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"Sans mon tel": le smartphone, vraiment nuisible pour la santé?

Selon plusieurs études, passer trop de temps sur son téléphone serait nuisible pour la santé physique et mentale.

>> Cet article fait partie d'une série, dont le premier épisode est à retrouver ici

J'ai constaté début novembre que je passais plus de huit heures par jour sur mon téléphone. Directement, je me suis demandé si cela avait un impact sur ma santé.

Avec la généralisation des écrans dans nos vies, beaucoup d’études se sont penchées sur les répercussions de ces sources de lumières artificielles dessus. Elles sont, pour la plupart, alarmantes.

Le sommeil

Le docteur en neurosciences Michel Desmurget, auteur de La fabrique du crétin digital, l’assure: “Le sommeil touche à tout chez l’Homme, c’est le régulateur de son activité”. Quand il est perturbé, plus rien ne va. Et son plus grand trouble-fête, ce sont les écrans.

“La lumière émise par le téléphone va perturber la sécrétion d’une hormone, la mélatonine, qui est l’hormone du sommeil”, clarifie Michel Desmurget. Cette hormone, que le cerveau commence à sécréter à la tombée de la nuit, est celle qui nous envoie dans les bras de Morphée. Mais la lumière du smartphone va venir dérégler nos signaux, et bloquer sa sécrétion.

C’est ce que confirme un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) publié en 2019. Il établit un lien entre les lumières LED, dont les écrans de smartphone, et les troubles du sommeil.

“Les résultats de plusieurs études expérimentales menées chez l’Homme, au cours desquelles les personnes étaient soumises à des lumières riches en bleu issues d’éclairages artificiels ou d’écrans (ordinateurs, téléphones, tablettes,…) convergent et indiquent que la synthèse nocturne de mélatonine est retardée ou inhibée par une exposition, même très faible, à de la lumière riche en bleu”, indique le rapport.

Ce constat est encore plus flagrant chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, en raison de leur cristallin clair. Selon une étude publiée en septembre 2018 dans la revue “The Lancet” et menée sur 4520 enfants de 8 à 11 ans, ceux exposés aux écrans plus de deux heures ont un déficit de repos. Le temps d’écran aurait donc une conséquence évidente sur le sommeil.

Le développement cognitif

Toujours selon l’étude publiée dans “The Lancet”, les enfants trop exposés aux écrans auraient de moins bonnes capacités cognitives. Le cerveau humain n’est en fait pas adapté à recevoir un bombardement sensoriel du niveau de celui causé par le téléphone portable. “Si nous le faisons subir à des animaux, on s’aperçoit que leurs cerveaux se construisent moins bien”, expose Michel Desmurget.

Troubles de l’attention, hyperactivité, manque de concentration, mémorisation… Cette sollicitation constante finit par affecter de nombreuses parties du cerveau nécessaires au développement. En 2017, une étude menée par quatre chercheurs américains a mis en avant que le cerveau a tendance à privilégier les signaux envoyés par le smartphone, happant ainsi l’attention et perturbant la concentration de son propriétaire.

Une vision partagée par le docteur en neurosciences, qui voit dans le téléphone “une arme de distraction massive”. “Vous pouvez avoir l’intelligence d’Einstein, si vous n’arrivez pas à concentrer vos ressources cérébrales, rien ne va pas fonctionner. La concentration est vraiment essentiel à la production d’une activité intellectuelle et cognitive pertinente.”, explique-t-il.

Aux États-Unis, l’impact de ces signaux envoyés par le téléphone a sa propre expression: “Fear of missing out”, la peur de rater la moindre chose, propulsée par l’afflux d’informations sur les réseaux sociaux. Selon un sondage BVA publié en 2018, 28% des jeunes reconnaissent en souffrir, ne pouvant s’empêcher de répondre immédiatement à un message reçu. Cette addiction entraîne une perturbation de la productivité, en créant ce que l’on appelle du “multi-tasking”.

“Faire plusieurs choses à la fois est stressant, et nous sommes moins efficace. Non seulement nous les faisons moins bien, mais elles prennent plus de temps et nous les mémorisons moins bien”, détaille Michel Desmurget. Outre le stress, plusieurs études font également le lien entre l’utilisation d’écrans et certains symptômes de dépression et d’anxiété.

les recommandations de l'oms

Pour limiter les effets, entre autres, du smartphone sur la santé, l’Organisation mondiale de la santé recommande d’interdire les écrans aux enfants de moins de deux ans. Elle préconise également de ne pas dépasser une heure d’utilisation passé cet âge, et ce jusqu’à cinq ans, pour ne pas perturber leur développement.

L’OMS encourage également la pratique régulière d’activités physiques, pour entraver l’impact néfaste de la sédentarité.

Florian Huvier