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TOUT COMPRENDRE - Composition, dangers, effets... qu'est-ce que le crack?

Un toxicomane prépare une pipe de crack, le 2 décembre 2020 à Paris

Un toxicomane prépare une pipe de crack, le 2 décembre 2020 à Paris - JOEL SAGET / AFP

Facile à produire et peu cher, le crack est un dérivé de la cocaïne aux effets beaucoup plus puissants, mais aussi plus courts, qui entraîne une forte addiction chez le consommateur.

La question du crack agite le débat public à Paris depuis plusieurs jours. Le 24 septembre, une cinquantaine de personnes accros à cette drogue ont été expulsés du quartier des jardins d’Éole, un haut lieu de la consommation de crack du nord-est de la capitale. Ils se trouvent désormais dans un square du XIXè arrondissement de Paris, en lisière du périphérique, ce qui a déclenché la colère des locaux réclamant des solutions pour ces personnes droguées, et une garantie de sécurité pour les habitants.

Très addictive, et peu chère, cette substance illégale est dérivée de la cocaïne. Elle existe en France depuis les années 1980, et fait des ravages sur ceux qui la consomment.

· Qu'est-ce que le crack?

Le crack, aussi appelé free-base, est obtenu "en diluant du chlorhydrate de cocaïne dans de l'eau, puis en y ajoutant du bicarbonate de soude ou de l'ammoniaque", explique le site Drogues Info Service. Ce mélange est ensuite chauffé pour former un contenu solide, il est par la suite "vendu aux usagers sous forme de cailloux".

Son nom évoque "le bruit que produisent les cristaux de cocaïne en se consumant", souligne la Mildeca (mission interministerielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives).

Un caillou de crack
Un caillou de crack © Archives BFMTV
Le crack "c'est entre la coca et la cocaïne", explique sur BFMTV Gilles Pialloux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon (Paris), "c'est très facile à fabriquer, ça se consomme sur place, c'est pour cela que le crack a explosé".

Un caillou de crack, aussi appelé "galette", "peut permettre 3 à 5 consommations", explique l'OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) et "varie entre 20 et 30 euros". Mais de plus petites doses peuvent être vendues entre 10 et 15 euros, voire moins.

Cette substance est "destinée à être fumée ou, plus exceptionnellement, injectée", précise la Mildeca. "Le sujet inhale alors les vapeurs, qui gagnent les alvéolaires pulmonaires, où l'alcaloïde passe dans le sang". Ce produit entraîne une dépendance très rapide, même après une faible consommation.

· Quels sont ses effets?

Les effets du crack sont similaires, mais beaucoup plus puissants, à ceux de la cocaïne, qui entraînent "une sensation de puissance intellectuelle et physique, engendrant une indifférence à la fatigue, couplée à un sentiment d’euphorie", explique l'OFDT. Avec le crack, si leur apparition est bien plus rapide - 1 à 2 minutes contre 15 à 30 minutes pour la cocaïne - leur durée est beaucoup plus courte - 10 à 15 minutes contre environ une heure - "ce qui conduit les usagers à une multiplication des prises".

"Les consommateurs recherchent une sensation fulgurante, proche du flash induit par l'injection de drogue", écrit la Mildeca. Mais "la fugacité des effets les pousse à recommencer l'administration du produit rapidement et de façon compulsive. L'utilisation de cette forme de cocaïne induit une dépendance rapide".

Cette fugacité est une des signatures du crack. "Au bout de 10 à 15 minutes, on redescend, et c'est cette redescente qui est extrêmement pénible, anxiogène, dépressogène, et qui signe en quelque sorte la particularité du crack", explique à BFMTV Amine Benyamina, chef de service psychiatrie-addictologie hôpital Paul Brousse (Val-de-Marne).

· Qui en consomme?

En France, les consommateurs de crack se trouvent en grande majorité à Paris. En 2010, "le nombre des usagers de crack avait été estimé entre 11.350 et 20.000 en France métropolitaine, une grande partie étant présente en Île-de-France", explique l'OFDT dans un rapport daté de 2018.

En 2015, "on peut estimer le nombre des seuls usagers de crack fréquentant les Centres d’accueil et accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD) à environ 10.000 dont près de 85% ont fréquenté les structures parisiennes", sachant que tous ne se rendent pas dans ces structures d'aide.

Les usagers du crack sont le plus souvent précaires sur le plan financier. Un quart est sans logement, explique le rapport de l'OFDT, "deux sur dix sont logés par une institution ou dans une chambre d’hôtel et un sur dix vit en squat (ou camion). Seuls 31% disposent d’une visibilité à au moins six mois sur la stabilité de leur logement", est-il expliqué.

Et "il ne faut pas oublier que derrière le consommateur, derrière le problème des riverains, il y a des gens qui sont en souffrance psychologique, clinique, et qu'il y a quelque chose à en faire", ajoute Gilles Pialloux, "c'est un vrai problème médico-social".

· Quels risques?

Il y a avant tout un risque de dépendance forte à cette drogue, dont pâti la vie du consommateur. Quand on prend du crack, "rien n'a d'intérêt que la consommation, ni l'alimentation, ni le sommeil, ni l'hygiène, ni le regard des autres", explique ainsi Amine Benyamina. Le crack entraîne également, et sans surprise, de graves risques pour la santé physique et psychique.

La Mildeca parle de "lésions pulmonaires accompagnées d'une dyspnée [troubles pulmonaires, ndlr] et de douleurs violentes qui constituent un motif de consultation en urgence. Une forte fièvre peut compléter le tableau". Ce syndrome du "poumon à crack" peut parfois "être soulagé par l'administration de fortes doses d'anti-inflammatoires", mais "une hémorragie intra-alvéolaire peut assombrir rapidement le pronostic vital". D'autre part, "la toxicité importante de cette drogue est largement aggravée encore par les conditions de vie de ses usagers".

L'OFDT évoque également des complications cardiaques et neurologiques. Il pointe aussi du doigt "les pratiques à risques liées à l’injection et au partage de matériel (pailles pour la cocaïne, pipes pour le crack)" qui "peuvent être à l’origine d’infections bactériennes (abcès cutanés locaux, septicémies) ou virales", comme le VIH, l'hépatite B "et surtout" l'hépatite C.

· Un sevrage possible?

"On peut vaincre cette addiction, mais pas tout seul" confie à BFMTV un ancien consommateur de crack, qui a pris cette drogue pendant 15 ans, et est sobre depuis plus de 9 ans. "La vaincre c'est un jour à la fois. Un jour à la fois on ne consomme pas... Et après ces 24 heures ça devient des mois, ces mois ça devient des années".

Des associations et des plans d'aide publique visent à accueillir ces personnes, et à les aider dans leur sevrage. Des lieux d'accueil et d'écoute, mais aussi de prise en charge médicale pour l'addiction sont à retrouver sur le site du gouvernement.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV