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Masques, gel désinfectant: les soignants désemparés face au manque de matériel

Les témoignages de médecins et d'infirmières, de ville et en milieu hospitalier se multiplient partout en France pour dénoncer le manque de matériel de protection face au coronavirus.

"On fait avec les moyens du bord." Florence Goarnisson est infirmière libérale et s'occupe d'une quinzaine de patients à domicile par jour. Comme elle, les témoignages de médecins et d'infirmières - de ville et en milieu hospitalier - stressés par le manque de matériel de protection contre le coronavirus, se multiplient partout en France.

"On a zéro équipement"

Lors de ses tournées hebdomadaires, Florence Goarnisson rend visite à des patients parfois très âgés. Avant tout contact, elle passe par la salle de bain pour se nettoyer les mains.

"On est obligé, mais pour le reste, on fait avec les moyens du bord. Il me reste une vingtaine de masques, sachant que je vois une quinzaine de patients par jour, je ne vais pas tenir plus de 24 heures, donc je vais devoir faire un tri dans les patients", s'alarme-t-elle auprès de BFMTV.

Kaouther ben Amor est aussi infirmière libérale à Marseille et se rend au domicile d'une trentaine de personnes par jour.

"On a zéro équipement. J'ai dû quémander des masques à la pharmacie avec ma carte professionnelle. J'en ai obtenu dix, qu'on a partagé. Et encore, ce sont des masques chirurgicaux, pas des FFP2. Jamais je n'avais connu une situation pareille", déplore la soignante à l'Agence France Presse, ajoutant qu'elle doit aussi faire le tour des pharmacies pour "essayer de trouver des solutions hydroalcooliques et des gants."

Matériels de professionnels du bâtiment 

Le constat est le même dans les cabinets médicaux. À Roquefort les Pins (Alpes-Maritimes), on se prépare à recevoir un afflux de patients:

"On a deux cabinets maintenant, un consacré au COVID-19, et on a toujours les consultations normales", explique à BFMTV l'une des médecins.

Mais pour les recevoir, seule une dotation de 200 masques est arrivée au cabinet il y a une quinzaine de jour, ce qui est insuffisant. Alors ils ont dû s'adapter et acheter du matériel sur "un site marchand de matériel professionnel du bâtiment", indique à BFMTV Zélia Bouchez, médecin généraliste.

"Nous avons acheté 200 blouses plus ou moins complètes pour essayer de nous protéger un minimum", ajoute-t-elle.

"Un manque de dépistage"

Dans les centres hospitaliers, les soignants ne se sentent pas mieux protégés. Une infirmière de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon regrette "un manque de dépistage" chez le personnel de santé.

"On a le sentiment d'aller au front, d'être un peu l'infanterie, et l'infanterie on s'en fiche toujours un peu", déplore l'infirmière, sous couvert d'anonymat, à l'Agence France Presse.

Concernant le manque de matériel, Emmanuel Macron semble toutefois avoir entendu les soignants. Lundi soir, le chef d'Etat a annoncé la distribution dès ce mardi de masques aux 25 départements les plus touchés par le coronavirus, ainsi qu'à l'ensemble du personnel de santé mercredi. 

Esther Paolini