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Covid-19 et aération: ces profs qui mesurent eux-mêmes l'air dans leur salle de classe

Elèves masqués dans une salle de classe (illustration)

Elèves masqués dans une salle de classe (illustration) - Fred SCHEIBER / AFP

Certains enseignants se sont équipés de capteurs qui permettent de mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'air.

Ils n'ont pas attendu que l'Éducation nationale leur fournisse des capteurs pour s'en procurer et mesurer eux-mêmes le taux de dioxyde de carbone dans l'air dans leurs classes. Alors que le protocole sanitaire dans les écoles a une nouvelle fois été renforcé, avec des recommandations d'aération des salles plus régulières, ces enseignants ont mis leurs élèves à contribution afin de surveiller de manière ludique et quasi-scientifique l'évolution des taux de CO2 au fil de la journée.

Dans son "guide relatif au fonctionnement des écoles et établissements scolaires dans le contexte de Covid-19", mis à jour le 1er février, le ministère de l'Éducation nationale impose que "l'aération des locaux soit la plus fréquente possible", c'est-à-dire "pendant les intercours, pendant chaque récréation, au moment du déjeuner". "Une aération de quelques minutes doit également avoir lieu toutes les heures", précise le document.

"Il faut laisser ouvert en quasi permanence"

Parmi les enseignants qui ont publié sur les réseaux sociaux les résultats de leurs expériences, plusieurs notent que la fréquence de l'aération recommandée par leur ministère de tutelle n'est toutefois pas suffisante pour faire baisser le taux de CO2 et donc la probable présence du virus dans l'air. D'après ces professeurs, il semble en effet nécessaire d'ouvrir les fenêtres bien plus souvent pour que ce taux reste en-dessous des 1000 ppm ("partie par million", unité de mesure communément utilisée pour calculer le taux de pollution dans l’air) conseillés.

Une professeure de CM2, qui enseigne dans l'Hérault, a publié lundi sur Twitter les résultats de son enquête, menée en collaboration avec ses élèves, qui les ont retranscrits sous forme d'histogrammes. "Au bout de 30 minutes sans aérer, on est déjà à 1585 ppm", souligne-t-elle. "Après 47 minutes de présence en classe, donc loin de la récré, on est à 2000 et je fais ouvrir porte et fenêtres! En 15 minutes, on redescend à 706 ppm", poursuit-elle.

"On finit la journée à 2585 avec un beau graphique et une certitude: aérer aux récrés ne suffit pas! Il faut laisser ouvert en quasi permanence sinon, on est au-dessus de 1000 ppm en 30 minutes chrono!", conclut-elle.

"Des élèves de CE2 savent montrer que le protocole est insuffisant"

Même constat pour un autre enseignant, baptisé "Darwings", qui précise avoir acheté un capteur de CO2 "à ses frais". Après avoir observé une lente augmentation du taux de CO2 dans l'air avec les fenêtres ouvertes, il fait le test les fenêtres fermées. Vingt-cinq minutes plus tard, le score explose à 1766 ppm. "Et à +50 min : 2271 ppm, soit plus de deux fois le seuil de 1000 ppm de Blanquer!", écrit-il.

"Monsieur Blanquer: des élèves de CE2 savent montrer que votre protocole est insuffisant... pourvu d'avoir le matériel (que vous ne fournissez pas) !", s'indigne-t-il.

Une expérience similaire menée par un professeur de sciences physiques et chimiques conclut aux mêmes résultats.

"En classe entière en collège, j'avais des valeurs comprises entre 1300 et 2000 ppm au bout de 20 minutes, sachant qu'on dépassait les 800 ppm en 3 minutes! En demi-groupe, l'ouverture d'une fenêtre et de la porte limitait à 600 - 700 ppm selon le vent extérieur", rapporte-t-il, avant d'ajouter que "fenêtres fermées, on atteignait un palier à 1000 ppm en 15 minutes en demi-groupe".

Mélanie Rostagnat Journaliste BFMTV