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Covid-19: l'infectiologue Davido juge que la vaccination devrait être obligatoire pour les soignants

Invité ce vendredi matin de RMC et BFMTV, l'infectiologue Benjamin Davido déplore la défiance de certains soignants face au vaccin d'AstraZeneca, et remet en cause la stratégie vaccinale décidée dans les hôpitaux.

C'est une autre difficulté de la campagne de vaccination: la défiance de certains soignants face au vaccin AstraZeneca, le troisième autorisé en France après ceux de Pfizer/BioNtech et de Moderna. Invité ce vendredi matin sur RMC et BFMTV, l'infectiologue Benjamin Davido regrette cette situation et plaide pour que la vaccination soit obligatoire pour tous les soignants en première ligne, même s'il est bien conscient de l'impossibilité de mettre en oeuvre une telle décision.

"Je déplore d'abord que les soignants, nous qui sommes au combat et qui sommes des formes vives nécessaires par qu'on soigne des malades, doivent faire un choix sur la vaccination", commence notre invité, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches. "Ce qu'il faudrait faire, c'est qu'il n'y ait pas de choix", suggère-t-il.

"Je serais pour, je sais que ce n'est pas réalisable, je sais que ça serait extrêmement compliqué parce qu'on se retrouverait avec des départs de soignants et aujourd'hui on ne peut pas être dans cette situation" nuance-t-il sur notre plateau, avant de rappeler que "le vaccin AstraZeneca n'a peu ou pas de succès auprès des soignants".

Autre problème: une telle obligation ne pourrait tout simplement pas, à l'heure actuelle, être engagée, faute de doses disponibles. "Il faudrait avoir des vaccins or aujourd'hui on est sur une tension de cette vaccination", rappelle l'expert.

AstraZeneca est un vaccin efficace

Derrière la fronde de certains soignants, nait la crainte que les patients eux-mêmes, pourtant désireux de se faire injecter un vaccin, se méfient à leur tour du sérum d'AstraZeneca. S'il est bien moins cher et beaucoup plus pratique que ceux délivrés par Pfizer et Moderna, le composé de l'entreprise britannico-suédoise affiche aussi un taux d'efficacité moins important que ses deux homologues. Pour terminer, il n'est pas conseillé pour les plus de 65 ans.

"Il faut remettre les choses dans leur contexte", prévient le docteur Davido, "AstraZeneca est 100% efficace face aux formes graves, et c'est ça qui est important". Il poursuit: "70% d'efficacité pour un vaccin de masse, pour un vaccin de santé publique, c'est énorme. Le vaccin de la grippe que vous faires chaque année, c'est 40 à 50%."

"Entre rien faire et faire, il faut être proactif, il faut se faire vacciner" préconise le médecin.

Le dilemme des soignants en première ligne

Reste la question de la stratégie. Et là, notre invité fait part de son incompréhension. "Le choix qui, aujourd'hui s'opère à l'hôpital, n'est pas logique... Il y a quelques semaines on a vacciné des gens de l'administratif, avec le vaccin Pfizer, qui ne soignent pas des gens, aujourd'hui dans les unités Covid et en réanimation, on se retrouve avec un dilemme, avec des jeunes soignants qui se contaminent, qui risquent d'être absents et de poser un problème d'effectifs, alors qu'ils devraient vaccinés avec des vaccins à ARN Messagers (Pfizer-BioNtech, ou Moderna, NDLR)."

Face à cette situation, l'infectiologue suggère de mettre en place "deux circuits" pour les vaccins: celui des ARN Messager à l'hôpital, et celui d'AstraZeneca à destination de l'ambulatoire et de la ville. "Aujourd'hui la réalité, c'est qu'on a des lots (d'AstraZeneca, NDLR) qui ne sont pas utilisés à l'hôpital", soupire Benjamin Davido, estimant pour conclure que ces précieuses doses "seraient beaucoup plus utiles en ville".

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV