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Masques en tissu "faits maison" contre le coronavirus: est-ce vraiment une bonne idée?

Image d'illustration d'un masque en tissu

Image d'illustration d'un masque en tissu - ISAAC LAWRENCE / AFP

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, les masques chirurgicaux s'arrachent, et les hôpitaux craignent la pénurie pour cet outil nécessaire à la protection du personnel soignant. Une méthode alternative fleurit en ligne: le masque en tissu fait-maison. Mais ce rempart sommaire n'est que peu efficace, notamment s'il est mal porté.

Le masque chirurgical de protection du visage est devenu le symbole de l'épidémie, l'outil par excellence pour éviter la contamination, et tout le monde veut le sien. Mais cet objet fait l'objet d'une bataille quotidienne entre le gouvernement et les citoyen français, afin d'éviter la pénurie. Il y a en effet des craintes de manquer de ce matériel de protection hautement sollicité dans les hôpitaux, pour les personnels soignants qui doivent traiter les malades du Covid-19 sans être eux-mêmes infectés.

Le gouvernement appelle la population à ne pas s'en procurer, et à les laisser aux malades, pour les transports sanitaires, les secours à la personne et les soignants.

Afin de bénéficier d'un masque sans pour autant puiser dans les stocks existants, de nombreux tutoriels en ligne pour une protection "faite-maison" fleurissent. "Tuto fabrication de masques", "un tuto pour fabriquer vos propres masques chez vous en deux temps trois mouvements", "tutorial masque contre le coronavirus"... Beaucoup s'appuient sur un document diffusé par le CHU de Grenoble, donnant des patrons et une méthode pour créer son propre masque en tissu.

Le patron diffusé par le CHU de Grenoble (Isère) a été pensé à destination des personnels soignants "ne prenant pas en charge de patients Covid-19", comme il est précisé sur le document. "Nous étudions toutes les solutions en cas de pénurie", explique à CheckNews un porte-parole du CHU. "Mais c’est une solution qui n’est pas appliquée car nous ne sommes pas en pénurie ni de masques chirurgicaux ni de [masques] FFP2 à Grenoble".

Le tissu peu efficace face au virus

"Le tissu est complètement inefficace car ce que l’on attend d’un masque de soins, c’est une filtration microscopique", explique au Figaro le Dr Stéphane Gayet, médecin infectiologue au CHRU de Strasbourg. Pour être complètement protecteur, un masque doit en effet pouvoir arrêter les sécrétions émises par la toux, par lesquelles le Covid-19 se transmet.

Dans un article expliquant que se protéger la bouche avec une écharpe ou un foulard n'était pas utile contre le coronavirus, BFMTV expliquait que le coronavirus ne mesure que 60 à 140 nanomètres (à titre d'exemple, un cheveu mesure 100.000 nanomètres en moyenne). La protection à utiliser doit donc être étudiée pour arrêter correctement ces micro-particules.

"Que les pharmaciens fabriquent du gel hydro-alcoolique, c'est quelque chose d'accessible, avec une recette, un mélange chimique et des doses à respecter. Mais les masques doivent être testés: on ne peut pas faire tout et n'importe quoi", déclare à France Inter Pascal Astagneau, médecin infectiologue à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris qui parle de "fausse protection".

Une solution de "dernier recours"

"C’est mieux que rien" témoigne de son côté dans 20 minutes le Docteur Jean-Paul Hamon, médecin généraliste à Clamart et président de la Fédération des médecins de France. "J’ai même tenté de mobiliser les tricoteuses de ma ville pour qu’elles confectionnent ces masques artisanaux. Vu la défaillance criante de l’administration, on en vient malheureusement à bricoler des solutions​ qui n’en sont pas vraiment!",

Une étude britannique de 2013 publiée dans le journal scientifique Disaster Medicine and Public Health Preparedness compare l'efficacité des masques chirurgicaux et des masques en tissu. Leurs conclusions suggèrent qu'"un masque fait maison ne devrait être considéré qu'en dernier recours pour empêcher la transmission de gouttelettes par des personnes infectées, mais est mieux que pas de protection du tout". Dans leur étude "le masque chirurgical s'est avéré 3 fois plus efficace pour bloquer la transmission que le masque fait maison".

"Alors ce n'est pas un dispositif médical, attention, c'est juste la première barrière qui va vous protéger des projections de gouttelettes et qui va éviter les contacts main-bouche", explique la page Instagram Make My Lemonade, dans un tutoriel pour apprendre à réaliser son propre masque en tissu. Il est précisé dès le début de la vidéo que "ces masques -à, on ne les porte que quelques heures max".

Un masque mal porté est inefficace et dangereux

La dangerosité du port des masques, quels qu'ils soient, réside surtout dans l'usage qui en est fait. "Je vois énormément de masques dans la rue, je vois énormément de masques chez des professionnels qui n'ont aucune raison d'être exposés à des malades. Ces masques sont mal portés, ces masques sont mal utilisés", a lancé mardi soir le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon, lors de son point presse quotidien, appelant à faire attention à leur utilisation.

Dans le tutoriel fournit par le CHU de Grenoble, il est par exemple précisé qu'il faut laver "quotidiennement" son masque en tissu, "à 30°C avec du détergent classique". De plus, il ne faut le porter que quelques heures.

L'Organisation Mondiale de la Santé souligne que "le masque n’est efficace que s’il est associé à un lavage des mains fréquent avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon". Ensuite, le masque doit "recouvrir le nez et la bouche et veillez à l’ajuster au mieux sur votre visage", écrit l'OMS. Il ne faut absolument pas toucher le devant quand il est porté, et quand il est usagé, le jeter dans une poubelle fermée et se laver à nouveau les mains derrière, avec du savon ou une solution hydroalcoolique.

Salomé Vincendon