe nucléaire de tous les temps, le silence s'est abattu sur la zone d'exclusion de Tchernobyl. Depuis trente ans, il est entrecoupé seulement par le bruit des animaux, des travailleurs du nucléaire, et des quelques dizaines d'habitants. Le désastre est passé.

Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin, le réacteur n°4 de la centrale Lénine de Pripiat, à 18 kilomètres de Tchernobyl, explose lors d'un test de sûreté. Les pompiers arrivent sur les lieux un peu après 5 heures du matin, les niveaux de radiations sont alors 200 fois supérieurs à la radioactivité produite par les bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Pendant dix jours, le combustible nucléaire brûle, rejetant dans l'atmosphère des éléments radioactifs. La contamination va toucher toute l'Europe.

Trente ans jours pour jours après cette catastrophe dont le bilan humain varie entre 4.000 et 100.000 morts, la vie n'a toujours pas repris à Tchernobyl. Une zone d'exclusion de 30 kilomètres a été mise en place et les villes proches sont entièrement vides. Aujourd'hui, le paysage de ces villes fantômes, est fait de peintures décrépies, de bitume envahi par les herbes et de balançoires rouillées. La plupart des villages ont été rasés et enterrés.

75 ans de moyenne

Là où on comptait plus de 130.000 habitants, sur une zone grande comme le Luxembourg, quelque 150 personnes ont décidé de revenir, malgré un taux de radioactivité encore trop élevé et des conditions de vie rudimentaires. 

Maria Ouroupa était de retour quelques mois après la catastrophe. "On a décidé de rentrer à la maison, via la forêt, comme des guérilleros. Puis on a trouvé une route et on est allés jusqu’à la maison", explique-t-elle.

Ici, l'âge moyen est de 75 ans, alors les risques, Valentina Koukharenko, n'y croit qu'à moitié. "Ils disent que les niveaux de radiation sont élevés. Je ne sais pas, peut-être que ça fait quelque chose sur ceux qui n'ont jamais vécu ici. Mais nous les vieux, de quoi devrions nous avoir peur? Bien sûr on ne peut pas amener d'enfants dans la zone pour le moment mais j'espère qu'un jour Tchernobyl revivra", témoigne-t-elle. En attendant, sa famille ne peut pas venir la voir plus de trois jours d'affilée. En 1999, une petite Maria était née dans la zone d'exclusion, premier bébé à venir au monde depuis 1986 dans cette ville "morte". Née anémique, elle a quitté Tchernobyl un an plus tard avec sa famille. 

Des travailleurs et des touristes de passage

D'autres humains viennent ici par intermittence: des milliers de travailleurs du nucléaire se relaient sur le site. Ils construisent une immense arche en acier autour du quatrième réacteur pour renforcer le "sarcophage" de béton bâti à la va-vite en 1986 qui menace s'écrouler et d'exposer à l'air libre le magma hautement radioactif. L'arche devrait être opérationnelle fin 2017, pour au moins un siècle.

Depuis que les visites ont été autorisées, en 2011, le site attire aussi 10.000 touriste venus du monde entier chaque année, relate France Info. Pour un peu plus de 115 euros, les guides les emmènent sans aucune sécurité au sein d'une mise en scène parfaite: poupée posée sur un sommier, manuels scolaires mis en évidence dans des écoles désertées...

Un faux paradis pour les animaux

Ce vide d'humains a permis un développement massif d'une partie de la faune sauvage. Chevaux de Przewalski, ours, loups, lynx ont fait leur retour sur ces terres désertées par leur prédateur principal. La nature a connu de curieuses transformations, la verdure est revenue, mais des espèces dépendant des déchets humains ont disparu comme les cigognes blanches, les moineaux ou les pigeons.

Un paradis pour animaux? Vraisemblablement pas. Il semble qu'ils se reproduisent plus lentement que la normale et leur espérance de vie est plus courte. Par ailleurs, des mutations sont constatées chez les rongeurs, les papillons et autres petits insectes. Mais les études sur les conséquences environnementale sont encore peu nombreuses.

Non, décidément, Tchernobyl ne s'est pas transformé en havre de paix, même pour les animaux. Le site restera radioactif pendant des milliers d'années.

A. D.