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Des médecins sceptiques sur l'efficacité du Covispray, présenté comme un spray nasal anti-Covid

Ce dispositif médical empêcherait la contamination du coronavirus par les muqueuses nasales, selon son fabricant, mais les médecins attendent des preuves de son efficacité réelle.

L'entreprise française Vitrobio a lancé fin octobre la production de son spray nasal anticovid, qui devrait être commercialisé d'ici un mois dans les pharmacies françaises. Mais ce produit, presque miraculeux sur le papier, laisse certains médecins sceptiques pour le moment.

D'après ses concepteurs, le Covispray projette un film protecteur sur la paroi nasale qui "va attirer les contaminants vers le film et les neutraliser". "Comme cela on va diminuer l'infection virale, diminuer l'inflammation du système immunitaire qui est moins stressé et peut combattre la maladie", affirme à BFMTV le docteur Ravi Shrivastava, chercheur et fondateur de Vitrobio.

Une barrière efficace sur les parois nasales?

Le produit projeté ne traite pas la maladie, mais l'empêche de pénétrer l'organisme par les muqueuses nasales, ou tout du moins réduit son champ d'action possible. Et comme on le sait actuellement, la transmission du Covid-19 "se fait essentiellement par voie aérienne - gouttelettes de postillons émises au cours des efforts de toux mais aussi lors de la parole", explique l'Institut Pasteur.

Les équipes de Vitrobio - laboratoire situé à Issoire (Puy-de-Dôme), existant depuis plus de vingt ans - disent avoir mis 8 mois à adapter au coronavirus la technologie d'autres de leurs sprays, vendus contre les rhinopharyngites depuis 10 ans. Le Covispray a été testé in vitro, ce qui signifie qu'il a été évalué en laboratoire, dans un milieu dit artificiel.

Mais des médecins, interrogés par BFMTV, restent sceptiques sur l'efficacité de ce produit. "Il est dit qu'il empêche le virus de pénétrer dans la paroi nasale. Encore faut-il qu'il puisse tapisser la totalité de la muqueuse nasale, ce qui n'est pas évident", souligne Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation médicale de l'hôpital Lariboisière (Paris).

"Pas de preuve d'efficacité"

"Il est dit que ce produit attire et neutralise le virus", ajoute Bruno Megarbane. "C'est vrai que c'est un peu paradoxal parce qu'à la limite, s'il attire le virus et le fixe, on pourrait penser qu'il peut en faciliter l'entrée par les cellules".

Le Covispray n'est actuellement pas encore sur le marché. Il s'agit d'un dispositif médical, et non pas d'un médicament, pour lequel différentes règles sont appliquées. "La mise sur le marché d’un dispositif médical s’effectue dans un cadre réglementaire européen" explique l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament). Et le produit commercialisé doit être conforme "aux exigences essentielles de performance et de sécurité du produit énoncées dans les directives".

"Dans la mesure où il n'y a pas de preuve d'efficacité, il n'y a pas d'effort pour montrer l'efficacité, c'est quand même difficile de proposer cela surtout en prévention d'une maladie qui peut être très grave", a réagi sur BFMTV Renaud Piarroux, chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

"Le risque est de penser que ce produit va se substituer au masque"

Bruno Mégarbane assure de son côté qu'il ne conseillera pas ni ne prescrira ce produit à ses patients pour lutter contre la Covid-19. "À aucun moment le Covispray n'est le traitement de quoi que ce soit", déclare-t-il.

Il craint également que la mise sur le marché du Covispray réduise la vigilance de la population, qui se sentirait protégée avec ce seul produit. Actuellement "les seuls dispositifs qui ont démontré un intérêt pour prévenir la transmission du virus, c'est le masque chirurgical et FFP2, et le lavage des mains à la solution hydroalcoolique", appuie-t-il, or, "le risque est de penser que ce produit va se substituer au masque".

Malgré ces réserves, d'après Ravi Shrivastava, des distributeurs du monde entier s'intéressent à son spray nasal: "Les grands laboratoires, en Allemagne surtout, aux États-Unis. Les Chinois, les Hong Kongais nous ont appelé pour commercialiser le produit rapidement en Chine et à Hong Kong".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV