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Face au coronavirus, la menace de la rougeole se fait plus pressante

Un vaccin contre la rougeole en Colombie, en 2018.

Un vaccin contre la rougeole en Colombie, en 2018. - SCHNEYDER MENDOZA / AFP

Alors que près de la moitié de la population mondiale est appelée à rester chez elle, ce confinement pourrait reporter les vaccinations de routine et provoquer des épidémies dangereuses.

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la propagation du coronavirus, l'Alliance du vaccin (Gavi) craint que les mesures de confinement, qui limitent les vaccinations de routine, ne provoquent d'autres épidémies dangereuses comme la rougeole.

Près de la moitié de la population mondiale est invitée à rester chez elle, de qui oblige de nombreux parents à reporter la vaccination de routine de leurs enfants.

"La rougeole est probablement la première de mes préoccupations à l'heure actuelle", a déclaré Seth Berkley, directeur exécutif de Gavi, un partenariat public-privé qui rassemble notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Banque Mondiale et des représentants de l'industrie pharmaceutique.

L'importance de la vaccination de routine

Une épidémie de rougeole ou d'autres maladies infectieuses aggraverait davantage encore la situation des systèmes de santé, ébranlés par la pandémie de Covid-19 qui a tué quelque 40.000 personnes depuis son apparition fin décembre en Chine.

"La vaccination de routine est toujours absolument essentielle, mais elle l'est particulièrement dans un moment comme celui-ci, car si d'autres épidémies se produisent, elles submergeront le système de santé", a expliqué Seth Berkley.

En République démocratique du Congo (RDC), en proie à une épidémie d'Ebola depuis la mi-juillet 2018, la rougeole a ainsi tué deux fois et demi plus de personnes qu'Ebola, a-t-il souligné.

Gavi, qui rassemble également les gouvernements des pays en développement et ceux des pays donateurs, a pour mission de négocier avec les grands industriels de la pharmacie pour parvenir à des prix très bas, compatibles avec les moyens des pays pauvres. Globalement, 60% des enfants vivent dans des pays en développement et sont vaccinés grâce à l'Alliance.

Stagnation de la lutte contre la rougeole

S'il est sans doute possible de différer de quelques mois la vaccination contre certaines maladies, il est essentiel de vacciner à temps les enfants contre les plus contagieuses, comme la rougeole.

Avant que la vaccination ne soit introduite en 1963 et qu'elle ne se généralise, le monde enregistrait tous les deux-trois ans d'importantes épidémies de rougeole qui pouvaient causer environ 2,6 millions de décès par an, selon l'OMS.

Après des décennies de progrès spectaculaires, la lutte contre la rougeole stagne et le nombre de morts est reparti à la hausse en 2018 avec plusieurs épidémie dans le monde, explosant dans les villes ou les quartiers où trop peu de gens sont vaccinés.

En 2018, la rougeole a tué 140.000 personnes dans le monde, en grande majorité dans les pays d'Afrique sub-saharienne.

Mais le virus voyage facilement. Et dans les pays développés, le mouvement de défiance à l'égard des vaccins a contribué à la résurgence de la maladie.

Cette méfiance à l'égard du vaccin combiné Rougeole-Oreillons-Rubéole (ROR) a été provoquée par une étude de 1998 qui liait le vaccin et l'autisme. Il a pourtant été établi rapidement que son auteur avait falsifié ses résultats et plusieurs études ont montré depuis que le vaccin n'augmentait pas le risque d'autisme, a souligné à plusieurs reprises l'OMS.

La rougeole, plus contagieuse que le Covid-19

En Europe, 47 des 53 pays ont enregistré une épidémie de faible ampleur au cours de ces dernières années, mais si la couverture vaccinale venait à diminuer, ces épidémies pourraient devenir "massives", a averti Seth Berkley, qui reconnaît toutefois que les mesures de distanciation physique mises en place pour stopper le nouveau coronavirus pourraient également empêcher la propagation massive d'autres maladies infectieuses.

"S'il y a moins de contacts, il y a moins de chances qu'il y ait une propagation explosive", a-t-il déclaré, soulignant toutefois que "la rougeole est encore plus contagieuse que le Covid".

En attendant, Berkley a estimé que la pandémie de coronavirus pouvait mettre un frein au mouvement de défiance à l'égard des vaccins.

"J'ai le sentiment que s'il y avait un vaccin contre le Covid à l'heure actuelle, il y aurait un plus grand appétit pour les vaccins que jusqu'à présent", a-t-il conclu.
C.M. avec AFP