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La nicotine testée contre le coronavirus

Des études montrent que les fumeurs sont moins nombreux parmi les malades. Mais les médecins restent prudents et alertent quant au risque de se mettre à fumer pour se protéger du coronavirus.

La nicotine, une clé dans la protection contre le coronavirus? Ce n'est qu'une piste pour l'instant, mais qui est sérieusement étudiée. Si l'hypothèse reste à prouver, des essais cliniques sont lancés sur le sujet. Dès le feu vert final obtenu, des patchs nicotiniques vont être administrés à des dosages différents dans trois essais, à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris. 

L'idée est de pouvoir tester en préventif à des soignants, pour voir si cela les protège; en thérapeutique à des patients hospitalisés en médecine, pour tenter de diminuer leurs symptômes; et enfin à des patients graves en réanimation, détaille le professeur Zahir Amoura, auteur d'une étude sur le sujet.

  • Pourquoi tester la nicotine?

Des chercheurs avancent que la nicotine pourrait avoir un effet protecteur contre l'infection au Covid-19. L'hypothèse est étayée par le faible nombre de fumeurs parmi les malades du Covid-19 hospitalisés, selon plusieurs études dans le monde (avec des taux allant de 1,4% à 12,5%). 

Une étude française portant sur 350 malades hospitalisés et 150 plus légers qui ont consulté, tous atteints du Covid-19 (confirmé par test RT-PCR), apporte une confirmation de cette sous-représentation des fumeurs parmi les malades. L'institut Pasteur est également arrivé à cette conclusion dans une grande étude épidémiologique menée à Crépy-en-Valois, dans l'Oise. 

  • Ce qu'on sait de l'effet protecteur de la nicotine

La nicotine pourrait amoindrir l'hyper-inflammation, les "orages de cytokine", qui semblent jouer un rôle clé dans les cas graves de Covid-19 et laissent la médecine relativement démunie. "L'hypothèse est que la nicotine, en se fixant sur le récepteur cellulaire utilisé par le coronavirus, l'empêche ou le retient de s'y fixer" et donc de pénétrer dans les cellules et de se propager, explique le professeur Jean-Pierre Changeux, de l'Institut Pasteur et du Collège de France.

Le rôle central du récepteur en question, le "récepteur nicotinique de l'acétylcholine", dans la propagation du virus, expliquerait notamment la variété des symptômes du Covid-19, notamment la perte d'odorat et des troubles neurologiques, jusqu’à, éventuellement, l'arrêt respiratoire brutal (observé vers le huitième jour), avancent les chercheurs.

Dans l'obésité et le diabète, l'altération de ce récepteur nicotinique est à l'origine d'une forme persistante d'inflammation. Elle pourrait être amplifiée par l'infection par le virus SARS-CoV-2. Cette hypothèse expliquerait la fréquence de ces deux comorbidités parmi les cas graves de Covid-19, relève l'Académie française des sciences.

D'autres substances pourraient agir sur les récepteurs nicotiniques, pour empêcher la propagation du virus, comme par exemple l'ivermectine, mais cela reste aussi à prouver, notent les chercheurs.

  • Attention, tabac = danger

Cependant, ces études ne doivent pas inciter la population à se ruer sur les cigarettes et les patchs, a rappelé le ministre de la Santé Olivier Véran. En effet, fumer altère les poumons et n'est pas bon pour la santé (cancers, accidents cardiaques, bronchites chroniques graves...) soulignent également les médecins. Il s'agit d'"une piste intéressante, parmi d'autres pistes de recherche clinique", a commenté mercredi le ministre de la Santé Olivier Véran. 

"Il faut être très prudent", a abondé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, "il ne faut pas oublier les effets néfastes de la nicotine (...) ce qui est établi, c'est que les fumeurs présentent des cas graves de Covid", a-t-il poursuivi, déconseillant de reprendre la cigarette et rappelant que "le tabac est le tueur numéro 1 en France avec 75.000 décès par an".
Ivan Valerio avec AFP