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Transport, conservation à -80°C... Les défis logistiques que va poser la diffusion du vaccin Pfizer

Un vaccin- image d'illustration.

Un vaccin- image d'illustration. - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Si la commercialisation du vaccin était autorisée, sa diffusion à grande échelle poserait de nombreux défis logistiques.

Ce lundi, les sociétés pharmaceutiques américaines Pfizer et allemandes BioNTech ont annoncé que le vaccin contre le Covid-19 sur lequel elles travaillent conjointement est "efficace à 90%", selon l'essai à grande échelle de phase 3 en cours. Une excellente nouvelle dans la bataille contre le coronavirus. Mais même si la commercialisation du vaccin était autorisée, sa diffusion à grande échelle poserait de nombreux défis logistiques.

Diffuser le vaccin tout autour du globe

Le premier d'entre eux, et non des moindres, est de réussir à distribuer ce vaccin tout autour du globe. Les États-Unis ont déjà commandé 100 millions de doses, et prévoient d'en acheter jusqu'à 500 millions. L'Union européenne, elle, prévoit d'en acheter 200 millions et pourrait en réclamer 300 millions de plus. Le Japon, de son côté, en réclame 120 millions... Sans compter les pays d'Amérique du Sud et d'Asie Pacifique.

Selon The Wall Street Journal, les deux sociétés pharmaceutiques espèrent ainsi, si la commercialisation du vaccin parvient à son terme, en livrer 100 millions d'ici à la fin de l'année et jusqu'à 1.3 milliard en 2021; des chiffres colossaux.

"Cela serait la plus grosse campagne de vaccination jamais effectuée", note Tanya Alcorn, la vice-présidente en charge de la distribution pour Pfizer. "S'assurer que près d'un milliard de personnes aient accès à ce vaccin est presque aussi compliqué que le développer", poursuit Albert Bourla, directeur exécutif de Pfizer.

Ce défi ne sera possible qu'à condition de développer un réseau aérien efficace. Ce sera le "plus grand défi de transport jamais réalisé", abonde ainsi l'Association internationale du transport aérien (IATA). Et d'insister: "envoyer des milliards de vaccins dans le monde entier va nous obliger à surmonter des obstacles logistiques énormes." Un défi logistique d'autant plus difficile à relever qu'une grosse partie du trafic aérien a été arrêtée en raison de la pandémie.

Un vaccin difficile à transporter

Par ailleurs, le vaccin de Pfizer et BioNTech repose sur une technologie totalement nouvelle, celle dite de l'ARN messager. Cette technologie a un avantage: les vaccins sont plus rapides à mettre au point que les traditionnels. "Ils ont donc pour particularité intéressante de pouvoir être produits très facilement en très grande quantité", résume Daniel Floret, vice-président de la Commission technique des vaccinations, à la Haute autorité de Santé.

Mais ils posent aussi un problème majeur: ils doivent être stockés à très basses températures, à environ -80°C, quand les vaccins traditionnels sont stockés à environ -20°C. Pfizer a déjà prévu une solution et crée des conteneurs spécifiques, de la taille d'une valise, qui peuvent transporter jusqu'à 5.000 doses de vaccins.

L'entreprise postale américaine United Parcel Service (UPS) a quant à elle investi dans des unités de refroidissement industrielles pour des sites dans le Kentucky et aux Pays-Bas, en prévision de la future distribution du vaccin.

Un manque d'infrastructures

Mais il reste un obstacle: s'assurer que les vaccins sont stockés à la bonne température une fois arrivés dans le lieu où ils seront administrés. "Les transporter des locaux de la compagnie aux différents pays n'est qu'une partie du problème. Il faudra ensuite être capable de stocker les vaccins à -80°C", note ainsi Julia Swann, spécialiste de la distribution de produits pharmaceutiques interrogés par The Wall Street Journal. De nombreux hôpitaux, et pharmacies, ne possèdent en effet pas les infrastructures suffisantes pour les stocker à si basse température.

Les conteneurs imaginés par Pfizer pourraient apporter une partie de la solution. Cependant, ces boîtes ne pourront être ouvertes que deux fois pour ne pas briser la chaîne du froid et ne pourront conserver les vaccins que dix jours au maximum. Il paraît donc difficile, dans des petites structures hospitalières, de s'en servir pour conserver les doses à administrer.

Selon le journal, la compagnie pharmaceutique n'a cependant pas attendu les résultats prometteurs annoncés ce lundi pour s'attaquer à ces défis logistiques. Des centaines de vaccins se trouvent déjà dans des entrepôts, prêts à être transportés.

Cyrielle Cabot Journaliste BFMTV