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"On a besoin de nous sur le pont": ces soignants qui ne veulent pas du vaccin d'AstraZeneca

Une soignante en train de se faire vacciner contre le Covid-19 à Melun le 8 février.

Une soignante en train de se faire vacciner contre le Covid-19 à Melun le 8 février. - Thomas SAMSON

Effets indésirables, efficacité limitée voire nulle face au variant sud-africain... dans les hôpitaux français, certains professionnels de santé sont sceptiques face au vaccin d'AstraZeneca.

Tous les soignants peuvent, depuis le 6 février, recevoir une première dose du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19. "Cela va nous permetttre d'accélerer le rythme de vaccination", s'était réjoui Jean Castex au début du mois, espérant grâce à cela atteindre "l'objectif de 4 millions de personnes vaccinées d'ici la fin du mois de février".

Mais certains professionnels de santé font preuve de réticence devant le vaccin britannique, dont 28 millions de doses ont été commandées par le gouvernement d'ici l'été. Certes moins cher et moins contraignant à conserver, le vaccin d'Astrazeneca est efficace à 60%.

Quelques hôpitaux désorganisés

La semaine dernière, certains hôpitaux ont été contraints de suspendre les injections du vaccin en raison des forts effets secondaires sur les soignants, comme ceux de Brest ou Morlaix en Bretagne, selon nos confrères du Télégramme. À Brest, entre 20 et 25% des soignants vaccinés se sont mis en arrêt de travail en raison de symptômes grippaux tels que de la fièvre, des courbatures ou des maux de tête.

"C'est un bon vaccin", a tenu à rassurer le professeur Alain Fischer, président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale lundi matin sur BFMTV. "On a été un petit peu gâtés par le fait d'avoir deux vaccins dont le niveau de protection estimé est de l'ordre de plus de 90%, mais ça reste un très bon vaccin et il faut l'utiliser".

Il a toutefois recommandé de préférer les vaccins de Moderna et de Pfizer pour les soignants en Moselle, où circule le variant sud-africain, car "ils permettent d'acquérir plus vite l'immunité".

Les soignants "soumis à de fortes charges virales"

Pour d'autres, le problème du vaccin AstraZeneca ne réside pas dans ses effets secondaires, prévisibles et non graves, mais plutôt dans son pourcentage d'efficacité. Sur BFMTV ce lundi soir, le Dr Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre, a appelé à ne "pas vacciner les soignants avec ce vaccin", qu'il faut plutôt "garder pour les gens jeunes, en bonne santé, et peu à risque".

"Cibler les soignants avec ce vaccin ne nous paraît pas une bonne chose, à nous médecins, cela nous paraît être une perte de temps alors qu'on a besoin des soignants sur le pont", a-t-il déclaré sur notre antenne. "Tout le problème, c'est le bénéfice-risque", explique le médecin généraliste.

"Loin de nous l'idée de nous accaparer des vaccins Pfizer réservés aux personnes âgées, mais on sait que ce vaccin (celui d'AstraZeneca, ndlr) est 'moins efficace' que celui de Pfizer/BioNTech ou Moderna. Or il y a des spécificités pour les soignants, notamment celle de leur exercice".

Tout d'abord, selon lui, les professionnels de santé "sont soumis à de fortes charges virales, donc il leur faut le vaccin le plus efficace. Nous sommes amenés à rencontrer le virus plusieurs fois par jour au sein des services. Nous devons donc bénéficier de la plus forte protection afin d'être auprès de nos patients".

Ensuite, poursuit-il, "si un soignant est vacciné avec ce vaccin, celui-ci ne l'empêchera pas de transmettre la maladie au patient. Bien souvent dans les établissements de soin, la pathologie se transmet par le biais des soignants, c'est ce qu'on appelle une infection nosocomiale, or ce vaccin ne diminue pas ou très peu la contagiosité. Il n'est donc pas le plus efficace pour cela".

"Une protection limitée" face au variant sud-africain

Enfin, le vaccin britannique "n'est pas efficace sur le variant sud-africain", souligne encore le médecin. Une étude publiée le 7 février affirme en effet que ce vaccin offre "une protection limitée contre les formes modérées de la maladie dues au variant sud-africain chez les jeunes adultes". Or "les soignants vont forcément être amenés à rencontrer le variant sud-africain".

Un avis partagé par le médecin Ludovic Toro, porte-parole du collectif de soignants C19. Interrogé sur notre plateau lundi soir, le maire UDI de Coubron (Seine-Saint-Denis) juge risqué de vacciner les professionnels de santé avec ce vaccin moins efficace que les deux premiers autorisés sur le marché. Il s'interroge ainsi: "On n'a déjà pas assez de soignants en France, si en plus ils tombent malades, qu'est-ce qu'on va faire? Il n'y aura plus personne pour soigner".

Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), interrogé par Le Parisien, a lui aussi jugé "inadmissible de vacciner les soignants avec un produit peut-être moins efficace, vu que le virus circule toujours beaucoup".

"Si demain nous, soignants, tombons malades, il y aura moins de médecins et d’infirmières dans les services alors que nous avons la vie des patients entre les mains", a-t-il encore déploré.

Conformément aux recommandations de la Haute autorité de santé, le vaccin AstraZeneca n'est pas recommandé aux personnes âgées mais à l'ensemble des professionnels de santé et aux personnes âgées de 50 à 65 ans. Les personnes de ces catégories de population atteintes de comorbidités devraient être prioritaires.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV