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"Sans mon tel": comment j'ai réduit mon temps de smartphone

Pendant un mois, j’ai cherché à réduire au maximum l’utilisation que je fais de mon téléphone, après avoir constaté que je passais plus de huit heures par jour dessus. Bilan de mon expérience.

>> Cet article fait partie d'une série, dont le second épisode est à retrouver ici

8h30. Par jour. Sur mon téléphone. J’ai fait la découverte de ce chiffre presque par hasard, en consultant l’application “Temps d’écran”, disponible dans les paramètres de mon téléphone. Je suis à des lieux de la moyenne quotidienne des Français, qui est de 4 heures et 6 minutes par jour. Autant être honnête, je ne pourrais jamais vivre sans mon téléphone. Mais je prends conscience qu’il a sûrement pris une place trop importante dans mon quotidien.

Je m’attarde un peu sur mes statistiques détaillées. Mon problème se situe surtout au niveau des réseaux sociaux. Par jour, je suis capable de passer jusqu’à trois heures sur Twitter, et plus de deux heures sur Instagram. Du coup, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour réduire au maximum l’utilisation que j’en ai, et passer sous la barre des 2 heures. C’est parti pour quasiment un mois "sans mon tel".

La théorie

Mais comment faire? Première étape, c’est de contacter Catherine Lejealle, sociologue et auteure de J’arrête d’être hyperconnecté, 21 jours pour réaliser sa détox digitale. Elle m’explique que l’essentiel est de reprendre le contrôle sur le téléphone, de manière à ce que je ne sois plus dépendant de la notification. Ni une, ni deux, je mets en oeuvre ses conseils. Fini la dictature du "push" pour moi.

Je fais le tri, le grand tri. Je supprime les applications inutiles, je limite la durée d’utilisation des réseaux sociaux. Pour ce faire, je me rends dans les paramètres de mon téléphone, et je suspends Twitter et Instagram une fois la demi-heure sur ces applications dépassée.

Je bloque aussi bien aisément les trois quarts des notifications que je recevais. Je mets en silencieux l’intégralité des conversations de groupes dans lesquelles on m’a ajouté au fil du temps. Je place en plus un verrou automatique sur mon téléphone, de 23 heures à 8 heures. Le temps d'arrêt, aussi présent dans les paramètres du téléphone, permet de bloquer toute application dans le laps de temps voulu. Fini la tentation inutile au moment de dormir.

"Mais ça te sert à quoi?"

Au début, j'ai un peu de mal à vraiment assumer le fait que je me suis lancé dans cette “digital détox”. Dans mon entourage, beaucoup de railleries: “Tu ne tiendras pas”, “Mais ça te sert à quoi ?”... Ce que je ressens le plus, c’est ce besoin de consulter mon téléphone, sans qu’il n’y ait la moindre chose à regarder dessus. Je tente de m’auto-persuader que mon smartphone n’est pas un besoin, pour essayer de gommer mon tic de consultation. Bon, ça n’a pas un réel effet, mais dès que je me saisis de mon téléphone, je me force à le reposer immédiatement. C’est déjà ça de pris.

J’ai énormément de difficultés à lâcher prise. Mais plus le temps passe, et plus je m’y fais. Les comportements toxiques liés à cette hyperconnexion que j’avais adopté commencent à disparaître. Je me résigne à être moins joignable, moins disponible, quitte à rater quelque chose.

Au final, les barrières que je m’impose s’avèrent rapidement efficaces. En une semaine, j’ai divisé le temps passé devant l’écran de mon smartphone de moitié, soit une diminution de quatre heures.

Moins de téléphone, plus de sommeil

Deux semaines après le début de cette “détox”, je passe encore deux heures par jour sur mon téléphone. La réduction est considérable, mais je trouve qu’elle ne l’est pas encore suffisamment et qu’il faudrait passer en-dessous de ce palier.

Surtout que ça a probablement un impact sur ma santé. Si j’en crois ce que m’explique le chercheur en neurosciences Michel Desmurget, auteur de La fabrique du crétin digital, passer son temps sur son téléphone, ce n’est pas la meilleure solution pour être au top. Cela va en effet toucher au développement cognitif, à la réparation cellulaire, et à la santé physique par la sédentarité.

Il s’attarde surtout sur la qualité du sommeil, qui est dégradée quand on fixe l’écran du téléphone le soir, juste avant d’aller se coucher. “La lumière qu'il émet va perturber la sécrétion d’une hormone, la mélatonine, qui est l’hormone du sommeil”, explique-t-il.

De mon côté, il est vrai que j’ai pu remarquer une plus grande facilité à tomber dans les bras de Morphée lorsque je garde mon smartphone éloigné de mon lit. Alors que j'étais habituellement capable de passer 30 minutes à une heure sur mon écran, je n'ai jamais mis plus de 15 minutes pour m'endormir lorsque je le tenais loin de moi.

Une journée sans téléphone

Trois semaines après le début de cette “détox”, je commence à vraiment me détacher de mon téléphone. Pour tester ma capacité à m’en séparer, l’idée m’a été soufflée de passer une journée entière sans avoir recours à mon portable, en prenant bien soin de le laisser chez moi, sa seule utilité étant celle de réveil le matin.

La marche est sûrement encore trop haute pour moi. J’ai vite l’impression que tout, vraiment tout, se fait par Internet de nos jours. Il est impossible pour moi de contacter mes proches, de relever mes mails, sans utiliser mon téléphone. Même m’orienter, cela m’est inenvisageable sans une application GPS. Comme, en plus, mon smartphone me sert de montre et que je ne maîtrise pas la technique du cadran solaire, je n’ai pas eu l’heure de la journée.

C’est dehors que je prends réellement conscience de l’importance de ce petit écran sur moi. Sachant pertinemment que je suis sorti sans, j’ai tout de même le mauvais réflexe de vérifier sa présence dans ma poche. Mais très vite, j’observe les points positifs de ne pas l’avoir. Le sentiment de dépendance que l’on sent parfois s’estompe au final assez vite. Et surtout, ça génère beaucoup plus d’interactions sociales. Rien que le fait d'aller demander mon chemin, je ne l'aurais pas fait si j'avais eu mon téléphone avec moi.

Positiv' attitude

L’expérience touche à sa fin. Comme me l’a expliqué Michel Desmurget, j’ai pu constater que mon comportement et mes habitudes se sont mises à évoluer. J’ai gagné beaucoup de temps, et j’ai commencé à l’occuper différemment. Moins d’écrans, plus de sport, plus de sorties, plus de lecture, m’éloigner des réseaux sociaux n’a en fait eu sur moi que des effets bénéfiques.

Alors que j’avais tendance à me distraire et me déconcentrer facilement, je constate également qu’il m’est bien plus facile de rester focalisé sur une seule tâche. Ce qui a pour conséquence évidente d’améliorer mon organisation et ma productivité, que ce soit au travail ou dans mes loisirs. Au final, je n'en retire que du positif.

Florian Huvier