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Situation "extrêmement grave" aux Antilles: la 4e vague est-elle pire que les précédentes?

La flambée des cas et la saturation des établissements de santé en Martinique et en Guadeloupe poussent les autorités à réinstaurer chaque semaine de nouvelles restrictions. Les données épidémiologiques et hospitalières sont formelles: la nouvelle crise sanitaire que connaissent ces territoires est de loin la plus grave depuis le début de l'épidémie.

Confinement strict en Martinique, plus souple en Guadeloupe mais avec un couvre-feu. Les autorités multiplient depuis plusieurs semaines maintenant les tours de vis dans ces territoires ultramarins où la reprise épidémique est particulièrement sévère. Preuve en est le déplacement du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu qui arrive ce mardi à Pointe-à-Pitre avant qu'Olivier Véran ne le rejoigne jeudi à Fort-de-France.

Si les Antilles françaises n'ont pas été épargnées par le virus, la quatrième vague que connaît la France frappe particulièrement ces territoires ultramarins, confrontés à une flambée de cas et une pression hospitalière sans précédent depuis le début de la crise sanitaire. Avant de partir pour les Antilles, le ministre des Outre-mer s'est d'ailleurs inquiété d'une situation "extrêmement grave" avec des taux d'incidence "jamais connus" en France.

· Une circulation du virus inédite dans ces deux territoires

S'agissant de la circulation virale, il convient en premier lieu d'apporter une précision dans le cas de la première vague survenue au printemps 2020. Le virus étant nouveau, les capacités de dépistage n'étaient pas les mêmes que celles dont dispose le pays aujourd'hui. Il est donc difficile de se référer au nombre de cas positifs rapportés lors de ce premier épisode de cette longue crise sanitaire. Une fois l'été 2020 passé, les tests PCR et antigéniques se sont démocratisés et il était ainsi plus simple de savoir si une personne avait contracté la maladie ou non.

Analyser les données de laboratoires rapportées par Santé Publique France s'avère donc plus pertinent à partir de la deuxième vague, survenue à l'automne 2020 en France.

La Guadeloupe a même subi celle-ci plusieurs semaines avant l'Hexagone puisque les contaminations ont atteint leur pic à la mi-septembre avec un taux d'incidence de 315,8 cas pour 100.000 habitants sur sept jours glissants.

La Martinique a quant à elle présenté un taux d'incidence record à l'époque de 220,2 cas pour 100.000 habitants sur sept jours glissants à la fin du mois d'octobre 2020. Au cours de la troisième vague, la Guadeloupe a affiché un taux d'incidence allant jusqu'à 226,9 cas pour 100.000 habitants sur sept jours au cours du mois d'avril. Ce taux était de 260,9 pour la Martinique au pic de cette troisième vague, plus important donc que lors de la deuxième.

L'activité du virus en Guadeloupe depuis le début de la crise sanitaire
L'activité du virus en Guadeloupe depuis le début de la crise sanitaire © Guillaume Rozier
L'activité du virus en Martinique depuis le début de la crise sanitaire
L'activité du virus en Martinique depuis le début de la crise sanitaire © Guillaume Rozier

Cette circulation virale, bien qu'importante, était jusqu'ici globalement inférieure à celle relevée sur l'ensemble du territoire national. Les Antilles n'étaient donc pas épargnées par le Covid-19, mais n'étaient pas pour autant plus touchées que la métropole.

La quatrième vague a complètement changé la donne, comme en témoignent les courbes ci-dessus. En l'espace d'un mois, les taux d'incidence ont explosé dans ces deux territoires ultramarins. La Guadeloupe affiche actuellement un taux d'incidence record de 1747,2 cas pour 100.000 habitants entre le 31 juillet et le 6 août dernier tandis que la Martinique comptabilise 1165,7 cas pour 100.000 habitants à cette même période. Jamais une circulation virale si importante n'avait été relevée sur un département français. Pas même en métropole.

· Une pression hospitalière extrême

À défaut de pouvoir se référer aux données épidémiologiques, les autorités sanitaires ont dû suivre l'évolution de la première vague en se basant sur la situation hospitalière. La Guadeloupe comptabilisait au pic de celle-ci 44 personnes hospitalisées pour une infection à Covid-19 et 19 patients admis en soins critiques (soins intensifs, soins continus ou en réanimation). En Martinique, 64 patients Covid et 21 personnes en soins critiques étaient recensées au pic de la première vague.

Lors du pic hospitalier de la seconde vague, ce sont 202 patients Covid et 33 personnes en soins critiques qui étaient comptabilisées en Guadeloupe. En Martinique ils étaient 80 patients et 20 personnes admises en soins critiques. À la troisième vague, la Guadeloupe avaient enregistré 182 personnes hospitalisées et 36 patients en soins critiques. La Martinique recensait au plus haut de cette 3e vague 134 patients Covid et 35 personnes en réanimation, en soins intensifs ou en soins continus.

La quatrième vague exerce sur ces deux territoires une pression hospitalière inédite. Pour preuve: 240 soignants vont être envoyés de métropole pour prêter main forte au personnel de santé.

Le nombre de personnes hospitalisées en Guadeloupe pour une infection à Covid-19 selon Santé Publique France.
Le nombre de personnes hospitalisées en Guadeloupe pour une infection à Covid-19 selon Santé Publique France. © Guillaume Rozier
Le nombre de personnes hospitalisées en Martinique pour une infection à Covid-19 selon Santé Publique France.
Le nombre de personnes hospitalisées en Martinique pour une infection à Covid-19 selon Santé Publique France. © Guillaume Rozier

La Guadeloupe compte actuellement 192 patients Covid (207 vendredi dernier) et 42 personnes en soins critiques (44 dimanche). Le pic peut sembler avoir été atteint mais l'incidence grandissante ne permet pas de confirmer pour l'heure cette observation d'autant que la saturation hospitalière reste bien présente: le taux d'occupation des lits de réanimation en Guadeloupe est actuellement de 155,6%. Enfin la Martinique enregistre actuellement 331 personnes hospitalisées et 59 patients en soins critiques. Le taux d'occupation des lits de réanimation est là bas de 226,9%.

· Moins de décès en Guadeloupe mais un record en Martinique

S'agissant enfin des morts à l'hôpital, Santé Publique France rapporte que le nombre maximum de décès quotidiens rapporté lors de cette quatrième vague est à ce stade de 6 morts en Guadeloupe. C'est supérieur à celui constaté lors de la première vague mais inférieur à ceux des deuxième (8) et troisième (9) vague. De même, le nombre moyen de décès quotidiens sur une semaine en Guadeloupe n'atteint pas les chiffres observés lors des deux précédentes vagues. Signe peut-être que la couverture vaccinale, bien que très faible par rapport au reste du territoire (17,3% des Guadeloupéens sont complètement vaccinés) permet d'éviter certains décès.

En Martinique, le nombre de décès quotidiens en moyenne sur une semaine est à la baisse mais est bien supérieur à celui relevé lors des autres vagues. Jusqu'à 8 personnes sont mortes du Covid-19 en l'espace de 24 heures en Martinique à la fin du mois de juillet et au début du mois d'août. C'est le double du précédent record de décès quotidiens sur l'île (4 morts en 24h lors de la première vague).

"Débordement", "Catastrophique", "désastre"... Les termes employés par les soignants et les autorités sanitaires pour qualifier cette quatrième vague aux Antilles sont tous sauf rassurants. Qu'il s'agisse des contaminations, des hospitalisations ou des morts, la Martinique et la Guadeloupe n'ont jamais connu une situation sanitaire aussi grave depuis le début de la crise. Et le faible taux de vaccination enregistré dans ces territoires ne permet pas pour l'heure d'en sortir.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV