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Rouen: des traces d'hydrocarbures décelées dans du lait maternel, l'incendie de Lubrizol pointé

Vue de l'usine Lubrizol.

Vue de l'usine Lubrizol. - Lou BENOIST / AFP

L'examen de prélèvements effectués sur neuf femmes, mères ou futures mères, de la région de Rouen, ont mis en évidence des traces d'hydrocarbures dans leur lait maternel et leurs urines. Des résultats qui doivent encore être mis en perspective.

C'était le 26 septembre dernier. Tandis que la France apprenait la mort de son ancien président de la République, Jacques Chirac, l'usine Lubrizol ainsi que certains des hangars, voisins, de l'entreprise Normandie Logistique flambaient. Près 10.000 tonnes de produits brûlaient alors dans l'air. Depuis, les habitants de la région ont reproché aux autorités de minimiser la menace sanitaire représentée par la catastrophe, voire de les abandonner à leur sort. Et ce jeudi, comme l'a relevé le site Actu.fr, les premières conclusions d'un test conduit par le laboratoire du CHU de Limoges sur neuf mères ou futures mères de la région de Rouen ont montré que leur lait maternel et leurs urines contenaient des reliquats d'hydrocarbures. Il ne s'agit que d'analyses brutes et partielles, et il est encore trop tôt pour en attribuer les résultats à l'incendie de la fin du mois de septembre, mais ces données indiquent a minima une vulnérabilité à l'égard de la pollution environnante.

C'est l'avocate rouennaise Saliha Blalouz, qui a elle-même intégré ce panel composé de femmes âgées de 25 à 35 ans, qui a initié ces tests. Les neuf mères ou futures mères ont alors consenti à des prélèvements de leurs urines et de leur lait maternel au CHU de Rouen, en présence d'un huissier de justice, le 7 octobre dernier. Trois produits se démarquent: éthylbenzène, toluène, xylène. "Sur l’ensemble du panel, il y a des molécules d’hydrocarbures en quantité variable. (...) J’ai dans les urines, dix fois plus d’éthylbenzène qu’une de mes amies qui est par ailleurs une des mamans qui a procédé aux tests de lait, et qui se trouvait au service de néo-maternité du CHU de Rouen, le jour de l’incendie, parce qu’elle venait d’accoucher d’une petite fille prématurée", a détaillé Saliha Blalouz auprès du site d'information régional.

D'autres examens en prévision 

Reconnaissant qu'en l'état, les résultats de ces tests ne suffisent pas à emporter la conviction sur l'épineuse question d'une responsabilité de l'incendie de l'usine Lubrizol dans cette pollution des liquides corporelles, elle a ajouté: "Ces taux doivent être comparés, notamment à du lait qui a pu être stocké par voie de congélation avant la catastrophe." Elle-même fera analyser son lait qu'elle avait congelé à l'été 2019.

"Soit ces présences sont liées à la pollution environnementale classique, soit nous constatons une chute des taux qui laisserait penser qu’il y a bien eu une exposition nocive", a-t-elle développé. 

Par ailleurs, d'autres prélèvements seront opérés dans les jours à venir et fin décembre. Les neuf femmes veulent d'ores et déjà porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui. L'avocate lance également un appel aux femmes vivant dans des espaces très urbanisés, comme les Lilloises et les franciliennes, afin qu'elles effectuent des tests similaires, dont les résultats pourraient être comparés aux leurs. Enfin, elle réfléchit à créer une association ciblant le renforcement de "la protection des femmes enceintes ou allaitantes aux toxiques".

Robin Verner