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Les soignants en Ehpad partagés sur l'éventuelle obligation de se faire vacciner

Olivier Véran a déclaré ce jeudi que la question "d'une obligation vaccinale" pour les personnels soignants des Ehpad pourrait se poser dans le cas où la couverture vaccinale ne s'améliorerait pas d'ici la fin de l'été.

Olivier Véran a-t-il ouvert une brèche? Alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 progresse au sein de la population générale, cette dernière marque le pas au sein des personnels des Ehpad. Une situation qui, si elle perdurait, pourrait amener les pouvoirs publics à réfléchir à la rendre obligatoire pour certaines catégories de personnes, a lâché le ministre de la Santé ce jeudi. Ces établissements ont payé un lourd tribut au cours de la crise sanitaire, avec des morts par milliers en leur sein.

"Je fais vraiment un appel solennel, à nouveau, aux soignants qui n'ont pas été vaccinés pour qu'ils franchissent ce cap. C'est important, ils ne peuvent pas être moins vaccinés que la population générale", a exhorté le ministre de l'avenue de Ségur jeudi sur BFMTV-RMC.

"Il y a 60% des adultes français qui ont déjà reçu une injection, il y a moins de 60% des soignants qui travaillent en Ehpad, ce n'est pas justifiable", a-t-il poursuivi. "J'appelle les employeurs, les salariés en Ehpad, à se faire vacciner", a-t-il continué. "Si d'ici la fin de l'été ça ne devait pas s'améliorer, alors oui, nous nous poserions la question d'une obligation vaccinale pour ces publics particuliers", a brandi Olivier Véran.

En déplacement dans l'Aisne ce jeudi, Emmanuel Macron a appuyé les dires de son ministre. "L'approche qui est la nôtre continue d'être de jouer sur l'adhésion, l'intelligence, et la responsabilité, et je pense que c'est très important", a déclaré le chef de l'État depuis Château-Thierry, estimant qu'il y avait "une vraie adhésion au vaccin" et que "tout le monde (avait) compris qu'on ne pouvait s'en sortir qu'avec le vaccin". Sur les Ehpad et maisons de retraite, Emmanuel Macron a appelé à "la responsabilité".

"Il est très clair qu'il faut vraiment une mobilisation pour qu'il y ait un maximum des personnels soignants qui puissent être vaccinés. Le risque, c'est si l'épidémie devait repartir, que ou ces personnels soient eux-mêmes contaminés à un moment donné et qu'ils ne soient plus en situation de travailler, mais surtout que par malheur ils contaminent des aînés qui sont toujours plus fragiles même en étant vaccinés", a déclaré le président de la République, appelant "tous les personnels soignants, encadrants de ces établissements à se faire vacciner aujourd'hui".

Lors d'un déplacement dans le Lot début juin, Emmanuel Macron s'est opposé à la vaccination obligatoire "à ce stade", tout en déclarant que la question pourrait un jour se poser s'il fallait atteindre une couverture vaccinale supérieure, et que l'on ne parvenait "plus à convaincre".

Cette ligne pourrait-elle être prochainement franchie? À cette heure, rien n'est acté. Mais l'hypothèse formulée par Olivier Véran sur notre antenne fait réagir, et suscite des sentiments mitigés parmi les intéressés.

Une "question de bon sens" pour les uns

Rendre la vaccination obligatoire au sein des Ehpad serait "une question de bon sens", pour Daniel Guillerm, le président de la Fédération nationale des infirmiers interrogé sur BFMTV.

"On avait déjà en début d'année des études, notamment une étude écossaise, qui montraient que la vaccination n'était pas simplement une protection individuelle mais qu'elle limitait le taux de transmission du virus. Ça a été depuis conforté par d'autres études à plus grande échelle", défend l'infirmier.

"Quel citoyen aujourd'hui accepterait que ses parents dans un Ehpad soient contaminés par le personnel soignant? C'est juste pas possible", estime le soignant. Si Daniel Guillerm est un fervent partisan de cette mesure, il estime que politiquement, il n'était pas possible de l'acter jusque-là.

"On était dans un flux d'approvisionnement qui était assez ténu en début de campagne de vaccination, et dans ce contexte-là, avec une crise pandémique qui était assez aigüe, je pense que le pouvoir politique a préféré ne pas générer de tension dans des établissements qui étaient déjà sous tension", analyse-t-il a posteriori.

Un problème "relatif" pour d'autres

Pour autant, tous les soignants ne sont pas au diapason sur cette question hautement sensible et par essence clivante. Sur BFMTV, Romain Gizolme, président de l'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), considère que ce faible taux de vaccination au sein des soignants en Ehpad est un problème "relatif".

"Il faut bien mesurer que par exemple, sur les campagnes de vaccination contre la grippe tous les ans, les chiffres de vaccination sont bien moins importants que ceux contre le Covid, donc on voit bien que cette campagne a plutôt bien fonctionné auprès des professionnels, il fallait du temps", croit-il savoir.

"Deuxième élément, c'est relatif parce qu'aujourd'hui, nous avons aussi par ailleurs plus de 90% des personnes âgées qui sont vaccinées et des chiffres de décès enregistrés chaque jour qui sont tombés drastiquement", ajoute-t-il.

Pour expliquer l'écart entre la proportion en population générale vaccinée et celle des soignants en Ehpad, Romain Gizolme s'interroge aussi sur "la crédibilité de la parole publique" auprès de ce segment de population. Si la vaccination était rendue obligatoire pour ces soignants, ce dernier pointe par ailleurs d'éventuelles conséquences:

"Que faire des gens qui ne se vaccineraient pas? Est-ce que ces personnels-là seraient mis à pied? (...) S'ils sont mis à pied alors que nous sommes déjà dans un secteur qui (était) largement sinistré avant la crise, qui continue de l'être, (...) comment accompagnons-nous les personnes âgées s'il y a encore un déficit professionnel?"

Romain Gizolme exhorte Olivier Véran à "prendre le temps de la réflexion" pour que les professionnels de la santé exerçant en Ehpad "comprennent l'intérêt" de la campagne de vaccination contre le Covid-19 "et qu'ils puissent y adhérer de leur propre chef".

Le Royaume-Uni saute le pas

Mercredi, le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, a annoncé que la vaccination complète de toutes les personnes travaillant dans les maisons de retraite, y compris le personnel non-médical, allait devenir obligatoire. Cette mesure doit encore être entérinée par le Parlement.

"Nous avons la responsabilité de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les personnes qui reçoivent des soins", a justifié le ministre.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV