BFM Business

Des économistes chargés de conseiller Matignon expliquent pourquoi et comment il faudrait légaliser le cannabis

Le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs

Le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs - Miguel SCHINCARIOL / AFP

Dans un rapport iconoclaste publié jeudi, le conseil d'analyse économique fournit un vademecum pour en finir avec "l'échec" de la prohibition. Ils estiment que la légalisation permettrait de créer jusqu'à 80.000 emplois tout en générant des recettes fiscales dépassant les 2 milliards d'euros.

"Legalize it". Cette fois, ce n'est pas la demande de fans de paradis artificiels, mais celle du Conseil d'analyse économique (CAE) qui se positionne clairement pour la légalisation du cannabis. Ses experts proposent de réinvestir les profits générés dans la prévention et la lutte contre le trafic. Ce groupement d'économistes rattaché à Matignon et dirigé par Philippe Martin, réputé proche d'Emmanuel Macron, a publié une note intitulée "Cannabis: comment reprendre le contrôle ?".

Le CAE appelle à créer un "monopole public de production et de distribution du cannabis". Il estime les retombées économiques d'une telle légalisation. En émettant l'hypothèse d'une consommation annuelle de cannabis de 500 à 700 tonnes par an, les économistes estiment qu'une légalisation pourrait créer entre 27.500 et 80.000 emplois en France et générer des recettes fiscales de 2 à 2,8 milliards d'euros. Une manne qu'ils recommandent de réinvestir dans la prévention, la politique en faveur des quartiers populaires et la lutte contre le trafic.

Un débat nouveau dans les allées du pouvoir, porté quelques mois après la légalisation du cannabis par le Canada fin 2018. Mardi, plusieurs députés, dont cinq "marcheurs", ont également dévoilé une proposition de loi transpartisane pour une "légalisation contrôlée". "Le système de prohibition promu par la France depuis 50 ans est un échec", estiment les auteurs de la note du CAE, Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard.

Des vendeurs agréés

Malgré une des législations les plus répressives du Vieux continent, la France est la championne d'Europe de la consommation de cannabis: avec 5 millions d'usagers en 2017 et une consommation "préoccupante" chez les mineurs. Selon la littérature scientifique, une "consommation modérée" de cannabis n'a "pas d'effets nocifs sérieux avérés" sur la santé des adultes, rappelle la note. Cette drogue augmente en revanche le risque de schizophrénie "des plus jeunes". Le CAE recommande donc une légalisation accompagnée d'une interdiction de vente aux mineurs.

Pour cela, les économistes souhaitent une "gestion étatique centralisée". Concrètement, l'État délivrerait des licences à des "producteurs et distributeurs agréés", comme pour le tabac. Mais contrairement à la cigarette, le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs et plus faciles à surveiller. Ce système serait chapeauté par une "autorité administrative indépendante", chargée de réguler le marché et de créer les conditions pour assécher le marché noir. La note recommande un prix final de 9 euros pour un gramme d'herbe, contre environ 11 euros dans la rue. 

Le gouvernement signale qu'il n'a pas commandé ce rapport

La publication de cette note et la polémique qu'elle a ouvert a fait réagir Matignon. Le cabinet d'Edouard Philippe Matignon a signalé à BFMTV que ce "rapport n’a pas été commandé par le Gouvernement et ses conclusions n’engagent que leurs auteurs". Il rappelle également que le "gouvernement reste clairement opposé à la légalisation du cannabis" et ajoute que cette consommation provoquent "des risques pour la santé humaine notamment sur le fonctionnement cérébral".

La politique du Gouvernement en matière de cannabis, de drogues et, d’une manière générale, d’addiction est portée par "le plan national de mobilisation contre les addictions" publié en janvier dernier. "Ce plan a pour objectif une meilleure protection de nos concitoyens contre les addictions, et contient de nombreuses actions visant à améliorer la prévention et la prise en charge des personnes victimes d’addiction, mais aussi des actions de lutte contre les trafics".

Pascal Samama avec AFP