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Etats-Unis: la réapparition de la rougeole enflamme le débat sur la vaccination

Les cas de rougeole se multiplient dans plusieurs Etats des Etats-Unis. Le taux de vaccination ne dépasse pas 92% dans le pays.

Les cas de rougeole se multiplient dans plusieurs Etats des Etats-Unis. Le taux de vaccination ne dépasse pas 92% dans le pays. - Joe Raedle - Getty Images North America - AFP

Cinq cas de rougeole viennent d'être diagnostiqués chez des nourrissons dans la région de Chicago, après un cas en Californie en début de semaine. Alors que la maladie était considérée comme éradiquée, les cas se multiplient depuis décembre dans plusieurs Etats, relançant le débat sur l’utilité du vaccin.

Censée être éradiquée aux Etats-Unis depuis 2000, la rougeole opère depuis décembre un inquiétant retour à divers endroits du pays. Cette semaine, cinq cas de rougeole ont été diagnostiqués chez des nourrissons à Palatine, non loin de Chicago dans l’Illinois (nord-est des Etats-Unis), rapporte le Washington Post jeudi. Les bébés, tous âgés de moins d’un an, fréquentent la même garderie, où d’autres enfants pourraient avoir été contaminés par le virus. Tous les enfants et les membres du personnel qui ne sont pas à jour de leur vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) ont été appelés à rester chez eux et à l’écart des personnes non vaccinés pendant 21 jours.

Un autre cas de rougeole a été diagnostiqué en début de semaine chez un enfant de moins d’un an dans une garderie de Californie. Plus d’une vingtaine de nourrissons et d’enfants en bas âge ont été renvoyés chez eux.

En recrudescence

Très contagieuse car elle se transmet par voie aérienne, la rougeole provoque des accès de fièvre et des éruptions cutanées. Les cas les plus graves peuvent entraîner une pneumonie ou une encéphalite et être mortels.

La maladie a fait son grand retour en décembre aux Etats-Unis. Fin janvier, selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), 102 cas de rougeole avaient été recensés dans 14 Etats américains. En 2014, les Etats-Unis avaient déjà enregistré 644 cas de rougeole dans le pays, un nombre sans précédent depuis 2000. Il y avait eu 173 cas en 2013, et une petite soixantaine par an dans les années précédentes. L'épidémie sévit particulièrement en Californie, et son foyer a été localisé dans le parc d'attractions de Disneyland. Les CDC ont précisé que la plupart des malades n'avaient pas été vaccinés. 

Débat sur l’innocuité du vaccin ROR

Le retour en force de cette infection aux Etats-Unis coïncide avec la tendance de certains parents de refuser de faire vacciner leurs enfants car ils craignent que ce triple-vaccin ROR ne soit responsable de l'augmentation des cas d'autisme. D'autres personnes refusent la vaccination, en général pour des raisons religieuses ou politiques.

Cette controverse remonte à la publication d'un article biaisé dans la très sérieuse revue médicale britannique The Lancet en 1998, qui ne s'est rétractée sur le sujet qu'en 2010. De nombreuses études scientifiques très sérieuses ont pourtant clairement démenti tout lien avec l'autisme ou tout autre risque sanitaire. Les médias ont également été critiqués pour s'être largement fait l'écho de cette recherche frauduleuse. 

Selon le Dr Anne Schuchat, responsable de la vaccination aux CDC en 2014, les parents de 79% des enfants non-vaccinés avaient demandé aux autorités de leur Etat d'être exemptés de la vaccination sur la base de leurs convictions. Cette situation explique que le taux de vaccination contre la rougeole aux Etats-Unis ne dépasse pas 92%.

Appels à la vaccination

Face à la crainte d'une épidémie étendue de rougeole dans le pays, les appels à la vaccination se sont multipliés ces derniers jours, notamment de la part des autorités sanitaires. Le président Barack Obama a fait peser toute son autorité pour convaincre les parents sceptiques d'ignorer ces croyances infondées. Je sais qu'il y a des familles qui sont parfois inquiètes des effets de la vaccination mais vous devez savoir que la science est vraiment indiscutable", a déclaré Barack Obama dimanche dernier sur la chaîne de télévision NBC. "Nous avons examiné cela de nombreuses fois et il n'y a aucune raison de ne pas se faire vacciner", a-t-il insisté.

La question de la vaccination contre la rougeole agite aussi la sphère politique, surtout parmi les potentiels candidats à la présidentielle de 2016. “La science est claire: la Terre est ronde, le ciel est bleu, et les vaccins fonctionnent. Protégeons tous nos enfants”, a lancé en début de semaine l'ex-secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton sur Twitter. 

L'exercice est en revanche plus délicat pour les prétendants républicains. Parmi eux, certains cherchent à ne pas s'aliéner la frange de leur électorat ultra-conservateur qui, pour des raisons religieuses ou par pure conviction politique, rejettent l'obligation de la vaccination. Interrogé sur le sujet, le gouverneur du New Jersey Chris Christie, un républicain modéré, a ainsi déclaré qu'il fallait que les parents "aient leur mot à dire". Mais son service de presse a ensuite corrigé le tir via un communiqué, indiquant qu'avec "une maladie comme la rougeole les enfants devaient être vaccinés".

Violette Robinet avec AFP