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Covid-19: le pic épidémique de la deuxième vague a-t-il été atteint?

Dans un entretien accordé au groupe Ebra et publié ce lundi, Olivier Véran a estimé que tout portait "à croire que nous av(ions) passé un pic épidémique" .

Le pic de la deuxième vague épidémique de Covid-19 est-il derrière nous? Dans une interview accordée au groupe Ebra, publiée ce lundi, le ministre de la Santé Olivier Véran a tenu des propos plutôt rassurants, dans cette crise qui s'étale sur la très longue durée, tout en appelant à la prudence.

"Nous reprenons le contrôle de l’épidémie (...) Le virus commence à moins circuler. Depuis dix jours consécutifs, le nombre de nouveaux diagnostics de Covid-19 diminue, le taux de positivité des tests et le taux d’incidence baissent. Tout porte donc à croire que nous avons passé un pic épidémique", a souligné Olivier Véran.

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Le ministre estime que "nous pourrions également avoir atteint vendredi dernier le pic sanitaire qui marque, lui, le point haut des admissions à l'hôpital avec 4900 malades Covid en réanimation", a-t-il poursuivi. Toutefois, "nous n’avons pas encore vaincu le virus. Il est trop tôt pour relâcher nos efforts", a rappelé Olivier Véran.

La barre des deux millions de contaminations proche

Alors que la France frôle les deux millions de cas officiellement recensés depuis le début de l'épidémie, plusieurs indicateurs semblent se stabiliser. Dimanche, dans son bulletin épidémiologique quotidien, Santé Publique France faisait état de 27.228 nouvelles contaminations au cours des dernières 24 heures et de 302 nouvelles morts dans le même laps de temps. 17.390 nouvelles hospitalisations avaient été enregistrées au cours des sept jours écoulés, dont 2761 en réanimation.

Alors qu'il n'avait cessé de croître depuis début août, souligne l'Agence France-Presse (AFP), le nombre de personnes hospitalisées en réanimation semble être en train de se stabiliser: les autorités sanitaires indiquaient dimanche que 4880 patients étaient hospitalisés en réanimation contre 4855 la veille et 4887 l'avant-veille.

En 24 heures, 270 personnes sont entrées en réanimation, soit le chiffre le plus faible depuis le 26 octobre. Lors de la semaine écoulée, le nombre d'entrées en réanimation ou services de soins intensifs dépassait les 450 quasiment tous les jours.

Une baisse a également été enregistrée au niveau du taux de positivité des tests: il s'établissait à 16,9% dimanche, contre 19,8% lundi dernier.

"Une éclaircie"

"Depuis plusieurs jours, on observe une éclaircie", notait dimanche au micro de BFMTV le Pr Frédéric Adnet, chef du service d'urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). "Une éclaircie qu'on observe surtout dans les appels au Samu et au niveau des urgences. Et on espère très fort que cette tendance va s'observer dans une semaine en réanimation et dans nos services d'hospitalisation, qui pour l'instant, au moment où je vous parle, sont toujours pleins", a poursuivi le médecin.

"En France métropolitaine, la semaine 45 (du lundi 2 au dimanche 8 novembre, NDLR) semble être marquée par un ralentissement de la circulation du SARS-CoV-2 mais le niveau des indicateurs nationaux se maintient à un niveau très élevé", soulignait déjà Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 12 novembre.

"La grosse tension qu'on a eue pendant plusieurs semaines, elle est en train de se calmer, mais on a beaucoup de travail et de malades", corroborait dimanche le Pr Alexandre Mebazaa, anesthésiste au service réanimation de l'hôpital parisien Lariboisière, sur notre antenne. "La difficulté, c'est d'expliquer à la population qu'il y a moins de contaminations mais que on reste quand même dans un flux positif", nuance-t-il.

La crainte d'une décrue "aussi lente que la montée"

"Le terme 'contrôle' est un terme qui est assez révélateur de ce qui se passe", évoque le Dr Benjamin Davido auprès de BFMTV.com, reprenant à son compte le vocable usité par Olivier Véran. "Ce contrôle est uniquement possible parce qu'on a diminué les contacts entre les individus", poursuit l'infectiologue, qui exerce à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine).

"Depuis une huitaine de jours, globalement depuis mardi, on a observé une diminution de la tension et du besoin en hospitalisation en médecine conventionnelle", souligne-t-il à l'égard de la structure hospitalière au sein de laquelle il pratique.

Toutefois, l'infectiologue met en garde: cette deuxième période épidémique a été une "vague extrêmement lente et pernicieuse" et pour lui, il est probable "que la décrue va être aussi lente que la montée". "Les prévisions initiales du pic épidémique étaient autour du 15 novembre", rappelle-t-il.

"On s'attend à un pic des hospitalisations, je dirais sur la deuxième semaine de novembre. Sur le pic de réanimation, c'est la troisième semaine de novembre, et ensuite on verra une décroissance", avait notamment déclaré lors du Grand Jury RTL - Le Figaro - LCI l'épidémiologiste membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet, le 1er novembre.

Les tests antigéniques pas encore comptabilisés

Benjamin Davido souligne également la diminution de la positivité des tests. Toutefois, dans son dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire du 12 novembre, Santé Publique France mettait l'accent sur cet indicateur et appelait à prendre des pincettes, "du fait de la mise à disposition depuis 3 semaines des tests antigéniques, qui peuvent avoir entraîné une diminution du recours aux tests RT-PCR et par conséquent sous-estimé le taux d’incidence. Cependant, d'après les données disponibles sur les volumes de tests antigéniques réalisés, il semble que leur exclusion ne remette pas en cause la diminution d’incidence observée".

"En théorie, quand vous avez un test antigénique positif, il doit être confirmé par un PCR", rappelle prudemment Benjamin Davido.

"Les tests antigéniques seront inclus prochainement dans les indicateurs basés sur les données virologiques SI-DEP", indiquait également Santé Publique France.

Record du nombre d'hospitalisations

Si les indicateurs actuels peuvent générer une lueur d'optimisme, un triste record a toutefois été battu, rappelant à la nécessité d'une vigilance intacte: dimanche, 33.050 personnes étaient hospitalisées. Au printemps, ce nombre avait culminé à 32.292, à la mi-avril, alors que plus de 6500 personnes étaient prises en charge en réanimation.

Comme dans les colonnes des quotidiens régionaux du groupe Ebra, Olivier Véran a réitéré son appel à la vigilance ce lundi, depuis le tarmac de l'aéroport de Bron, non loin de Lyon: " S'il y a des signes d'améliorations, nous n'avons pas encore vaincu le virus", a répété Olivier Véran. "Nous sommes en train de progressivement reprendre le contrôle sur cette épidémie."

Clarisse Martin Journaliste BFMTV