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"J'ai choisi de prendre le risque de la maladie plutôt que celui des vaccins", explique Sophie, mère de trois enfants

Les Français sont de plus en plus méfiants vis-à-vis de la vaccination, et certains parents vont jusqu'à la refuser pour leurs enfants. Un décision qui n'est pas sans risques, notamment en matière de santé publique.

Il n'y a pas qu'aux États-Unis que le vaccin fait polémique. En France, de plus en plus de parents sont réticents à faire vacciner leurs enfants, à tel point que le Conseil constitutionnel avait dû il y a près d'un an confirmer le caractère obligatoire de cette pratique.

En France, le Code de la santé publique stipule en effet que trois vaccins sont obligatoires, ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, auquel s'ajoute celui contre la fièvre jaune pour les personnes résidant en Guyane. D'autres, s'ils ne sont pas indispensables, sont également fortement recommandés contre les maladies telles que la coqueluche, la rougeole, ou encore les hépatites A et B.

"On risque la prison"

Certains parents sont pourtant décidés à soustraire leur progéniture à cette obligation, à l'image de Sophie Guillot. Cette mère de trois enfants a toujours refusé qu'ils soient vaccinés. Pour ce faire, elle même allée jusqu'à falsifier leurs carnets de santé, avec la complicité d'un pédiatre. Car sans preuve de vaccination, impossible de faire admettre ses enfants en collectivité, école ou bien centre de loisirs, précise le Code de la santé publique.

"Une exclusion scolaire, une exclusion de toutes les collectivités, impossibilité de les faire participer à des activités sportives… ça bloquait tout", se rappelle Sophie Guillot. Elle est par ailleurs tout à faire consciente des risques judiciaires qu'elle encourt. "On risque de la prison, des amendes, de la poursuite judiciaire, les services sociaux qui peuvent même prendre la garde des enfants", énumère-t-elle.

Le refus de faire vacciner ses enfants, considéré par la loi comme "le fait [...] de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre [leur] santé", est en effet puni de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende.

La mise en garde des médecins

Pas de quoi effrayer la mère de famille. Et même la coqueluche, que ses trois enfants ont attrapée, ne lui a pas fait regretter son choix. Sophie Guillot craint davantage les vaccins que les maladies dont ils doivent protéger. "J'ai choisi délibérément de préférer prendre le risque de la rougeole, des oreillons, de la rubéole sur mes enfants, que le risque des vaccins, se justifie-t-elle. Donc évidemment la réponse c'était "Mais il n'y a pas de risques" ou alors "Vous ne vous rendez pas compte, la rougeole c'est mortel". Et à chaque fois je disais que j'ai eu la rougeole enfant, mes frères et sœurs ont eu la rougeole enfants, tous mes cousins et cousines ont eu la rougeole enfants, j'ai jamais entendu dire que la rougeole c'était grave."

Un argumentaire que réfute le docteur Serge Gilbert, membre du Comité technique des vaccinations. Certaines maladies, comme la rougeole justement, peuvent entraîner de graves complications. Mais le grand public a tendance à l'oublier, justement grâce au succès des politiques vaccinales.

"Aujourd'hui les maladies graves sont extrêmement rares grâce à la vaccination, rappelle Serge Gilbert. La variole, la diphtérie ou la poliomyélite ont disparu. Aujourd'hui les gens oublient le poids de ces maladies graves. Et c'est grâce à la vaccination."

Face à certains scandales sanitaires mettant en cause des vaccins, comme le Meningitec il y a quelques mois, les pouvoirs publics vont devoir se montrer persuasifs, et rapidement. L'Institut national de veille sanitaire signalait en effet récemment que la couverture vaccinale des nourrissons avait chuté de presque 5% entre 2014 et 2015.

H. M. avec Nicolas Robida, Guillaume Bernhard, Régis Déconclois et Julie Papet