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Qui sont les opposants aux vaccins obligatoires?

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(Photo d'illustration) - Douglas Magno-AFP

Un récent sondage indique qu'un Français sur deux est opposé à la vaccination obligatoire. Mobilisées, les associations opposées à ces onze vaccins invoquent la liberté de choix et regrettent l'absence d'études scientifiques indépendantes.

Elles revendiquent une "liberté thérapeutique". Les associations opposées à la vaccination obligatoire, qui pourrait s'appliquer à onze vaccins dès le début 2018, font entendre leur hostilité au projet. Alors qu'un texte est en cours de préparation et doit être présenté avant la fin de l'année - intégré au projet de loi de financement de la Sécurité sociale - ces vaccino-critiques haussent le ton.

"En France, le sujet de la vaccination est tabou"

Un collectif d'associations envisage une action de groupe contre plusieurs laboratoires pharmaceutiques en septembre prochain, comme le rapporte ce lundi Le Parisien. Il demande la réparation "des dommages causés par la vaccination pédiatrique". Selon l'une des plaignantes, Martine Ferguson-André, son fils est devenu autiste après avoir reçu cinq vaccins à l'âge de 10 mois.

La députée européenne EELV Michèle Rivasi et agrégée en biologie soutient cette action en justice. Si elle se dit favorable aux vaccins, l'élue regrette néanmoins le manque de transparence et pointe l'absence d'études indépendantes ainsi que le poids des laboratoires pharmaceutiques. "L'aluminium, le mercure, les nanoparticules: il n'y a aucune étude universitaire sur leurs effets à long terme."

"En France, le sujet est tabou. On est tout de suite taxé d'être anti-vaccin dès que l'on formule une critique, déclare-t-elle à BFMTV.com. Or, s'il y a bien une leçon à retenir des précédents scandales sanitaires, comme le Mediator, c'est qu'en science, il faut toujours avoir un doute et que les certitudes ne font pas bon ménage."

Une "expertise indépendante"

Cette "class-action" concernerait quelque 150 victimes. Pour Martine-Odile Bertella-Geffroy, avocate et ancienne juge d'instruction du pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, consultée par le collectif, cette procédure vise avant tout à la mise en place d'une "expertise indépendante réalisée sur un possible lien de causalité entre l'autisme et certains vaccins", assure-t-elle à BFMTV.com. Mais elle précise elle aussi qu'il ne faut pas confondre "la demande de réparation et l'opposition aux vaccins", même si elle se dit personnellement en faveur de "la liberté vaccinale".

Un terme qui revient régulièrement chez les opposants à la vaccination obligatoire. Comme sur le site de la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations, qui clame en page d'accueil "pas de vaccination sans réflexion", et a pour adresse un intitulé aux faux airs institutionnels infovaccin.fr. Jean Lazzarotto, son secrétaire général, s'inquiète de la présence d'adjuvants dans ces vaccins et regrette qu'aucune communication ne soit faite sur leurs effets à long terme.

"Combien y a-t-il de personnes endommagées par les vaccins? Ces chiffres, on ne les connaît pas, dénonce-t-il pour BFMTV.com. Pourquoi obliger un nourrisson en bonne santé à être vacciner en même temps contre plusieurs maladies alors qu'il ne les attrapera peut-être jamais?"

Il regrette qu'aujourd'hui, les trois seuls vaccins obligatoires - contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, connus sous le sigle DTP - ne soient vendus en pharmacie qu'en association avec trois autres vaccins facultatifs - les vaccins hexavalents également contre la coqueluche, l'haemophilus influenza et l'hépatite B. "On ne trouve plus le DTP en pharmacie, c'est absurde de vacciner un enfant de 2 mois contre l'hépatite B, une maladie sexuellement transmissible." En février dernier, le Conseil d'État a enjoint au ministère de la Santé de prendre des mesures pour rendre disponibles les vaccins DTP.

Le droit au refus de soin

Pour l'heure, Stéphanie Donzello, présidente d'une autre association, Vaccinathon - qui collecte des fonds pour les "malades victimes des effets indésirables des vaccins" - estime qu'il est avant tout question du "respect des droits du patient". Comme le rappelle France culture, ces militants font ainsi référence à la loi de 2002 relative aux droits des malades qui reconnaît le droit au refus de soin. 

Elle assure également à BFMTV.com être en contact avec plusieurs associations en France et à l'étranger et avoir constitué début juillet "un mouvement en marche pour la liberté vaccinale". Des rassemblements seraient prévus cet été "dans toute la France", ajoute-t-elle, appelant à la création d'un fonds d'indemnisation des victimes. Elle cite le vaccin Méningitec, dont des lots défectueux ont été rappelés en 2014. L'Agence nationale de sécurité du médicament a conclu à une absence de risque pour la santé des personnes vaccinées, mais Stéphanie Donzello reste inquiète et persuadée que les autorités sanitaires restent volontairement opaques.

"Mouvance conspirationniste" et "théories du complot"

Le mouvement anti-vaccin est aussi ancien que la vaccination, assure à BFMTV.com Jocelyn Raude, sociologue et chercheur à l'Ecole des hautes études en santé publique.

"Jusqu'en 2009, les vaccins faisaient l'objet d'un consensus social et politique. Mais avec la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, qui s'est avérée moins grave que ce qui avait été anticipé, le débat légitime sur les conflits d'intérêt a échappé à la communauté scientifique et a été détourné par la mouvance conspirationniste."

Selon lui, le faible communication des pouvoirs publics sur les vaccins ces dernières années "a ouvert un boulevard à cette nébuleuse vaccino-critique et à des figures charismatiques, se présentant comme experts, qui ont vu leur message relayé, faisant le nid de théories du complot". Comme le cancérologue controversé Henri Joyeux, radié de l'Ordre des médecins, porte-étendard des anti-vaccins. Ce dernier a publié début juillet une lettre adressée au président de la République et à la ministre de la Santé, dénonçant une obligation vaccinale "insensée". Mais aussi l'ancien médecin britannique, Andrew Wakefield, reconnu coupable de fraude scientifique, dont le documentaire Vaxxed fait le lien entre certains vaccins et l'autisme.

Le sociologue constate que la "propagande" des vaccino-critiques rencontre un écho important dans la population. "La parole des institutions est discréditée. La défiance, d'abord tournée vers le politique, s'est également emparée des institutions sanitaires, en parallèle de scandales comme celui du Mediator", ajoute Jocelyn Raude.

Les anti-vaccins, une minorité?

Selon un récent sondage Odoxa, un Français sur deux est opposé à l'idée de rendre onze vaccins infantiles obligatoires. Or, en réalité, 70% des enfants de moins de 2 ans reçoivent déjà ces onze vaccins. "Première raison indiquée par les réfractaires: cette obligation servirait avant tout les intérêts de l'industrie pharmaceutique", assure l'institut. Mais pour Patrick Zylberman, professeur d'histoire de la santé à l'École des hautes études en santé publique, il ne faut pas exagérer la place que représentent les opposants aux vaccins.

"La défiance est très variable", assure-t-il à BFMTV.com. "Certains vaccins suscitent craintes et tremblements. Mais les anti-vaccins, c'est une toute petite minorité, entre 1 et 3%, et c'est déjà une estimation large."

L'Organisation mondiale de la santé rappelle pourtant que la vaccination permet d'éviter 2 à 3 millions de morts chaque année. Ce que souligne Jocelyn Raude: le rapport bénéfice-risque des vaccins est comparable à celui de la ceinture de sécurité.

"Tout produit de santé a des effets secondaires. Dans certaines situations, la ceinture présente un risque: si vous êtes coincé dans l'habitacle et que la voiture prend feu. Mais dans la plupart des cas, elle vous sauve la vie."

Céline Hussonnois-Alaya