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Paris et les grandes villes, cauchemar pour les allergiques au pollen

Amas de pollen dans les rues de Pigalle à Paris

Amas de pollen dans les rues de Pigalle à Paris - <a href="https://www.flickr.com/photos/lr/">L R </a>/ Flickr

Les espaces urbains ne sont pas pensés pour les allergiques au pollen. 4 arbres sur 10 que vous croisez à Paris possèdent un fort potentiel allergisant. Le platane, particulièrement bien adapté à la vie urbaine, a connu a fort engouement dans toute la France, malgré ses fruits aux poils très irritants pour les muqueuses.

4 arbres sur 10 à Paris ont de fortes chances de causer une allergie au pollen. C’est le résultat de notre analyse des données ouvertes par la capitale. La Mairie de Paris recense en effet plus de 104.000 arbres d’alignement, ces arbres d’ornement plantés des deux côtés des voies. Impossible donc d’emprunter les artères principales de Paris sans respirer des graines irritantes.

Des espèces plus irritantes que d’autres

Tous les arbres ne provoquent pas une réaction allergique. Les espèces dites "anémophiles" relâchent leurs organes reproducteurs mâles dans les airs. Les protéines contenues dans ces milliards de graines, ainsi que leur taille, leur quantité et leur dispersion, déterminent le potentiel allergisant de la plante. Plus un grain de pollen est petit, plus il se disperse facilement dans les airs. Le problème, c’est que les grandes villes, comme Paris, ont planté massivement des arbres aux pollens reconnus comme agressifs.

Dans la capitale, 37.8% des arbres utilisés pour décorer les voies font partie de cette catégorie. Il s’agit du platane, du chêne, du bouleau, du cyprès ou encore du noisetier. Le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (R.N.S.A.) recommande de privilégier d’autres essences, au potentiel allergisant faible ou nul: le tilleul, l’érable, le cerisier ou encore le poirier. Ils représentent 49.9% des arbres d’alignement de Paris.

Le platane a envahi nos villes

Le platane est l’essence la plus répandue dans les rues de la capitale. 1 arbre sur 3 appartient à cette espèce reconnaissable à son écorce fissurée, soit 35.700 spécimens. Les Parisiens ont sûrement déjà remarqué les amas jaunâtres laissés par ses fruits sur le sol au mois d’avril. Les poils microscopiques de ces fruits dorés s’insèrent dans les muqueuses du nez et des yeux et provoquent des épisodes de rhinite et de conjonctivite.

Le platane s’avère d’ailleurs l’arbre de prédilection de nombreuses villes françaises, comme Toulouse, avec 33.9% des plants. A Montpellier, il représente 1 arbre sur 5, concurrencé de près par le pin. À Rennes, il est largement devancé par le tilleul, aux pollens peu agressifs pour l’organisme: le platane n’occupe que 8.8% des emplacements de la préfecture bretonne.

Un choix d'espèce difficile

En ville, les arbres subissent des conditions d’existences extrêmes: ils subissent les effets de la pollution, le béton empêche l’eau de pénétrer le sol, les racines sont réduites au minimum. Les paysagistes doivent donc trouver des espèces adaptées à la vie urbaine. Le platane est parfait pour cela: il supporte facilement les pénuries d’eau, le manque de terre et de nourriture et croit vite. D’un point de vue esthétique, il accepte des mises en formes très diverses et possède une écorce écaillée très esthétique. L’engouement pour cette essence date des années 30.

Rangée typique de platanes en France
Rangée typique de platanes en France © Jeanne Menjoulet / Flickr

La marie de Paris cherche à remplacer les platanes malades par de nouvelles espèces, dans un objectif de diversité. Parmi ses critères de sélection, la résistance à la canicule (par exemple le micocoulier de Provence) ou la production de fruits (comme les poiriers de Chine). Elle favorise également les essences régionales, mieux adaptées à la faune francilienne. Cependant, sur toute la page de son site dédié à la gestion des arbres, il n’est mention nulle part d’allergie.

Au contraire, dans sa nouvelle charte de gestion des arbres, la ville de Lyon indique clairement tenir compte du potentiel allergisant dans ses choix de plantation. De 1992 à 2011, le pourcentage de platanes dans le Grand Lyon est passé de 52 à 26 %. Il est aujourd’hui de 21.7%.

Quelques espèces non allergènes remportent un franc succès ces dernières années, comme le sophora du Japon, arbuste à la croissance rapide, très présent dans la capitale (8.000 spécimens). Ses fleurs jaunes possèdent un parfum très agréable, critère également pris en compte par les paysagistes.

Surtout un problème de concentration

Le R.N.S.A. ne demande pas aux villes d’arrêter complètement de planter des espèces comme le platane, très pratique en terme d’aménagement du territoire. Il recommande cependant de ne pas concentrer au même endroit trop d’arbres aux pollens irritants. Or, pour des raisons esthétiques, c’est souvent une même essence d’arbre qui est répétée le long des voies. Paris est ainsi recouverte de rangées symétriques de platanes.

Selon le site de la mairie, 58% des voies sont mono-spécifiques. En représentant sur une carte les arbres allergènes plantés à Paris, leur concentration sur certaines voies est frappante. Les allergiques se retrouvent presque contraints d’emprunter les petites rues pour éviter les remparts allergisants dressés partout en ville.

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Carte des arbres allergènes à Paris
Carte des arbres allergènes à Paris © Emeline Gaube / BFMTV

L’allergie au pollen est avant tout un problème citadin. La pollution rend plus sensible aux allergies, elle a également un effet sur les plantes qui, stressées, émettent plus de pollens. Fixés sur les particules fines, les protéines des graines s’infiltrent plus facilement dans les bronches. C’est donc principalement aux villes d’agir pour réduire cette maladie environnementale, qui touche tout de même 30% des Français.

Emeline Gaube