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Santé

Trompeur, stigmatisant... Faut-il changer le nom de la variole du singe?

Image issue d'un microscope électronique montrant un virion de variole du singe, obtenu d'un échantillon issu de l'épidémie chez des chiens de prairie en 2003

Image issue d'un microscope électronique montrant un virion de variole du singe, obtenu d'un échantillon issu de l'épidémie chez des chiens de prairie en 2003 - Cynthia S. Goldsmith © 2019 AFP

L'OMS a annoncé son intention de changer le nom de la maladie, jugé à la fois stigmatisant et trompeur.

La variole du singe pourrait bientôt s'appeler autrement. Alors que la maladie s'étend à une quarantaine de pays du monde et qu'un premier cas a été confirmé chez un enfant d'Île-de-France, un aspect bien particulier de cette pathologie attire l'attention des autorités sanitaires: son nom.

L'Organisation mondiale de la santé a d'ailleurs déjà affirmé vouloir "changer le nom du virus", jugé discriminatoire et trompeur. Le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus ayant promis "des annonces dès que possible" sur ce point.

Un nom stigmatisant...

Pour le côté stigmatisant d'abord, le terme de "variole du singe" est remis en question par de nombreux professionnels de santé. Dans les colonnes du Parisien, le pédiatre Robert Cohen estime que "cette appellation fait une association malheureuse avec les primates et peut prêter à des moqueries inutiles", surtout pour les enfants.

D'une manière plus générale, le chercheur Moses John Bockarie assure sur le site The Conversation qu'une telle appellation pourrait porter préjudice à certaines régions du monde, alors que la maladie a par le passé été majoritairement détectée dans des pays d'Afrique.

Une stigmatisation renforcée d'autant plus par le nom des souches nommées en fonction de zones, ou de pays d'Afrique, comme la souche d'Afrique de l'Ouest et de celle du Bassin du Congo.

...et trompeur

Outre ce côté stigmatisant, il semble important pour la communauté scientifique de changer le nom de la variole du singe, car elle n'a en réalité pas grand chose à voir avec les singes...et n'est même pas véritablement une variole! La pathologie a été nommée ainsi après la détection en 1958 d'éruptions cutanées proches de celles de la variole, sur la peau de singes en captivité, à Copenhague, au Danemark.

Le raccourci fut rapidement pris: les scientifiques ont choisi de parler de "monkey pox", littéralement "variole du singe". Et pourtant, le singe n'est donc qu'un hôte de cette pathologie, au même titre que l'homme.

"Le nom variole du singe colle depuis à la maladie comme le sparadrap du capitaine Haddock, rebaptiser un virus n’est pas simple, car cela dépend des séquences de son génome, mais il faut le faire, et vite", assure au Parisien la professeure Mylène Ogliastro, vice-présidente de la Société française de virologie.

Cette maladie est en réalité plutôt transmise par les rongeurs comme l'écureuil ou le rat, ce qui donne finalement peu de crédit au terme de "variole du singe".

À la mi-juin, une trentaine de scientifiques a plaidé dans une lettre en ligne pour un nouveau nom. Auprès du Parisien, Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat à Paris, résume ainsi: "Scientifiquement, ça ne rime à rien et en pratique, ça cause du tort aux malades. Alors, il n’y a aucune raison de le garder!"

Louis Augry