BFMTV

Covid-19: comment l'épidémie s'est invitée dans nos rêves

BFMTV répond à vos questions - Masques, gel hydroalcoolique, attestations de déplacement ou encore confinement forcé: voilà maintenant plus d'un an que la crise du Covid-19 s'invite dans nos rêves.

De nombreuses études démontrent que la proportion de Français rapportant des troubles anxieux ou dépressifs a fortement augmenté depuis le premier confinement de mars 2020, en raison du contexte sanitaire lié à la pandémie de Covid-19. Mais la contrainte d'enfermement, l'absence de relations sociales, la fermeture des écoles ont également eu un impact sur nos nuits, et en particulier nos rêves.

C'est ce que révèle une enquête du Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL) qui s'est intéressée aux effets de la crise sur notre sommeil et nos rêves depuis le 6 avril 2020, pendant le premier confinement.

"L'analyse des premiers résultats sur la période avril-mai 2020 ont montré un très fort impact" du confinement du printemps 2020 sur nos rêves, affirme sur BFMTV Perrine Ruby, chercheuse en neurosciences à Lyon.

Une qualité de sommeil dégradée

Si la chercheuse reconnaît que "le confinement a un effet positif dans le sens où il a provoqué un allongement de la période de sommeil", il a aussi engendré "une détérioration de sa qualité". "On a observé beaucoup de personnes pour qui l'endormissement était plus difficile", explique Perrine Ruby, "et cela a joué sur le fait que beaucoup de personnes ont dit se souvenir plus souvent de leurs rêves pendant le premier confinement".

"Des effets très étonnants" ont, selon elle, été observés sur le contenu des rêves pendant cette période. Les personnes interrogées dans le cadre de cette étude faisaient état de rêves aux "contenus négatifs complètement liés à la crise sanitaire et à ce que les gens vivaient la journée (...) des scénarios cataclysmiques avec beaucoup de morts, de virus, de maladies, mais aussi des catastrophes naturelles, des scénarios de fin du monde. Des choses vraiment très noires".

"C'était très impressionnant de voir l'importance et la place qu'ont pris les attestations et les contrôles de police au cours de ce premier confinement", insiste la chercheuse. À l'époque, des contrôles de police liés aux restrictions de déplacement, "la police était représentée de manière essentiellement répressive. Elle tirait sur les gens qui n'avaient pas d'attestation. C'est comme si la privation de liberté avait pris une proportion énorme, peut-être aussi importante que la peur de la maladie".

Ce qui était réprimé le jour "se vivait dans les rêves"

Mais "la bonne surprise de cette enquête", d'après Perrine Ruby, c'est qu'"on a aussi pu voir un rebond de rêves positifs", malgré la situation stressante à laquelle nous étions confrontés. "À mesure que cela réveillait des rêves cataclysmiques, il y avait aussi des rêves où le monde était sauvé" d'une façon ou d'une autre, "où on trouvait des sources d'énergies nouvelles (...), où les hommes et les animaux vivaient en parfaite harmonie".

La chercheuse note aussi "un regain de rêves érotiques" et "une recrudescence de tout ce qui était interdit dans la journée, c'est-à-dire d'aller se promener dehors, de faire des fêtes avec des amis, se faire des hugs (des accolades) ou des embrassades. Pour elle, "la dimension sociale réprimée pendant la journée était présente pendant les rêves et se vivait à travers les rêves. Et ça, c'était très frappant".

Constatant que la crise du Covid-19 avait entraîné une augmentation des troubles psychologiques, le gouvernement a annoncé à la mi-avril la mise en place d'un forfait de prise en charge de dix séances de psychologue prépayées pour les enfants et les adolescents en détresse psychologique. Selon les enquêtes menées par Santé publique France depuis un an, la proportion de Français rapportant des états anxieux ou dépressifs a fortement augmenté depuis le premier confinement et se maintient à un niveau élevé depuis, touchant près d'un tiers (31%) de la population.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV