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La rougeole affecte profondément le système immunitaire

Un vaccin contre la rougeole. (photo d'illustration)

Un vaccin contre la rougeole. (photo d'illustration) - Schneyder Mendoza / AFP

La rougeole est une maladie hautement contagieuse et potentiellement mortelle. Deux études, publiées le 31 octobre, montrent pour la première fois que le virus de la rougeole s'attaque également au système immunitaire, le rendant plus vulnérable à d'autres infections.

Les scientifiques auraient-ils sous-estimé la dangerosité de la rougeole et ses conséquences sur la santé humaine? Pour des chercheurs en virologie et en génétique de l'institut Erasmus aux Pays-Bas et de l'Université d'Harvard aux Etats-Unis, la rougeole s'attaquerait au système immunitaire comme pour le virus du sida, en effaçant les anticorps. Les malades, principalement des enfants de moins de 5 ans, se retrouveraient alors démunis de défenses immunitaires et incapables de lutter contre d'autres infections. 

Pour leurs travaux, des scientifiques sont partis du constat que le virus de la rougeole était associée à une morbidité et une mortalité accrues, même des années après l’infection. "La puissante activation du système immunitaire par la rougeole engendre une immunité pour toute la vie à l’égard de cette maladie mais, en même temps, une profonde immunosuppression", soulignent la virologue Velislava Petrova et ses collègues du Wellcome Trust Sanger Institute au Royaume-Uni, dans une étude publiée jeudi 31 octobre, dans le journal Science Immunology. La durée de l’immunodépression serait variable de 5 à 6 mois et pourrait même dans certains cas persister plusieurs années.

Des risques importants pour la santé 

Dans un article également publié le 31 octobre, dans la revue américaine Science, le docteur Michael Mina du Brigham and Women’s Hospital Havard Medical School, à Boston, rappelle que "des études épidémiologiques ont montré l’association entre la rougeole et une morbidité et une mortalité accrues des années après l’infection mais les raisons en sont mal connues. Le virus de la rougeole infecte les cellules immunitaires et provoque une immunosuppression aiguë." Selon les spécialistes, la vaccination contre la rougeole protégerait les enfants de cette infection mais aussi et surtout d’autres infection indues au virus sur le long terme.

Pour son étude, la virologue Velislava Petrova et son équipe ont analysé des prélèvements sanguins réalisés en 2013 aux Pays-Bas de 77 enfants non-vaccinés, scolarisés dans trois écoles où le taux de vaccination est inférieur à 20%. Deux mois après le début des prélèvements, la rougeole avait affecté 26 enfants du panel. De nouveaux prélèvements ont été réalisés pour comparer les systèmes immunitaires des enfants contaminés à ceux épargnés par l’épidémie.

Les résultats ont montré que deux types de cellules avaient été atteints: les lymphocytes B "naïfs", qui n’avaient pas encore été en contact avec le virus qui les infectera, et les lymphocytes B à mémoire, les cellules capables de reconnaître un virus qui les a rendus malades.

Jusqu'à 73% des anticorps éliminés selon les agents infectieux

Les chercheurs estiment que "l’infection par le virus de la rougeole est responsable de modifications de la diversité des lymphocytes B naïfs et à mémoire, qui persistent après la disparition de la maladie, et contribue à compromettre l’immunité vis-à-vis des infections ou vaccinations antérieures." Quant à l’équipe américaine pilotée par Michael Mina et Stephen Elledge, ils ont découvert que les enfants touchés par la rougeole avaient perdus entre 11 et 73% de leurs anticorps selon les agents pathogènes, et près de 30% de l’ensemble de leurs défenses immunitaires globales. Pour une forme de rougeole sévère, la perte du capital serait proche de 40%.

En démontrant son impact sur le système immunitaire global, les deux études montrent que le virus de la rougeole dépasse les seuls risques liés à l'infection et rappellent ainsi l'importance de la vaccination. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait qu'en 2017, 85% des enfants dans le monde avaient reçu un vaccin avant l'âge d'un an. Un chiffre encore insuffisant pour un virus responsable en 2017 de près de 100.000 décès. 

Romane Ganneval