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Légalisation du cannabis: qu'en disent les médecins ?

En France, près d'une personne sur deux se dit favorable à une légalisation du cannabis

En France, près d'une personne sur deux se dit favorable à une légalisation du cannabis - Image d'illustration - AFP

Si la question de la légalisation du cannabis divise sur le plan politique, les avis de spécialistes de la santé divergent tout autant. Quand certains appellent au "pragmatisme", d'autres tirent la sonnette d'alarme sur les limites d'un éventuel encadrement.

La question de la légalisation du cannabis est de nouveau sur la table. Ce jeudi les députés doivent déposer une proposition de loi pour une légalisation régulée du cannabis récréatif. L'objectif selon eux, sortir d'une posture "répressive, hypocrite et immorale" alors que 5 millions de Français consommeraient du cannabis. Surtout, ils souhaitent aligner la fiscalité du cannabis sur celle du tabac, ce qui rapporterait 1,8 milliards d'euros à l'Etat pour des actions de prévention ou de sensibilisation.

Mieux accompagner les fumeurs

C'est députés ne sont pas les seuls à faire cette proposition. Dans un rapport publié ce jeudi, le Conseil d'analyse économique (CAE), un groupement d'économistes rattaché à Matignon, se positionne clairement en faveur de sa pénalisation et appelle à créer un "monopole public de production et de distribution du cannabis", avec producteurs agréés et boutiques spécialisées. De même que les 70 personnalités qui ont signé une tribune à ce sujet publiée mercredi dans l'Obs, appellent les pouvoirs publics "à agir vite" pour légaliser le cannabis au nom du "pragmatisme".

Mais outre le point de vue économique, les spécialistes de la santé,eux, n'ont pas tous le même son de cloche. Pour certains médecins, la légalisation du cannabis permettrait de mieux l'encadrer. C'est ce que pense William Lowenstein, médecin et président de SOS Addiction. Selon lui - alors que les adolescents français sont les plus grands consommateurs de cannabis en Europe - sa légalisation serait un moyen de dire "stop à l'hypocrisie", pour accompagner au mieux ces fumeurs:

"Il ne faut pas envoyer le message que légaliser signifie favoriser l'accès mais plutôt le réguler et prévenir des méfaits des consommations", explique-t-il, tout en insistant sur le fait que le cannabis reste très dangereux pour les adolescents. 

Les limites de l'encadrement

Pour le chef du service de toxicologie du CHU de Garches, Jean-Claude Alvarez, invité de BFMTV, il en est autrement. En effet légaliser le cannabis ne permettrait pas de résoudre totalement les problèmes liés à cette drogue selon lui, et aurait sans doute d'autres conséquences:

"Aujourd'hui on essaie de faire diminuer la consommation d'alcool chez les jeunes, la consommation de tabac, et là subitement on se dit qu'on va autoriser la consommation de cannabis par un système légalisé (...) Je me pose des questions d'un point de vue santé publique", explique-t-il.

Récemment, le Canada ainsi que plusieurs Etats américains ont suivi l'exemple de l'Uruguay, premier pays du monde à avoir légalisé le cannabis récréatif en 2013. Mais pour Jean-Claude Alvarez, cet encadrement a des limites: "Aux Etats-Unis c'est interdit aux mineurs, et pourtant le marché parallèle existe toujours pour ces mineurs. Il ne faut pas l'oublier."

Un volet préventif 

Si le cannabis était légalisé, les produits mis en vente dans des boutiques spécialisées contiendraient moins de THC (Tetrahydrocannabidol) que le cannabis classique avec 0,2% maximum contre 15 à 30% pour les produits vendus de façon illicite. Mais pour certains, cette vente de produits "de meilleure qualité" sur le degré de THC ne servirait donc pas aux mineurs qui pourraient continuer à se procurer de la drogue, et encore plus nocive.

"Il faut communiquer sur la dangerosité du cannabis et dire à nos jeunes que c'est interdit. On n'entend jamais de campagnes expliquant que le cannabis c'est dangereux", regrette encore Jean-Claude Alvarez.

En décembre 2017, l'Académie nationale de médecine s'était dite inquiète de la progression de la consommation de cannabis dans un communiqué de presse. Elle y expliquait que la teneur en THC proposée à l'achat n'a cessé de croître, ce qui constitue selon les médecins un facteur aggravant des effets sur la santé physique et psychique. Elle recommandait même au contraire la totale banalisation de cette drogue.

Pour l'heure le gouvernement s'est dit quant à lui totalement opposé à une légalisation du cannabis récréatif, concédant simplement qu'il pourrait y avoir des "réflexions" sur un usage thérapeutique.

Manon Fossat