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Lignes à haute tension: un risque "possible" de leucémie chez les enfants

Image d'illustration - Ligne à haute tension en France

Image d'illustration - Ligne à haute tension en France - Charly Triballeau - AFP

Une étude de l'Anses recommande de ne pas installer d'établissements avec du public "sensible" (malades, enfants, personnes fragiles...) à proximité immédiate des lignes à très haute tension.

Les champs magnétiques à basses fréquences, émis notamment par les lignes à haute tension, représentent un risque "possible" de leucémie chez les enfants qui habitent à proximité, a prévenu vendredi l'agence sanitaire Anses, dans une étude réalisée par l'institut de recherche publique Inserm et le CHU de Caen.

Aussi, elle recommande "par précaution" de "ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des personnes sensibles (hôpitaux, écoles…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, ni d’implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements", même si aucun lien de cause à effet n'est pour le moment démontré.

40.000 enfants exposés

Plusieurs études mettent en évidence une augmentation statistique du risque de leucémie infantile à partir d'un certain seuil d'exposition, évalué selon les études entre 0,2 et 0,4 microteslas, l'unité de mesure du champ magnétique. 40.000 enfants de moins de 15 ans sont ainsi exposés à leur domicile à un niveau supérieur à 0,4 µT, et 8000 enfants sont scolarisés dans une école exposée à un seuil encore plus élevé, selon l'étude de l'Anses.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire, qui avait déjà alerté en 2010 sur une "association possible entre l'exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences et le risque à long terme de leucémie infantile", explique que les nouvelles études parues depuis cette date la conduisent à "réitérer" ses conclusions.

"Les champs électriques et magnétiques ont des effets sur le corps humain", affirmait également le ministère de la Santé dans un rapport de 2014, sans être plus précis. "Le champ externe, électrique ou magnétique, crée des courants qui circulent dans la périphérie du corps pour le champ électrique et dans la totalité du corps pour le champ magnétique."

Des milieux professionnels touchés

L'agence souligne par ailleurs "la nécessité de mieux maîtriser l'exposition en milieu de travail pour certains professionnels susceptibles d'être exposés à des niveaux élevés de champs électromagnétiques, et parmi eux tout particulièrement les femmes enceintes".

En effet, à des niveaux d'exposition élevés en milieu professionnel "des études expérimentales ont mis en évidence la possibilité d'effets biologiques (stress oxydant, effets génotoxiques, effets sur la physiologie cellulaire)".

Cependant, "les études épidémiologiques sont trop hétérogènes pour établir un lien entre l'exposition professionnelle et l'apparition de pathologies chroniques, en particulier maladies neurodégénératives et tumeurs du système nerveux", avertit l'Anses, estimant "nécessaire de poursuivre les recherches" sur le sujet.

Qu'est ce qu'un champ magnétique à basses fréquences? 

Les champs magnétiques basses fréquences sont tous ceux dont la fréquence est inférieure à environ 8,3 kilohertz (unité de fréquence). Ils sont diffusés en France via la distribution de courant (à un courant de 50Hz, fréquence extrêmement basse), comme l'explique le rapport 2014 du ministère de la Santé.

"Au voisinage immédiat d’une ligne à haute tension, aérienne ou souterraine, un champ électrique et un champ magnétique sont présents. À distance de la ligne, ces champs décroissent rapidement", explique le texte.
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- © Ministère de la Santé 2014

Les champs magnétiques sont également émis par les réseaux de transport d'électricité et les transformateurs électriques, mais aussi par les transports, les aimants, les appareils électroménagers ou encore l'ensemble des câbles électriques dans lesquels un courant circule. De nombreuses professions y sont donc exposées quotidiennement.

La plupart des études épidémiologiques disponibles portent toutefois sur les fréquences utilisées pour le transport d'électricité (50 Hz ou 60 Hz) explique Olivier Merckel, responsable de l'unité d'évaluation des risques liés aux agents physiques à l'Anses.

Quelles sont les limites déjà en place?

"En fonction de la demande en électricité, l’intensité du courant sur la ligne subit des variations quotidiennes et saisonnières. Proportionnellement à l’intensité, le champ magnétique aux alentours de la ligne sera plus ou moins élevé", explique le rapport ministériel.

Des dispositions existent déjà pour limiter l'exposition de tiers à des champs électromagnétiques: 100μT "dans les conditions de fonctionnement en régime de service permanent". Mais l'Anses reproche à cette réglementation d'encadrer "uniquement les niveaux d’exposition à proximité des lignes de transport et de distribution d’électricité, par le respect d’une valeur limite d’exposition."

"L’Agence recommande donc d’étendre cette disposition réglementaire à l’ensemble des sources de champs électromagnétiques exposant la population générale", bien qu'elle note en conclusion que "l’exposition de la population générale est, dans l’immense majorité des cas, largement inférieure aux valeurs limites d’exposition réglementaires". Soit entre 0,05 et 0,2 μT dans les espaces publics en milieu urbain.
Salomé Vincendon avec AFP