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"Sevran ne peut pas accueillir tous les toxicomanes d’Ile-de-France!"

L'école Emile-Zola de Sevran, en Seine-Saint-Denis, où trois écoliers se sont piqués mi-avril avec une seringue usagée.

L'école Emile-Zola de Sevran, en Seine-Saint-Denis, où trois écoliers se sont piqués mi-avril avec une seringue usagée. - -

Des enfants qui se piquent dans la cour de l’école, un homme qui se drogue devant les élèves… Sevran est-elle le nouveau paradis des toxicomanes? Le maire demande la suspension de la distribution des seringues.

La semaine dernière à Sevran, en Seine-Saint-Denis, des écoliers se sont piqués avec une seringue usagée qui traînait dans la cour de l’école. Mardi, un toxicomane a été vu en train de se piquer devant parents et enfants devant une autre école de la ville. Mercredi, au moins cinq seringues neuves ont été trouvées dans deux centres de loisirs.

Les événements attirent d’autant plus l’attention qu’ils touchent des lieux où sont accueillis des enfants. Face à une telle situation, le maire EELV de Sevran Stéphane Gatignon a demandé la suspension de la distribution de seringues pour les toxicomanes à l’entrée de l’hôpital Ballanger, qui jouxte Sevran et Aulnay-sous-Bois. Ce système de distribution est responsable selon lui de la prolifération des seringues aux alentours. En 2012, environ 27.000 seringues ont été distribuées. Un chiffre qui a fortement augmenté ces derniers temps, passant à près de 3.000 par mois en février et mars.

La solution invoquée par le maire est balayée par l’association First, responsable de la distribution des seringues devant l’hôpital sevranais. Son directeur Jean-Louis Bara parle même de "provocation". "Cela fait des années qu’on distribue des seringues devant l’hôpital et on n’a jamais eu ce genre de problèmes. Le souci, c’est surtout que nous avons donné l’alerte en octobre sur la prolifération des seringues. Nous avons appelé tous les acteurs (police, santé, jeunesse) à se mettre autour d’une table pour en parler et agir. Il fallait de la coordination. Cela n’a pas été fait, déplore le directeur. Aujourd’hui, Stéphane Gatignon en paie le prix."

"Ces toxicomanes ne sont pas connus, ni suivis"

De son côté, l’élu, qui rappelle qu’une centaine de personnes à Sevran ont été formées en octobre pour ramasser les seringues, dénonce les conditions d’accueil des toxicomanes, "traités comme du bétail". "Ce n’est pas un distributeur de seringues qu’il faut, c’est une salle de shoot. Un endroit fermé, pour que les gens soient pris correctement en charge, avec un médecin et du personnel encadrant", explique-t-il.

Situé à l’air libre, le distributeur en question attire des toxicomanes "venus de toute l’Ile-de-France". "Pourquoi viennent-ils à Sevran ?", se demande Stéphane Gatignon, qui indique que le distributeur n’est pas surveillé. Apparemment, aucun lien avec le trafic qui a lieu dans la ville. "Ce sont des gens qui consomment du crack et viennent à Sevran pour se piquer à l’héroïne. Rien à voir avec le cannabis qui est vendu et trafiqué" à quelques mètres de là. Au centre de ces deux phénomènes, le quartier des Beaudottes, situé au Nord de Sevran.

"La ville ne peut pas accueillir tous les toxicomanes d’Ile-de-France, c’est impossible. Les associations travaillent sur le territoire de Sevran et Aulnay. Là, il s’agit de personnes que l’on ne connaît pas, qui ne sont pas suivies. Depuis que les CRS ont quitté Sevran, elles viennent en RER, souvent le soir ou tôt le matin, puis traînent dans le quartier au lieu de repartir", explique Stéphane Gatignon. Entre 350 et 500 seringues sont ramassées tous les mois à Sevran.

"C'est à l'Etat de s'en occuper"

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Pour l’élu, c’est à l’Agence régionale de santé (ARS) et donc à l’Etat de prendre ses responsabilités. "C’est à eux que les associations rendent des comptes. Et c’est à eux de faire en sorte que d’autres lieux fonctionnent ailleurs qu’à Sevran pour accueillir les toxicomanes. Parce que nous, nous ne pouvons plus nous permettre de distribuer autant de seringues."

L’ARS assure via son délégué territorial Bernard Kirschen qu’il "n’y a pas de politique particulière pour distribuer plus de seringues qu’ailleurs", et que le nombre de seringues est "inférieur à ce qu’on peut avoir à Paris intra-muros, où plus de 350.000 seringues ont été distribuées en 2011". Sevran compte plus de 51.000 habitants.

Gatignon, régulièrement fustigé pour sa communication jugée "excessive" sur la ville, balaie l’argument d’un revers de main. "Qu’ils viennent voir ce que c’est sur le terrain et on en reparle." Et de reconnaître, visiblement fatigué, qu’"il faut un certain courage pour y aller tous les matins".


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