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Covid-19: un confinement partiel dans les Alpes-Maritimes suffira-t-il à freiner l'épidémie?

Une femme masquée sur la promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes) durant le premier confinement, le 18 avril 2020.

Une femme masquée sur la promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes) durant le premier confinement, le 18 avril 2020. - VALERY HACHE / AFP

Le préfet du département a annoncé lundi l'instauration d'un confinement partiel sur le littoral pour les deux prochains week-ends.

Le tour de vis couvait depuis plusieurs jours. Le préfet des Alpes-Maritimes Bernard Gonzalez a annoncé lundi l'instauration d'un confinement partiel et local les week-ends sur le littoral du département. Une mesure pour l'heure prévue au cours des deux prochains week-ends, en raison de la flambée épidémique constatée, avec un taux d'incidence qui avoisine les 700 cas de Covid-19 pour 100.000 habitants.

Cette mesure pourrait faire tache d'huile. A l'autre extrémité de la France, à Dunkerque (Nord), le taux d'incidence a explosé lundi, pour s'établir à 901 pour 100.000 habitants. Le Premier ministre Jean Castex et le maire de la commune du Nord Patrice Vergriete se sont entretenus ce mardi matin et ont convenu que des "mesures supplémentaires de freinage" devaient être prises.

Jusque-là, un confinement limité dans le temps et l'espace avait seulement été adopté en Guyane, mais jamais en France métropolitaine. Dans le territoire ultramarin, il avait été instauré à compter du 23 janvier à partir du samedi 19 heures et jusqu'au lundi 5 heures. La mesure a été levée le 12 février. Une accalmie épidémique a depuis été relevée, mais pour la directrice de l'ARS de Guyane, Clara de Bort, cette tendance n'est pas imputable au seul confinement.

"Je dirai plutôt que c'est dû à un cumul de mesures. Le net recul est lié au couvre-feu mis en place très tôt, 18, puis 17 heures. A cela, s'est ajouté le dimanche. Ça a été un outil", a-t-elle fait valoir dans Le Parisien dimanche.

Scepticisme des soignants

A Dunkerque, les mesures seront-elles du même acabit que celles prises dans les Alpes-Maritimes? Depuis l'annonce du préfet, plusieurs voix s'élèvent au sein du corps médical pour marquer leur scepticisme vis-à-vis de l'efficacité d'un tel confinement, localisé et instauré au cours du week-end pour une durée - pour l'heure - de deux semaines.

"C'est un choix politique plus que sanitaire, l'idée ça a été de dire 'on appelle les pompiers quand il y a vraiment le feu'. On sait que le feu couve un petit peu partout, a estimé sur notre antenne ce mardi matin le Dr Alain Ducardonnet, consultant pour BFMTV.

A Nice, le constat semble partagé. "J'espère de tout coeur que ça va permettre de diminuer cette pression sur les établissements de soin. Est-ce que ça va être suffisant? Je ne sais pas. Il faut demander à tous les réanimateurs, ils étaient pour un confinement total", faisait valoir Claude Koubi, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital gériatrique Les Sources, ce mardi au micro de BFMTV.

"Le Covid circule toute la semaine, je pense qu'un confinement d'une semaine pendant les vacances scolaires aurait été plus bénéfique", abonde une infirmière du même établissement.

"Je ne suis pas sûr que ces mesures soient à la hauteur du problème, avance l'épidémiologiste Antoine Flahault dans les colonnes du Parisien. Beaucoup de gens habitent dans l'arrière-pays et travaillent sur la côte, il y aura encore beaucoup d'interactions."

"Les mesures annoncées sont des mesurettes"

Dans un entretien accordé à L'Obs, l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill ne mâche pas ses mots. Pour elle, le confinement "classique" n'est qu'une "mesure palliative (...) et confiner le week-end, c'est encore plus ridicule".

"Les gens se croisent aussi pendant la semaine et le virus ne va pas s'arrêter de circuler seulement le week-end. Les mesures annoncées sont des mesurettes", ajoute-t-elle, estimant par ailleurs que "c'est une erreur de territorialiser les mesures de restriction".

Lundi, le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a temporisé: "La situation sanitaire reste inquiétante à l'échelle du pays, (...) mais nous n'en sommes pas du tout à la situation des Alpes-Maritimes. Il y a d'autres zones du territoire national qui justifient qu'on s'implique pleinement en lien avec les collectivités", a déclaré le ministre des Solidarités et de la Santé en marge d'un déplacement à Villefranche-sur-Saône (Rhône), citant notamment le Dunkerquois. Un Conseil de défense sanitaire est prévu ce mercredi à l'Elysée.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV