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J'ARRÊTE LE SUCRE #5 - Ma première semaine de désintoxication

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Joël Saget-AFP

J'ARRÊTE LE SUCRE #5 - J'ai décidé d'arrêter le sucre. Une semaine après le début de cette désintoxication, je fais le point sur les étapes de ce sevrage. Le plus dur, lors de ces premiers jours sans sucre, reste le petit-déjeuner: sans viennoiserie, ni chocolat, ni confiture.

>> Cet article est l'épisode 5 de notre série "J'arrête le sucre"

Voilà une semaine que j'ai arrêté le sucre. Non pas tous les sucres: je consomme toujours quotidiennement céréales et légumineuses, riches en amidon, produits laitiers et fruits, qui contiennent des glucides nécessaires à la vie. Mais tous les sucres ajoutés.

"Les matières premières de plus en plus mauvaises"

Le problème n'est pas tant de ne plus sucrer son yaourt ou sa tasse de café (encore que…) mais de les débusquer dans tout un tas de produits, comme dans de nombreux aliments industriels et transformés -viennoiseries, pain de mie, plats préparés, sodas et jus de fruits, yaourt aux fruits, sauces et conserves.

La semaine a commencé par un tri des placards et des étagères de mon frigo. Je savais bien qu'il y aurait un certain nombre de produits contenant du sucre. Mais pas autant. J'en trouve évidement ajouté dans les bouteilles de jus de fruit, mais aussi de manière plus surprenante dans les tranches de jambon, la sauce tomate, les boîtes de petits pois et même les cubes de bouillon de légumes bio.

"Les qualités des matières premières choisies par les industriels sont de plus en plus mauvaises pour être de moins en moins chères, dénonce pour BFMTV Christophe Brusset, auteur de Vous êtes fous d'avaler ça et ancien responsable des achats dans l'industrie agroalimentaire. Ils sont obligés de compenser cette baisse de qualité en ajoutant des additifs, du sucre, des arômes. On est habitué, conditionné depuis des années à ce goût sucré intense. Mais les habitudes, ça se change."

Une tablette de chocolat noir à 85% sous le coude

Je décide, par précaution, d'enfermer madeleines, biscuits, barres-chocolatées, tablettes de chocolat au lait et pot de pâte à tartiner dans une grande boîte en plastique, elle-même placée dans un endroit difficilement accessible. Espérons que cette mise en scène sera suffisante.

Deuxième étape: regarnir mes étagères de produits sans sucre ajouté. Particulièrement pour le petit-déjeuner, repas prodigieusement sucré en France. J'opte pour des flocons de sarrasin, des flakes d'épeautre, mais aussi des tartines craquantes, du type wasa, bien que certains nutritionnistes pointent l'indice glycémique (IG) élevé de ces produits. De manière générale, tout ce qui croustille présente souvent un IG élevé: céréales en pétales, chips ou galette de riz, car ces produits sont raffinés, déshydratés, chauffés et transformés. Mais n'étant pas diabétique, j'avoue être un peu moins sensible à cette problématique.

Je m'oriente également vers des purées d'oléagineux et je me constitue un stock de noisettes, amandes et noix en tout genre. Dans des magasins spécialisés, du type biologique, je fais le plein de graines de courge, tournesol et de pignons de pins pour garnir mon muesli maison. Je me garde tout de même sous le coude une ou deux tablettes de chocolat noir à 85%, en cas de coup dur. C'est parti.

Chouquettes et chaussons aux pommes me font de l'œil

Au premier jour, je me retrouve dans une boulangerie fort appétissante à l'heure du déjeuner. Les chouquettes et chaussons aux pommes me font de l'œil. "Et puis, après tout, si je craquais, qui le saura?" me susurre à l'oreille un petit diable de sucre. C'est vrai, ça pourrait rester mon petit secret? Mais non, je tiens bon. Le coup de canif dans le contrat, ce ne sera pas pour tout de suite. Je repars donc avec, entre les mains, le pain complet pour lequel j'étais venue. Et rien d'autre.

Au deuxième jour, on se lance à la rédaction dans une grande discussion sur le meilleur des goûters. Il y a un vif débat autour du gâteau napolitain. J'évoque avec nostalgie les gaufres au miel et les sablés au chocolat qui faisaient le bonheur de mes fins de repas. Pour aujourd'hui, il faudra pourtant que je me contente de deux clémentines en dessert.

Le troisième fait figure de test: je me retrouve dans un restaurant italien à se damner. J'applique les conseils que l'on m'a prodigués: choisir la formule entrée + plat plutôt que plat + dessert. Pourtant, il y a une panna cotta aux poires caramélisées au menu que je connais suffisamment pour savoir succulente. Je m'abstiens et je me cantonne à un café sans sucre. C'est amer et j'avoue que ça me paraît encore difficile sans la cuillerée de saccharose.

Se méfier des produits présentés comme 'nature'

Mais Frédéric Saldmann, médecin cardiologue et nutritionniste à l'hôpital européen Georges-Pompidou que j'ai rencontré dans le cadre de cette désintoxication, m'a assuré que ce n'était qu'une question de temps. "Vous allez souffrir trois semaines et après vous ne pourrez plus sucrer votre café." Il faut donc tenir bon. Je me résous même à donner à ma compagne de tablée le ravissant petit chocolat au lait gianduja. Elle est ravie. Moi un peu moins.

Evidemment, lorsque l'on veut réduire sensiblement sa consommation de sucre, cela nécessite de penser et de prévoir à l'avance ses repas. Et d'y consacrer un peu de temps. Un soir, autour du quatrième, alors que je décide de préparer un plat de pâtes -complètes- au thon mais que la saison des tomates n'est pas encore là, je m'oriente -par flemme j'avoue, j'aurais aussi pu opter pour des surgelés- vers un pot de purée de tomates. Difficile d'en trouver sans sucre ajouté, la plupart des sauces en contiennent. Je cherche et je finis par en trouver une, bio, sans adjonction de sucre. Mais encore faut-il passer par une opération de décryptage des étiquettes. Pas toujours évidente.

"Il faut se méfier des produits qui peuvent se présenter comme 'nature' ou 'sans sucres': s'il est ajouté du jus de raisin ou du jus d'autre chose, c'est en réalité du sucre, met en garde Stéfane Guilbaud, auteur de Je ne mange pas de produits industriels et formateur en changement de comportements alimentaires. Attention également à l'amidon de maïs ou à la farine de tapioca: si le maïs ou le tapioca bruts ne posent aucun souci, transformés, ils ont un indice glycémique élevé."

Je rêve d'un petit quelque chose au goût sucré

Au cinquième jour, tout à coup, sans prévenir, l'image d'une religieuse crémeuse et coulante m'apparaît. Pourtant je n'ai pas faim, je veille à ce que mes repas soient suffisamment consistants pour ne pas avoir envie de craquer. Je me contenterai sinon bien volontiers d'un petit chou à la crème. Pour moi qui ai (avais) deux passions dans la vie: les éclairs et les makrouds (ces petites pâtisseries orientales en forme de losange fourrées à la pâte de dattes), cette nouvelle vie alimentaire me paraît soudainement chimérique.

J'avoue que le petit-déjeuner reste le moment le plus compliqué pour me passer de sucre. Malgré mes muesli maison et salades de fruits, la confiture me manque. J'ai beau tartiner des tranches de pain complet ou des tartines craquantes de purées d'oléagineux, je rêve d'un petit quelque chose au goût sucré. Au jour six, je m'accorde un carré de chocolat noir à 85% avec deux tranches de pain complet. Il faut garder le cap, je suis sur la bonne voie.

"Si l'on change de petit-déjeuner, limite sa consommation de produits industriels, de biscuits et friandises et de boissons sucrées: on a fait 80% des efforts", encourage pour BFMTV Valérie Espinasse, micronutritionniste et auteure de J'arrête le sucre. Il va donc falloir s'accrocher.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV