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L'épidémie de coronavirus peut-elle être comparée avec la grippe espagnole?

Le coronavirus vu au microscope - Image d'illustration - HO / BRITISH HEALTH PROTECTION AGENCY / AFP

Le coronavirus vu au microscope - Image d'illustration - HO / BRITISH HEALTH PROTECTION AGENCY / AFP - -

Du fait de sa propagation rapide et du nombre de morts, le coronavirus est souvent comparé à la grippe espagnole, qui a fait plusieurs dizaines de millions de morts en 1918. Une comparaison qui a cependant ses limites.

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, de nombreuses personnes font le parallèle avec la grippe espagnole, la pandémie la plus dévastatrice de l'Histoire, qui a fait plus de 50 millions de morts entre septembre 1918 et mai 1919. Mais il semble difficile de comparer les deux événements, notamment du fait des importants progrès de la médecine ces 100 dernières années.

"On ne peut pas comparer grippe espagnole et coronavirus", explique à BFMTV.com Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris. "La première raison, c'est que ce ne sont pas les mêmes maladies. Le Covid-19 n'est pas la grippe espagnole. Les caractéristiques ne sont pas les mêmes, les symptômes et les signes cliniques non plus."

Des avancées de la médecine

La seconde raison est historique. "Il est impossible de comparer deux événements alors que les circonstances ne sont pas du tout les mêmes. Depuis 100 ans, nous avons progressé. Le monde médical n'est plus le même", poursuit le médecin.

En 1918, alors que l'épidémie décimait des populations entières, personne ne savait exactement ce qui tuait. "Ce n'est qu'en 1933 que deux Britanniques démontrent que la grippe espagnole doit être due à un organisme encore inconnu, un virus", explique le magazine américain The Atlantic

Ce n'est finalement que bien plus tard, en 2005, que la grippe espagnole s'est un peu révélée aux scientifiques. "On a fait un grand pas en avant, en termes de savoirs, en reconstituant le génome du virus. On sait qu’il s’agit du virus H1N1", souligne Patrick Zylberman, spécialiste dans les maladies infectieuses et mortelles, à Ouest France. 

Pour le coronavirus, le scénario est différent. Dès le départ, les scientifiques ont suspecté qu'un virus était responsable de la maladie. En deux semaines, ils l'avaient identifié, avait séquencé son génome et compris d'où il pouvait provenir. Ces résultats ont été partagés à de nombreuses équipes internationales de scientifiques qui se sont immédiatement mis à l'oeuvre pour trouver un vaccin ou un traitement. Contrairement à la grippe espagnole, on apprend vite quel ennemi il faut combattre. 

Des surinfections bactériennes

L'épidémie de grippe espagnole a frappé à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans la plupart des pays occidentaux, les médecins et infirmiers étaient majoritairement mobilisés sur le front et le réseau sanitaire et de soins étaient détruits. Les malades souffraient par ailleurs souvent de symptômes graves comme des saignements des oreilles, des hémorragies, ou des œdèmes. Les antibiotiques n'existaient pas: plus que du virus lui-même, beaucoup mouraient donc de surinfection bactérienne. 

"Aujourd'hui, nous avons les antibiotiques, nous comprenons l'importance de contrôler les infections et d'isoler le patient pour éviter les contaminations. Nous avons des unités de soins intensifs, nous avons des respirateurs artificiels...", liste The Atlantic

Deux maladies aussi meurtrières?

"Si on compare la grippe espagnole et le coronavirus, il faut inclure d'autres virus, comme le Sras ou Ebola", continue Gilles Pialoux.

"Environ 5% des malades de la grippe espagnole en sont morts", rappelle-t-il. "Si elle a provoqué la mort de 50 millions de personnes, c'est à cause des circonstances médicales que nous avons citées et parce que la maladie a pu se propager à une immense partie de la population."

"Ebola est bien meurtrier, avec un taux de mortalité de 60%. Le Sras, c'était 10%", poursuit-il.

Face à la situation en Italie, où les médecins font état d'hôpitaux surchargés et sous-équipés, Gilles Pialoux évoque tout de même une inquiétude. "Avec le coronavirus, nous ne savons pas encore où nous allons. Il est impossible de deviner ce que sera le taux de mortalité. Si on atteint des chiffres impressionnants de contamination et que les hôpitaux ne peuvent pas le gérer, alors le nombre de morts pourrait être plus important qu'on ne le craint."

Des conséquences économiques similaires?

Enfin, les deux épidémies pourraient avoir des conséquences similaires sur le plan économique, avance Serge Morand, spécialiste des maladies infectieuses à RTL. "Une crise économique de grande ampleur (ndlr: crise de 1922-23 en Allemagne) a succédé à la crise de la grippe espagnole", rappelle t-il. "Le Covid-19 pourrait aussi occasionner une crise importante de l’économie globalisée si la crise sanitaire devait se prolonger".

La Bourse de Paris a connu ce jeudi la plus forte chute de son histoire, clôturant à -12,28%, dans un marché financier qui abdique face à la pandémie de Covid-19 et son impact redouté sur l'économie mondiale.

Cyrielle Cabot