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Un "stress énorme": avec le reconfinement, les dépressions explosent

Le taux de dépression est passé de 10 à 21% dans la population en 6 semaines. Nicolas Franck, psychiatre, explique à BFMTV que le confinement est “une pression extrêmement forte” pour les Français.

Le nombre de personnes concernées par un état dépressif a doublé entre fin septembre et début novembre. C’est le constat alarmant dressé ce mardi par le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, lors de son point sur l'épidémie de Covid-19 en France.

"Le bien-être mental des Français a été altéré dès la deuxième semaine du confinement", confirme sur BFMTV Nicolas Franck, psychiatre au Centre hospitalier Le Vinatier à Lyon.

De 10 à 21% de Français dépressifs

En six semaines, le taux d'états dépressifs est passé de 10,9% à 20,9% dans la population générale, selon le dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France. Une augmentation "vertigineuse", s’inquiétait ce lundi sur notre antenne Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Un sondage Ifop réalisé en ce mois de novembre pour Consolab / 20 Minutes montre également que l’annonce du reconfinement a fait augmenter le nombre de personnes se disant victimes d’anxiété (27%, soit une hausse de 7 points par rapport au printemps dernier), de troubles du sommeil (38% soit 6 points de plus) et de dépression (12%, une augmentation de 3 points).

Ces troubles dépressifs se caractérisent par le fait de "se sentir tendu, de ne pas bien dormir, de ruminer, de s’énerver contre ses proches, d’être irritable de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir", détaille sur notre antenne Nicolas Franck. Un "certain nombre" de personnes qui n’avaient jamais consulté avant la crise sanitaire ont depuis pris contact avec un psychiatre ou un psychologue.

Mélanger vie professionnelle et personnelle

Pour certains, les symptômes ont été une "boule dans la gorge, des crampes musculaires renouvelées toutes les nuits." Pour d’autres, le confinement a abouti à un "burn-out lié à un mélange entre la vie professionnelle et personnelle", explique le spécialiste.

"C’est un stress énorme le confinement", poursuit-il. "L’être humain est empêché dans ses relations sociales, dans ses déplacements. Cela lui met une pression extrêmement forte. Plus la pression est longue, plus des personnes peuvent craquer, révéler une fragilité anxieuse ou dépressive."

Impuissance et fatalité

Les personnes vivant "dans les conditions les plus difficiles", c’est-à-dire "isolés, dans des petites surfaces ou sans travail, une dépression ou un trouble anxieux s’installent", sont les plus touchées, indique le psychiatre.

Et la situation est d’autant plus inquiétante pour les personnes ayant perdu leur emploi à cause de la pandémie.

Le confinement génère "un sentiment d'impuissance et de fatalité qui peuvent conduire à une spirale connue: ruine, divorce, dépression, suicide", a expliqué à l’AFP Jean-Claude Delgènes, économiste et directeur général du cabinet de prévention des risques professionnels Technologia.

Les Français ont besoin "d’avoir des contacts sociaux, de structurer leur quotidien et de se projeter", explique encore Nicolas Franck. La prise de parole d'Emmanuel Macron la semaine prochaine devrait donc être scrutée avec attention, notamment pour les fêtes de fin d'année.

Une ligne d'écoute 7j/7 et 24h/24 a été mise à disposition pour les personnes en besoin de soutien psychologique: le 0800 130 000.

Esther Paolini Journaliste BFMTV