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Covid-19: le vaccin efficace en une dose pour les anciens malades? Les chercheurs s'interrogent

Un flacon du vaccin contre le Covid-19 de Moderna, à Bruxelles, en Belgique, le 2 février 2021

Un flacon du vaccin contre le Covid-19 de Moderna, à Bruxelles, en Belgique, le 2 février 2021 - Kenzo TRIBOUILLARD © 2019 AFP

Les résultats de deux pré-études rapportent que les personnes ayant déjà été contaminées par le Covid-19 développent un taux d'anticorps très élevé après une seule dose d'un vaccin ARN.

Les différents vaccins mis sur le marché ces dernières semaines sont apparus après un an de pandémie mondiale de Covid-19, soit après que plus de 100 millions de personnes aient été testées positives à ce coronavirus dans le monde. Deux recherches publiées fin janvier, et relevées par la revue scientifique BMJ, suggèrent que ces individus déjà contaminés auparavant, et ayant bénéficié d'une immunité naturelle, pourraient n'avoir besoin que d'une seule dose des vaccins ARN - qui en nécessitent normalement deux - car leur taux d'anticorps est déjà très élevé après une seule piqure.

Il est important de préciser qu'il s'agit de pré-études, soit non publiées dans des revues scientifiques, et nécessitant des recherches supplémentaires. Mais leurs résultats ont attiré l'oeil de plusieurs scientifiques, car ils font le même constat concernant la présence importante d'anticorps après une dose, et reprennent des hypothèses déjà existantes sur ces sujets.

Au moment de réfléchir la campagne vaccinale en France fin novembre, la Haute Autorité de Santé s'était d'ailleurs interrogée sur ce point, et avait considéré "qu’à ce stade, les données disponibles ne permettent pas d’orienter une vaccination des individus selon leur statut infectieux vis-à-vis du Sars-Cov-2 ni selon l’immunité conférée par une infection antérieure au Sars-Cov-2".

Un niveau d'anticorps plus élevé

Les résultats de la première étude, réalisée par des chercheurs new-yorkais et parisiens, ont été mis en ligne le 29 janvier. Les scientifiques ont observé la réponse immunitaire de 109 personnes piquées avec des vaccins ARN contre le Covid-19 par une seule dose. 68 d'entre elles n'avaient jamais eu le Covid-19, 41 avaient déjà été infectées. Le premier groupe présente des réponses immunitaires "variables et relativement faibles dans les 9 à 12 jours suivant la vaccination", alors que le second, "développe rapidement des anticorps dans les jours suivant la vaccination", et en proportion bien supérieure.

Ainsi, l'étude note une quantité d'anticorps "10 à 20 fois plus élevée" chez les personnes vaccinées avec une dose ayant déjà été infectées, comparée à celle mesurée chez les personnes jamais contaminées. Une quantité qui peut même excéder celle de personnes jamais infectées, mais vaccinées deux fois. Des études de suivi devront toutefois montrer si cet écart impressionnant se maintient au fil du temps.

Ces observations sur la réaction de patients déjà immunisés naturellement aux vaccins ARN ont également été faites dans une plus petite étude de l'université du Maryland (Etats-Unis), dont les résultats ont été mis en ligne le 30 janvier. Sur 59 membres du personnel soignant vaccinés, les agents ayant déjà été infectés ont montré des niveaux d'anticorps plus élevés que ceux qui n'avaient pas été contaminés.

Plus d'effets secondaires

Dans une deuxième partie, l'étude franco-américaine s'intéresse également aux différences d'effets secondaires entre ces deux groupes après l'injection de la première dose du vaccin. Sur les 231 participants (148 jamais infecté et 83 déjà contaminés), des douleurs au point d'injection ont été signalées de façon équivalente dans les deux groupes.

Mais chez les personnes déjà contaminées auparavant, les chercheurs notent "des effets secondaires systémiques avec une fréquence significativement plus élevée", dont de la fatigue, des maux de tête, des frissons, de la fièvre, des douleurs musculaires ou articulaires.

Leurs conclusions encouragent à un changement dans la politique vaccinale, car "ne donner à ces personnes qu'une seule dose de vaccin n'aurait pas d'impact négatif sur leur taux d'anticorps, leur éviterait des douleurs inutiles et libérerait de nombreuses doses de vaccin nécessaires d'urgence". Les patients qui ont été testés positifs au Covid-19 "peuvent être placés plus bas sur la liste des priorités de vaccination", écrit même l'étude du Maryland.

Plusieurs immunologues trouvent ces résultats intéressants, alors que les doses de vaccin se font attendre par endroits. Les personnes qui ont eu le Covid-19 semblent "réagir à la première dose comme s'il s'agissait d'une deuxième dose", déclare au New York Times Akiko Iwasaki, immunologiste de l'école de médecine de Yale. Une dose est donc probablement "plus que suffisante", selon elle.

"Un problème de santé publique potentiellement très compliqué"

Mais d'autres pointent déjà du doigt les problématiques que cette nouvelle politique vaccinale pourrait entraîner. John Werry, directeur de l'Institut d'Immunologie de Pennsylvanie, souligne auprès du quotidien américain que cette immunité observée n'est pas forcément forte chez tous les anciens malades, et pourrait ne pas être suffisante contre les variants du Covid-19.

Il ajoute que cette stratégie vaccinale ciblée pourrait "devenir un problème de santé publique potentiellement très compliqué". Mettre en place ce type de campagne "dans un programme de vaccination de masse peut être complexe sur le plan logistique et il peut être plus sûr, dans l'ensemble, de s'assurer que tout le monde reçoit deux doses", abonde auprès de BMJ Eleanor Riley, professeur en immunologie et maladie infectieuses à l'université d'Edimbourg (Ecosse).

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV