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Vaccination: une grande défiance sur fond de méconnaissance

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Alors que la ministre de la Santé a annoncé qu'elle souhaitait, face à la recrudescence de maladies infantiles, rendre obligatoire onze vaccins, un récent sondage Odoxa montre que la France compte de nombreux vaccino-sceptiques. De fait, les sondés sous-estiment largement la proportion d’enfants de moins de 2 ans ayant déjà reçu ces 11 vaccins.

Onze vaccins obligatoires? Une consigne du ministère de la Santé qui passe mal pour 1 Français sur 2 selon un sondage Odoxa. Alors que l'extension de l'obligation vaccinale (8 vaccins supplémentaires jusqu’alors recommandés pour la petite enfance, en complément des 3 vaccins obligatoires) est annoncée pour 2018, ce sont les femmes (57%) et les 25-34 ans (56%) qui se montrent les plus hostiles à cette mesure.

Deux populations généralement plus à l'écoute des informations véhiculées sur un sujet qui les touche particulièrement car lié à la santé de leur enfant. Et les arguments évoqués par les réfractaires pour expliquer leur position sont multiples. La première raison évoquée concerne le "service" rendu aux industries pharmaceutiques sous couvert de mesure de santé publique. Ainsi, 28% des sondés qui se disent contre les 11 vaccins obligatoires avancent leur crainte que cette réforme serve avant tout l'industrie pharmaceutique.

Trois autres raisons suivent de près : le danger potentiel pour la santé (21%), le choix qui devrait être privilégié plutôt que l'obligation (20%) et un nombre de vaccins jugé "trop important" (20%). "C'est sur ces points que le gouvernement devra assurer s'il ne souhaite pas que la fronde prenne de l'ampleur.", affirment les auteurs du sondage. En revanche, seulement 8% des sondés doutent de l'efficacité ou de l'utilité de ces vaccins.

Une autre information gagne également à être mieux connue, celle de la proportion d'enfants de moins de 2 ans ayant déjà reçu ces onze vaccins. Les Français sous-estiment en effet très largement cette proportion, une autre raison pouvant expliquer la grande part des réfractaires à cette mesure. Celle-ci est estimée à 26%, contre 70% en réalité. Sur le sujet, le ministère de la Santé précise "qu'au moins 70% des enfants connaissent déjà ces 10 injections sur 2 ans et 80 % plus de 8 injections." 

Pour 4 Français sur 10, les risques sont plus importants

Les réfractaires aux vaccins sont particulièrement mal informés: ils estiment en effet à 20% cette proportion, contre 33% chez ceux qui sont favorables à l'extension de l'obligation vaccinale. "Une confusion existe peut-être entre le nombre de vaccins et de piqûres, une même injection regroupant plusieurs vaccins (ex: le ROR protège contre la rougeole, les oreillons et la rubéole).", soulignent les auteurs.

Le ministère rappelle quant à lui "qu'en pratique, l’extension à 11 vaccins obligatoires représente 10 injections pour les enfants, étalées sur 2 ans." Outre l'obligation vaccinale chez les enfants, le sondage montre que les Français sont de plus en plus défiants à l'égard de la vaccination en général et que les bénéfices des vaccins sont toujours remis en cause.

Les chiffres montrent en effet que près de 4 Français sur 10, 39% exactement, estiment que les risques encourus sont supérieurs aux bénéfices. Une situation qui peut s'expliquer, selon les auteurs du sondage, par le fait que "les anti-vaccins, même s'ils sont minoritaires, sont de plus en plus présents dans les réseaux sociaux et dans les médias. L'annonce du gouvernement sur les 11 vaccins a activé de plus belle leur courroux".

C'est encore une fois les femmes et les Français en âge d'être parents de jeunes enfants qui se montrent les plus sceptiques: 41% et 43% jugent les risques de la vaccination supérieurs aux bénéfices. En ce qui concerne l'obligation vaccinale, la ministre Agnès Buzin a fait savoir publiquement qu'elle explorait la possibilité d'une clause d'exemption pour les opposants les plus farouches.

Alexandra Bresson