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TOUT COMPRENDRE - Coronavirus: faut-il ajouter l'aération des pièces aux gestes barrières?

L'Allemagne a ajouté l'aération des pièces comme recommandation officielle pour lutter contre le coronavirus. Une évolution également réclamée par une partie du corps scientifique en France.

Pour lutter contre le coronavirus, chaque pays adopte ses propres politiques sanitaires, parfois radicalement différentes. Nos voisins belges ont par exemple retiré la semaine dernière l'obligation du port du masque en extérieur, quand celui-ci est généralisé en France dans de nombreuses métropoles.

En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a annoncé mardi dernier que l'aération des pièces s'ajoutait désormais aux gestes barrières officiellement préconisés contre le Covid-19. Dans l'Hexagone, elle ne fait pour l'heure pas partie de la liste mise en avant par les autorités sanitaires. Faut-il la faire évoluer? Certains scientifiques et soignants plaident suivre l'exemple de nos voisins outre-Rhin. On vous explique pourquoi.

· Quels sont les gestes barrières officiels en France?

Sept gestes barrières figurent actuellement dans la liste officielle du gouvernement:

  1. Se laver très régulièrement les mains (ou utiliser une solution hydro-alcoolique).
  2. Éviter de se toucher le visage.
  3. Porter un masque quand la distance d'un mètre ne peut être respectée et partout où cela est obligatoire.
  4. Respecter une distance d'au moins un mètre avec les autres.
  5. Tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir.
  6. Utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter.
  7. Saluer sans se serrer les mains, en arrêtant les embrassades.

L'aération des pièces n'y figure donc pas actuellement.

• Pourquoi des scientifiques plaident-ils pour l'aération des pièces?

La question de l'aération est liée à celle des modes de contamination, qui a suscité un "immense débat" dans la communauté scientifique en début d'épidémie, explique à BFMTV.com Martin Blachier, médecin épidémiologiste: le Covid peut-il ou non se transmettre par "aérosols", via de fines gouttelettes en suspension dans l'air expiré par les malades, et pas uniquement via les postillons, plus gros, ou les mains souillées?

"Dans un premier temps, on a jugé que la charge virale dans l'air était négligeable, à l'inverse du contact direct ou des gouttelettes et donc que ce n'était pas un mode de transmission majeur", résume Martin Blachier.

Aujourd'hui, les avis tendent vers le contraire. En juillet, 239 scientifiques internationaux ont réclamé à l'Organisation mondiale de la Santé de considérer "la propagation aérienne du Covid-19 comme une possibilité". "Nous reconnaissons que des preuves émergent dans ce domaine", leur avait répondu l'OMS.

On ne connaît pas encore précisément la part des aérosols dans la dynamique épidémique, mais nombre d'études tendent à dire qu'elle est conséquente: contacté par BFMTV.com, Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, les estime responsables de 70% des contaminations.

Face à ce mode de transmission, l'aération et la ventilation des lieux clos apparaissent à certains médecins essentielles pour lutter contre l'épidémie. "Nous ne pouvons que regretter de ne toujours pas voir apparaître sur les affiches et les communications de Santé publique France ce terme d’aération", a ainsi déploré auprès de LCI Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML).

• Dans ce cas, à quel point faut-il aérer les lieux clos?

Dans un avis daté de juillet, le Haut conseil de la santé publique insistait sur la nécessité de s'assurer "que les orifices d’entrée d’air et les fenêtres des pièces ne soient pas obstrués" dans les établissements recevant du public et les aérer "à plusieurs moments de la journée, en l’absence de présence humaine". Il recommandait d'ouvrir les fenêtres au minimum "10 à 15 minutes deux fois par jour" en l'absence de système spécifique de ventilation.

L'épidémiologiste Antoine Flahaut va beaucoup plus loin et estime qu"il faut aérer une pièce six fois toutes les heures pour garantir un air peu infectieux".

En dehors de l'aération volontaire par la fenêtre, la ventilation peut effectuer le renouvellement de l'air. Mais d'après lui, la Ventilation mécanique contrôlée (VMC) des habitats modernes ne renouvelle l'air qu'une fois par heure, ce qui est donc insuffisant. Et encore faut-il que la maintenance soit assurée et les filtres suffisamment renouvelés, précise-t-il encore.

• Outre l'Allemagne, est-ce que d'autres pays le recommandent?

Chez nos voisins belges, les autorités n'évoquent pas non plus l'aération des pièces dans les "règles d'or de la lutte contre le coronavirus". Elles préconisent plus largement de "garder vos distances, limitez vos contacts rapprochés, pratiquer vos activités de préférence à l’extérieur et penser aux personnes vulnérables". Même constat en Suisse, où "les règles d'hygiène et de conduite" ne listent pas la ventilation des lieux clos.

Au Royaume-Uni, parmi les "comportements clés" à adopter, le gouvernement insiste surtout sur la distanciation sociale, en se tenant à au moins 2 mètres de distance des autres, ou à seulement 1 mètre "si des précautions supplémentaires sont en place", comme une ventilation accrue en intérieur.

À l'échelle internationale, l'OMS ne l'inscrit pas dans ses principaux conseils au grand public, mais une liste de questions-réponse dédiée à la ventilation et la climatisation des bâtiments publics a été mise en ligne le 29 juillet. Il y est notamment écrit que "la ventilation est un facteur important pour empêcher le virus de la Covid-19 de se propager dans les lieux intérieurs". L'organisation recommande d'"envisager d’utiliser la ventilation naturelle et, si possible, d’ouvrir les fenêtres s’il n’y a pas de risques".

• La France va-t-elle changer sa politique?

"En matière de gestion d'épidémie, les Allemands ont un train d'avance", note Antoine Flahault. D'après lui, cette nouvelle recommandation - simplissime - permettrait de "changer le visage de la pandémie", notamment en soulageant les restrictions sociales de plus en plus mal supportées par les Français. "La transmission par l'air est présente dans des rapports mais rarement mise en valeur", analyse pour sa part Martin Blachier. "Ces derniers jours le dogme est en train d'évoluer, mais les croyances scientifiques évoluent lentement."

"La bonne aération ou ventilation des lieux clos est une recommandation qui figure dans de nombreux avis du Haut conseil de la santé publique et qui est reprise dans de nombreux protocoles sanitaires", répond la Direction générale de la Santé (DGS) à BFMTV.com, interrogée sur une éventuelle évolution des recommandations.

"S'il ne s’agit pas à proprement parler d’une mesure barrière, la bonne aération des locaux constitue bien une mesure majeure en regard du risque d’aérosolisation permettant de minimiser la diffusion virale en espace clos, et qui doit être préconisée", insiste la DGS. "Dans cette période de refroidissement des températures, il est important de maintenir cette aération plusieurs fois par jours."

Esther Paolini Journaliste BFMTV