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Les vaccins contre le Covid vont-ils arriver plus vite que prévu?

La Banque mondiale annonce l'approbation d'un plan d'aide de 12 milliards de dollars pour garantir aux pays en développement l'accès rapide aux vaccins quand ils seront disponibles

La Banque mondiale annonce l'approbation d'un plan d'aide de 12 milliards de dollars pour garantir aux pays en développement l'accès rapide aux vaccins quand ils seront disponibles - Yasin AKGUL © 2019 AFP

Attendus au mieux dans un an, les vaccins contre le Covid pourraient être validés par les autorités fin 2020 et disponibles début 2021. Une lueur d'espoir, mais il reste quelques obstacles.

Le sprint pour le vaccin touche-t-il à sa fin? Sans donner de faux espoirs aux millions de gens qui fondent leur espoir de sortie de crise dans ce vaccin, depuis quelques jours, quelques annonces sont venues redonner un peu d'optimisme.

Alors qu'on n'attendait pas de vaccin avant le milieu de 2021 voire 2022 selon les déclarations récentes de l'OMS, la course s'est accélérée ces derniers jours d'octobre. Sur les 198 candidats vaccins en développement dans le monde, plus de 40 sont en phase de test clinique. Et pour certains d'entre eux, cette phase toucherait à sa fin.

C'est le cas pour le vaccin développé depuis le mois de février par la biotech allemande en partenariat avec le géant Pfizer. Dans une lettre ouverte publiée sur le site du groupe le 16 octobre dernier, Albert Bourla, le Pdg de Pfizer a assuré que sa société serait en mesure de demander une autorisation de mise sur le marché de son vaccin lors de la troisième semaine de novembre.

Et le vaccin pourrait arriver aussi vite en Europe. Le ministre allemand de la Santé Jens Spahn cité un article de l'hebdomadaire Der Spiegel aurait déclaré lors d'une visioconférence cette semaine que BioNTech était proche d'obtenir une autorisation pour son candidat vaccin. "Cela pourrait se produire avant la fin de l'année", aurait dit le ministre allemand selon des participants cités par le quotidien Bild.

Des annonces qui se bousculent mais que tient à temporiser à Pfizer pour ne pas donner de faux espoirs.

"Accélérer ne veut pas dire brûler les étapes, assure David Lepoittevin, le directeur des vaccins chez Pfizer France. Nous devons nous assurer que notre candidat-vaccin contre la Covid-19 offrira les garanties d’efficacité et de sécurité indispensables. Avec notre partenaire BioNTech, nous en sommes au stade de la phase 2/3, c’est-à-dire que le candidat-vaccin est testé en essai clinique auprès d’un grand nombre de volontaires plus de 33.000 dans le monde. Le groupe devrait disposer de potentiels résultats de l’étude clinique dès fin octobre. Cela signifie que nous aurions à cette date les résultats sur les critères principaux d’efficacité et de sécurité du candidat-vaccin."

Après les essais cliniques, la validation

Un autre vaccin, celui développé en partenariat par le groupe AstraZeneca avec l’Université d’Oxford serait lui aussi en bonne voie. Après avoir stoppé ses tests cliniques en septembre après qu'un participant à l'essai britannique soit tombé malade, le groupe pharmaceutique anglo-suédois devrait reprendre cette semaine.

Une fois les essais cliniques effectués, il faudra passer à la phase de validation par les autorités sanitaires, soit l'Agence européenne des médicaments (EMA) pour l'Europe.

Et pour accélérer la procédure, le Comité des médicaments à usage humain (CHMP) au sein de l'EMA est déjà en train d'évaluer les résultats de ces laboratoires pharmaceutiques. Cette procédure d'examens en continu dite "rolling reviews" permet de gagner de précieuses semaines dans le processus de validation du vaccin. C'est grâce à cette procédure accélérée que le Remdesivir, l'antiviral expérimental de Gilead avait pu obtenir son autorisation de mise sur le marché en juin.

Une autorisation par l'EMA pourrait donc théoriquement intervenir avant la fin de l'année. Mais il faudra encore un petit délai pour la France.

"Après l’obtention de cette autorisation de mise sur le marché, il appartiendra aux autorités sanitaires de chaque pays, et donc pour nous aux autorités françaises, de définir la stratégie de vaccination et la place de notre vaccin potentiel dans cette stratégie vaccinale, explique David Lepoittevin.

Resteraient alors deux étapes: la stratégie de vaccination et la production de masse. Et les deux sont étroitement liées. Les quantités n'étant pas disponibles immédiatement, la stratégie vaccinale consistera à définir qui on vaccine en priorité en fonction du taux d'efficacité du vaccin.

Qui faudra-t-il vacciner en priorité?

"Le vaccin parfait serait celui qui assurerait un taux d’efficacité de 100% mais dans la réalité, il est beaucoup plus probable que le taux d’efficacité n’approche pas les 100 %, et que certaines personnes vaccinées puissent transmettre le virus SARS-CoV-2 tout en n’étant pas malades , explique Marie-Paule Kieny, virologue à l’Inserm et présidente du comité Vaccin Covid-19 dans The Conversation. Que faire dans ce cas? Il faudra adapter la stratégie de vaccination. Les personnes chez qui ce taux sera particulièrement scruté, sont celles âgées de plus de 70 ans, tout simplement parce qu’elles sont les plus souvent victimes de formes graves. Ce sont donc celles à protéger. Mais si le vaccin devait s’avérer plus efficace chez les jeunes, une solution pourrait être de vacciner les proches des personnes âgées."

Dans tous les cas, une campagne de vaccination massive ne serait pas envisagée avant des mois, le temps que la production puisse fournir les doses nécessaires. Et même si certains laboratoires ont déjà commencé à produire. Comme Pfizer.

"Nous serions en capacité de fournir jusqu’à 100 millions de doses d’ici fin 2020 et environ 1,3 milliard de doses d’ici fin 2021, explique David Lepoittevin de Pfizer France. Si nous avons commencé à produire alors que notre candidat-vaccin n’est pas encore autorisé sur le marché, c’est pour répondre à l’urgence sanitaire."

Dans le meilleur des cas, il faudrait donc attendre encore quelques mois pour disposer d'un vaccin. Ce qui serait une performance historique quand il faut en moyenne une dizaine d'années pour en développer un.

"Avec 10 candidats en phase III, je suis raisonnablement confiante pour une disponibilité d’un vaccin début 2021, en faibles quantités pour commencer, estime Paule Kieny. En effet, les premiers résultats des phases III sont attendus avant la fin de l’année 2020, et d’autres pourraient être annoncés dans les mois qui suivent."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco