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Quand coronavirus, pandémie et confinement s'invitent dans vos rêves

Evacuation de malades du coronavirus par hélicoptère (photo d'illustration)

Evacuation de malades du coronavirus par hélicoptère (photo d'illustration) - AFP

Vous rêvez d'attestation dérogatoire, de tests PCR, de lavage de main ou de désinfection générale au gel hydroalcoolique? Pas de panique, c'est normal.

Pas de répit, même dans les bras de Morphée. Alors que les Françaises et Français sont confinés, que les services de santé sont saturés et que l'économie mondiale est bouleversée, impossible de ne pas parler ou entendre parler de la pandémie, du nombre de ses victimesdes traitements possibles du covid-19, des tests de dépistage, de la durée de vie du virus selon les surfaces ou encore de l'allongement du confinement. Si les journées sont monopolisées par le coronavirus, chez certaines et certains, les nuits aussi.

Clotilde*, qui habite à Nancy, a remarqué qu'elle faisait pplus de cauchemars que d'habitude depuis le début du confinement "avec une ambiance pas très rassurante". Cette graphiste de 25 ans a notamment rêvé qu'elle organisait une grande fête chez elle mais en prenant toutes les précautions recommandées par les autorités sanitaires.

"Il y avait du gel hydroalcoolique et je m'étais organisée pour que les gens ne se rencontrent pas, témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Je leur demandais de rester à un mètre les uns des autres. À l'entrée, je filtrais et je disais 'toi, tu vas dans la cuisine, toi tu vas dans le salon' et je m'assurais qu'ils ne soient pas plus de trois par pièce. Mais au final, c'était du grand n'importe quoi, les règles n'étaient pas du tout respectées. J'étais dans tous mes états, je culpabilisais et je me disais que tout le monde allait repartir avec le coronavirus à cause de moi."

Le ciel envahi de zeppelins

Clotilde n'est pas la seule à rêver sous le signe du coronavirus. Depuis le début du confinement, cette jeune femme raconte qu'elle cauchemarde quant à elle de situations d'enfermements, souvent les mêmes. "Je suis en voiture en ville, j'essaie d'aller quelque part, je fais des tours mais je me retrouve toujours au même endroit, témoigne la trentenaire pour BFMTV.com. Ou bien j'essaie de prendre le train, je suis sur le quai, le train est là, mais systématiquement je le rate." La jeune femme rêve aussi de scénarios apocalyptiques.

"Je suis dans la rue et le ciel est envahi de zeppelins (des dirigeables). C'est très bizarre car c'est vraiment quelque chose d'une autre époque. Je ne me souviens plus du contexte exact mais c'est une ambiance de fin du monde. C'est comme un changement d'ère, un changement d'époque, il y a quelque chose d'important qui est en jeu. C'est très angoissant."

Rien d'étonnant, estime pour BFMTV.com Gérard Pavy, psychologue et psychanalyste, à ce que ce climat anxiogène déteigne sur nos nuits. "Les cauchemars mettent en écho ce que l'on vit au quotidien. Avec le confinement, les frustrations, les tensions avec les proches, les conflits non réglés de la journée alimentent les tensions nocturnes."

Même point de vue pour Laura Gélin, psychanalyste et psychothérapeute, qui assure à BFMTV.com que "le rêve est l'expression la plus directe de notre inconscient". Pas d'inquiétude donc si vous rêvez de faire le ménage au gel hydroalcoolique ou de test PCR.

"Rêver et se souvenir de ses rêves, c'est plutôt une preuve de bonne santé psychique. Souvent, ce sont même les personnes qui n'expriment pas leur anxiété et qui gèrent pas trop mal la situation au quotidien qui font ce genre de rêves."

Dîner dans un container et lavage de mains non-stop

Maïlys*, une comédienne de 34 ans, a récemment rêvé qu'elle participait à un dîner organisé dans un container de cargo en compagnie d'une amie et d'un réalisateur. "Tout le monde trouvait cela tout à fait normal, explique cette Parisienne à BFMTV.com. Comme si c'était dans nos habitudes. Moi, j'étais plutôt étonnée. Le container était tout petit, il fallait pencher la tête pour se tenir debout." Un rêve qu'elle associe sans hésitation au confinement.

Pour Gérard Pavy, une certaine porosité des éléments du vécu avec l'inconscient peut "faire flamber l'imaginaire". Surtout chez les personnes sensibles, ajoute ce psychanalyste. "Un manque d'étanchéité avec les éléments du vécu perturbe la distanciation et cela s'illustre dans les rêves. Plus on est dans l'affect, plus la raison défaille."

Laura Gélin évoque le cas d'une de ses patientes qui rêvait qu'elle devait sans cesse se laver les mains sans savoir pour quelle raison, "elle me racontait qu'elles n'étaient jamais assez lavées".

"Tout dépend de ce qui angoisse la personne, ajoute cette professionnelle. Cela peut être l'enfermement, la maladie, la perte de contact avec ses proches ou la mort."

Miroir déformant des angoisses

Et selon cette psychothérapeute, cette situation exceptionnelle peut révéler, voire accentuer des angoisses profondes alors que quelque 62% des Français disent craindre pour leur vie et que plus de sept Français sur dix assurent avoir peur de contaminer les membres de leur entourage sans le savoir. 

Car si le rêve fait office d'exutoire en scénarisant les angoisses de la journée, il peut aussi avoir l'effet d'un miroir déformant des tragédies personnelles, poursuit Gérard Pavy. 

"Par ces mises en scène, on revit le même effroi non contrôlé. Cela réveille de vieilles peurs ou d'anciens traumatismes d'enfance ou de l'adolescence."

Coup de pelle et attestation dérogatoire

L'autrice de ces lignes a notamment rêvé d'une scène de fuite générale lors de laquelle elle donnait un grand coup de pelle - trouvée on ne sait où - à un individu qui s'approchait un peu trop d'elle, par crainte d'être contaminée. La nuit dernière, la même autrice a rêvé qu'elle visitait la maison de son enfance, avec famille et amis, et se rendait compte qu'elle n'était pas en possession de son indispensable attestation dérogatoire de déplacement - double infraction donc - consciente qu'elle s'exposait ainsi à une amende de 135 euros pour non-respect des mesures de confinement.

Des apparitions nocturnes d'inconnus portant des masques chirurgicaux, de médecins en blouse de protection ou d'hôpital de campagne, pour le psychanalyste Gérard Pavy, dans ces représentations se joue aussi le combat fondamental du bien contre le mal.

"L'épidémie, c'est ce danger qui vient de l'extérieur, insaisissable, qui rôde, ajoute le psychanalyste. Dans ces rêves, on reconstitue nos duels personnels d'un bien idéalisé contre des forces du mal."

Son conseil: rationaliser le plus possible mais aussi ne pas hésiter à consulter si les angoisses de la nuit submergent au réveil. Laura Gélin recommande pour sa part de ne pas tourner en boucle sur le coronavirus et de passer à autre chose. "S'informer oui, mais il faut aussi faire diversion pour ne pas penser qu'à ça." Et invite à se plonger dans les pages d'un livre ou les images d'un film. Scénarios de fin du monde à proscrire.

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Céline Hussonnois-Alaya