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Covid-19: les quatre scénarios étudiés par le Conseil scientifique pour en finir avec l'épidémie

Dans son nouvel avis daté du 11 mars, le conseil souligne que plusieurs hypothèses sont difficiles à mettre en place en France et privilégie des actions locales et anticipées.

Le Conseil scientifique était resté silencieux depuis le 13 février dernier, date à laquelle il préconisait un reconfinement localisé. Jeudi dernier, alors que la situation sanitaire ne cesse de se dégrader en France, cette organisation consultative indépendante chargée d'aiguiller le gouvernement dans la lutte contre le Covid-19 a publié un nouvel avis d'une centaine de pages nommé Anticiper et différencier les stratégies pour sortir des phases aigues de l'épidémie.

Ces dernières semaines, le Conseil scientifique a accueilli en son sein plusieurs nouveaux membres, dont un vétérinaire, un gériatre et une pédopsychiatre. Des arrivées qui se ressentent dans l'écriture du document, dont l'existence a été révélée par Les Echos, qui veut prend en compte de nouvelles problématiques dont "la lassitude des citoyens et des soignants" ainsi que "l'indifférence face aux chiffres des décès." Ces derniers jours, la France a passé la barre des 90.000 victimes du Covid-19 depuis le début de la pandémie.

Dans cet avis, ce même conseil, toujours dirigé par l'immunologue Jean-François Delfraissy, détaille les différentes stratégies que le gouvernement pourrait utiliser pour enfin sortir de cette crise sanitaire et sociale, un an jour pour jour après l'annonce du premier confinement. Il en liste quatre, mais en privilégie désormais une seule, la dernière: celle d'une stratégie "précoce" et "régionale".

1. La stratégie de l'immunité collective

Il s'agissait d'une hypothèse appuyée par plusieurs scientifiques lors des premiers mois de la pandémie en France.

Toutefois, l'idée selon laquelle il faut "atteindre par infection naturelle un niveau d’immunité collective suffisant pour que le virus s’arrête de circuler de façon épidémique" est selon le conseil scientifique "illusoire" pour plusieurs raisons.

Dans le rapport, il est en effet indiqué que laisser le virus circuler librement empêche la protection "de façon hermétique" d'un groupe d'individus, et que "l'épidémie non contrôlée s’accompagnerait d’une saturation rapide des services hospitaliers", même chez les plus jeunes. Une telle politique pousserait également les personnes plus fragiles à l'auto-isolement, comme Jean-François Delfraissy l'avait évoqué en janvier dernier.

En outre, avec la première forme du Covid-19, le niveau à atteindre pour espérer l'immunité collective correspondait "à au moins 67% de la population pour un virus dont le nombre de reproduction serait de 3." Or, avec l'arrivée des nouveaux variants, dont le Britannique, bien plus transmissible, ce chiffre bondit à 80%, souligne le Conseil scientifique.

2. La stratégie "zéro Covid"

À l'inverse de l'immunité collective, la stratégie "zéro Covid" vise à "la suppression du virus, nationale ou territoriale." Pour cela, c'est un effort européen qui serait alors demandé, comprendre un confinement continental strict de 8 à 10 semaines, suivi du renforcement du triptyque "tester-tracer-isoler." Une fois cette première quarantaine passée, le gouvernement devrait se tenir prêt à de nouvelles mesures, peut-être plus régionalisées, en cas de nouveaux cas.

Seulement, pour le Conseil scientifique, cette mesure n'est "ni réaliste sur un plan pratique, ni probablement acceptable par la population", en raison "des effets collatéraux considérables."

La stratégie "zéro Covid" a toutefois été utilisée par plusieurs pays dont l'Australie et la Nouvelle-Zélande, qui se targuent depuis de nombreuses semaines d'un net recul, voire d'une disparition totale du coronavirus sur leur territoire. Seulement, du fait de leur géographie et de leur isolement, la circonscription du Covid-19 est chose plus aisée que pour un pays aux frontières terrestres nombreuses, comme la France.

3. La stratégie du "stop and go"

La stratégie du "stop and go" consisterait "à alterner des périodes de renforcement rapide des mesures quand les services hospitaliers arrivent à saturation avec des périodes de relâchement une fois la circulation du virus et la pression sur lesystème hospitalier revenues à des niveaux plus bas".

Toujours selon l'organisation consultative, cela a "pour avantage de permettre une meilleure acceptation des mesures contraignantes par la population", mais là encore le Conseil scientifique pointe les limites d'une telle éventualité.

Si elle semble efficace à court-terme, la technique du "stop and go" est "épuisante sur la durée et peut conduire à un grand nombre d'hospitalisations et de morts cumulés" dans une situation de plateau prolongé.

4. La stratégie "précoce" et "régionale"

Il s'agit de la stratégie privilégiée par le Conseil scientifique. Elle consiste à surveiller les indicateurs épidémiologiques afin d'anticiper, et de mettre en place des restrictions au niveau régional. Les principaux indicateurs à surveiller sont les suivants: l'incidence, le taux de reproduction du virus, la proportion des variants, le taux d'occupation des réanimations et la couverture vaccinale.

"Dans les régions les plus touchées, il s’agira de freiner la progression épidémique avant d’atteindre la saturation des lits de soins critiques, sachant que l’efficacité de mesures sur l’occupation en réanimation ne se ressent qu’après un délai d’au moins 2 semaines", note le Conseil scientifique.

En contrepartie, "une telle stratégie peut permettre également d’envisager, dans les territoires à taux de transmission du virus très bas, un allègement progressif des mesures restrictives les plus strictes".

Selon cet avis, cette stratégie a comme avantage de "préserver le système de soins, garder la morbi-mortalité à des niveaux bas et limiter l'intensité et la durée des mesures contraignantes." Seulement, il s'agit également de la politique la moins compréhensible par la population "car contre-intuitive face à une situation sanitaire en apparence acceptable": difficile de faire accepter des "mesures strictes" alors que "la situation sanitaire ne s'est pas encore fortement dégradée".

Autre écueil évoqué, le Conseil scientifique rappelle "que cette stratégie territoriale est cependant difficilement tenable en cas de flambée épidémique dans plusieurs régions françaises car, en l’absence de mesures permettant d’isoler les régions les unes des autres, la vitesse de circulation du virus s’homogénéisera rapidement, notamment en raison des variants plus contagieux".

Conclusion de l'instance: le risque est "qu'on laisse la situation se dégrader dans chaque région avant d’agir".

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV